FRANCE

Procès Balkany: la corruption des élus

Procès Balkany: la corruption des élus

Patrick Balkany est venu au tribunal sans sa femme ni son fils. Ses recours n’ont pas abouti AFP

Ouverture hier à Paris du procès de l’affaire Balkany. Le couple encourt jusqu’à 10 ans de prison et surtout des peines d’inéligibilité.

Plus de 13 millions d’euros dissimulés au fisc, de somptueuses villas au Maroc et dans les Caraïbes, des fonds «occultes»… Le procès des époux Balkany, élus locaux de la banlieue parisienne, s’est ouvert lundi à Paris et se poursuivra bien mardi, après le rejet des demandes de renvoi.

Aux yeux des juges français, l’absence de Mme Balkany, 71 ans, hospitalisée après avoir ingéré des médicaments début mai, n’empêche pas la tenue du procès car elle a accepté d’être représentée par ses conseils. Dans la foulée, la défense de Patrick Balkany a demandé au président du tribunal correctionnel de se faire remplacer. Le magistrat ayant refusé, la défense entend déposer une requête en récusation, qui n’entrave pas la poursuite des débats.

Tonitruant maire Les Républicains de Levallois-Perret, une riche commune de l’ouest parisien, Patrick Balkany, 70 ans, est arrivé sans dire un mot. En l’absence de son épouse – première adjointe de la mairie – mais aussi des quatre autres prévenus, dont leur fils Alexandre, l’élu a pris place seul au premier rang d’une salle comble.

«À grande échelle»

Les Balkany sont accusés de «blanchiment à grande échelle» entre 2007 et 2014, pour avoir dissimulé au fisc des revenus et un patrimoine «occultes» à hauteur «au minimum» de 13 millions d’euros, en particulier deux propriétés cachées derrière d’exotiques montages financiers.

La première, la villa Pamplemousse, acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse, se trouve à Saint-Martin, aux Antilles. Isabelle Balkany a fini par reconnaître qu’elle en était propriétaire, expliquant l’avoir achetée avec l’argent d’un héritage.

La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech (Maroc), est détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d’une société panaméenne, au nom de Jean-Pierre Aubry, l’homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois. Les Balkany, habitués des lieux, ont constamment nié en être propriétaires. Mais les juges sont formels: ils sont les «seuls bénéficiaires» du riad, où des peignoirs brodés aux initiales «PB» ont été retrouvés. Leur fils Alexandre est jugé pour avoir souscrit deux baux de location fictifs, permettant à ses parents d’affirmer qu’ils ne possédaient pas la villa.

Par ailleurs, 2,5 millions d’euros de «dessous-de-table» ont été réglés via le compte singapourien d’une autre société panaméenne. Cet argent provient selon les enquêteurs d’une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat minier en Namibie. Ce que réfute M. Balkany.

Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu’elles ciblent, sans pouvoir retracer l’origine de tous les fonds. Les juges estiment que Patrick Balkany a été «à la tête d’un véritable réseau de sociétés offshore» mis en place dès la fin des années 1980.