MONS/BLÉHARIES

La défense plaide une peine qui permettrait de «voir la lumière au bout du tunnel»

La défense plaide une peine qui permettrait de «voir la lumière au bout du tunnel»

Jean-Gabriel Matterne. BELGA

Alors que, jeudi matin, l’avocat général a requis une peine de 28 ans de prison à l’encontre de Jean-Gabriel Matterne, reconnu coupable mercredi d’avoir assassiné sa maîtresse brésilienne, Tay Cruz, le 8 mai 2017 à Bléharies (Brunehaut), la défense a plaidé une peine «qui lui permettra de voir la lumière au bout du tunnel». Le jury est entré en délibération peu avant 10 h 30.

Me Cedric Vergauwen, conseil de Jean-Gabriel Matterne, a défendu une peine moins lourde que celle requise par l’avocate générale au travers de sept arguments.

«Mon client a comparu huit fois devant la chambre du conseil, qui a décidé à chaque reprise de prolonger sa détention préventive», a commencé le pénaliste. «Il n’a jamais demandé sa libération avant son procès» depuis le 22 mai 2017. «Il a toujours assumé ses actes et, s’il pleure, c’est pour tout le mal qu’il a infligé aux autres.»

Me Vergauwen a ensuite abordé la personnalité de son client et les difficultés de ce dernier à communiquer, au regard du rapport d’expertise. «C’est un homme qui a le tort de garder beaucoup pour lui. Probablement que tout cela ne se serait jamais passé s’il avait eu le courage de s’exprimer», a-t-il soutenu. «Quant au risque de récidive, il est restreint et l’intéressé ne constitue aucun risque criminogène.»

L’avocat a également pointé le décalage entre le monde «d’enfant gâté» de Jean-Gabriel Matterne et la violence de l’univers carcéral. Dans son réquisitoire, l’accusation a reconnu que la prison n’était pas la solution à tout, mais a précisé que l’État belge ne lui donnait que cet outil. «Oui, c’est un monde à part, où la violence verbale et parfois physique font partie du quotidien. Lui, l’enfant gâté qui aimait bien les belles voitures, a dû s’adapter à cet univers qui n’était pas le sien. Il a côtoyé la violence car il a tué une femme», évoquant le passage à tabac de l’accusé à la prison de Mons à l’ouverture du procès. «Il assume et il reste droit. Ne le cassez pas!», s’est adressée la défense aux jurés.

Me Vergauwen a ensuite invoqué l’affaire du Musée juif de Belgique pour justifier une peine inférieure aux 28 années d’emprisonnement requises par le parquet. «Nacer Bendrer, qui a participé en tant que coauteur à un quadruple assassinat à caractère terroriste, a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle. Ici, on demande 28 ans! «s’est-il exclamé.

Le pénaliste a par ailleurs souligné devant les jurés l’impact de leur décision sur le futur des enfants de Jean-Gabriel Matterne.

La défense a également pointé l’attitude du condamné vis-à-vis des parties civiles. «Il travaille à la cantine de la prison et a décidé d’envoyer son salaire aux parties civiles, comme ses économies. Il sait très bien que cet enfant au Brésil (NDLR: le fils de la victime) ne peut plus suivre ses études. Il a versé plus de 10 000€.»

En conclusion de sa plaidoirie, Me Vergauwen a évoqué le «gros travail» que demandera à son client sa libération. «Une loi autorise le détenu à demander une libération au tiers de sa peine. Il va devoir passer devant le Tribunal d’application des peines. Tout ça lui demandera un gros travail. »

Le condamné a ensuite pu adresser un dernier mot au jury, avant qu’il ne se retire pour délibérer. Il a déclaré qu’il méritait d’être puni mais espérait aussi une lueur d’espoir.

L’arrêt sur la peine infligée à Jean-Gabriel Matterne pour l’assassinat de la jeune Brésilienne Tay Cruz, enceinte de quatre mois au moment de sa mort, est attendu dans la journée.