BRUXELLES

Toujours plus de sans-abri à Bruxelles: où dorment-ils, combien de mineurs parmi eux?

Toujours plus de sans-abri à Bruxelles: où dorment-ils, combien de mineurs parmi eux?

Les chiffres de La Strada ne mentent pas: il y a toujours plus de sans-abri et de mal logés à Bruxelles. L’évolution grandit depuis 2008. AntonioBattista Am2 - stock.adobe.com

INFOGRAPHIES | Le nombre de personnes sans-abri et mal logées augmente à Bruxelles. Les chiffres explosent même lorsqu’on observe les hébergements d’urgence et de crise. La Strada ne peut que le constater lors de son dénombrement 2018. Et y voit deux facteurs.

La Strada, Centre d’appui au service des acteurs sociaux et politiques, publie ce 7 mai 2019 son dénombrement bisannuel des personnes sans-abri et mal logées en Région de Bruxelles-Capitale. Ce dernier couvre l’année 2018 et a été établi lors d’une nuit de comptage le 5 novembre. Pour cette opération, la Région a été divisée en 71 zones parcourues entre 23h et minuit par 134 bénévoles.

4187 personnes ont ainsi été comptabilisées. Dont 51% de personnes sans-abri (en rue ou dans les centres d’hébergements d’urgence), 22% de personnes sans logement (Maisons d’accueil, logement de transit des CPAS) et 25% de personnes en logement inadéquat (squats, communautés religieuses…)

Les infographies ci-dessous détaillent les situations particulières observées, le sort des 612 mineurs dénombrés ainsi que l’évolution de la répartition géographique sur les 10 dernières années où La Strada pointe le Piétonnier et les attentats comme facteurs évolutifs.

Les sans-abri sont en augmentation: 759 personnes ont été dénombrées en rue, soit une augmentation de 7,4% par rapport au 7 novembre 2016 et ses 707 personnes dénombrées. Notons la présence de 20 enfants en rue.

La Strada constate aussi «une forte augmentation du nombre de personnes présentes dans les hébergements d’urgence et de crise. Cette explosion est une conséquence de la hausse des capacités d’accueil à ce niveau». Ainsi, le nombre de personnes dans les centres du SamuSocial a augmenté de 49,1% par rapport à 2016. Mais La Strada tient également compte de la Plateforme citoyenne qui héberge migrants et transmigrants, soit chez l’habitant, soit à la Porte d’Ulysse à Haren. «La hausse de la population recensée dans les centres d’hébergements d’urgence passe ainsi à 293,7%». La Strada a compté 245 enfants hébergés dans ces différents centres.

Le constat est aussi à la hausse (5,6% par rapport à 2016) pour les personnes hébergées en maison d’accueil. La relative stabilité découle de celle du nombre de places.

Pour les personnes en logement inadéquat enfin (communautés religieuses, squats, occupations négociées, Structures d’Hébergement Non Agréées), La Strada nuance. «Alors que les communautés religieuses (+40,2%) et les occupations négociées (+21,1%) continuent d’accueillir de plus en plus de personnes, on assiste à un net recul du nombre de personnes dénombrées dans les squats. Ceux-ci n’ont pas disparu mais, suite à la loi anti-squat, la transmission d’information n’a pas été aussi efficace que par le passé». Notons tout de même 11 enfants observés dans les squats de Bruxelles.

Pourquoi une augmentation globale?

La Strada ne peut que le constater: le nombre de personnes sans-abri ou mal logée augmente à Bruxelles par rapport à 2016, et même depuis 10 ans et 2008, année du premier rapport (voir infographie). Ce, quelles que soient les solutions de logements précaires observées. Le centre d’appui y voit deux facteurs principaux: le facteur économique d’une part, le facteur migratoire de l’autre.

«La précarisation des personnes à revenus modestes grandit en Région de Bruxelles-Capitale (+73,4% de bénéficiaires du RIS). Elle est confrontée à un accès critique au logement public comme privé», analyse La Strada. Qui détaille: «En fixant à 30% la part des revenus allouée au loyer, le premier décile des logements les moins chers de l’agglomération ne sont accessibles qu’à 52% de la population bruxelloise». La Strada signale aussi le manque de logements sociaux loués: «il n’y en a que 36.117 alors qu’on compte plus de 48.804 ménages sur liste d’attente». Selon le centre d’appui, cette paupérisation touche surtout «des populations précarisées du croissant pauvre».

À cela s’ajoute l’explosion de la migration. «L’élargissement de l’Union européenne a engendré un afflux accru de population européenne issue des nouveaux états-membres qui ne se stabilisent malheureusement pas toujours dans un logement», déplore La Strada. «On constate également une élévation du nombre d’entrées sur le territoire belge de migrants, qu’ils souhaitent se stabiliser durablement en Belgique ou non. Bruxelles est ainsi devenue au fil du temps un point duquel partent une partie des migrants souhaitant gagner le Royaume-Uni». On ne le sait que trop bien: les malheureux événements trop souvent constatés au parc Maximilien et, plus récemment, à la gare du Nord, ne nous le rappellent que trop souvent.