TOURNAI

Le Tournai d’avant: 1938, danser sur un volcan

Entre 1938 et 1940, l’Europe vit mal le nazisme grandissant alors que les «Grands» courbent l’échine devant Hitler, espérant éviter la confrontation. À Tournai, la population est partagée entre les anciens «L’Allemand veut sa revanche» et les modernes «il n’osera jamais».

La petite histoire, celle du quotidien ne manque pas de saveurs. Diverses comme la contradiction de faits de la vie publique ou de se préparer au pire.

Juillet: Un avis recommande aux architectes des immeubles neufs d’épandre de l’asphalte sur les greniers car ramollissant sans brûler, c’est un bon moyen de se prémunir des bombes incendiaires.

Septembre: Cérémonie grandiose à la cathédrale en faveur de la paix. Mais l’hôpital militaire devient le centre avec annexes du dispositif de soins pour l’armée.

Octobre: Le rexisme tient son meeting à la Halle aux draps le 5 malgré deux cents opposants virulents… à coups d’œufs jetés sur les participants; le 16, le rexiste Marius Detournay entre au Conseil (il y sera très, très discret et même coopératif).

Novembre: pour en doter la population, 37 000 masques à anti-gaz sont nécessaires. Où trouver les sous?

Le gros-œuvre de la bibliothèque place Paul-Émile Janson est achevé. Avec retard. Il a fallu renforcer les structures avec 26 puits emplis de béton. Vases, monnaies, murs d’époque romaine y ont été exhumés. Ce retard coûtera bien plus que les 1 531 575,15 frs estimés car les manuscrits et incunables brûleront en mai dans la Maison des Anciens Prêtres.

Décembre: On patine moyennant trois francs d’entrée au square de la Reine. Un franc pour s’y promener. Il y a foule, pour oublier les soucis de l’heure sans doute. Oublier? c’est un leurre.