DIAPO | Des boucliers noyés dans la (petite) foule climatique

Ce jeudi, les 400 jeunes manifestants pour le climat arboraient une cinquantaine de boucliers créés par Gideon Mendel, photographe sud-africain.

Drowning World, littéralement un monde qui se noie. Ce projet photographique de Gideon Mendel est sorti ce jeudi des galeries d’exposition pour être porté par les jeunes défenseurs du climat lors de la manifestation nationale à Namur.

« C’est symbolique, une image, ça procure des émotions. On l’a vu récemment avec la cathédrale de Notre-Dame en feu. Ici, les photos de Gideon évoquent le changement climatique à travers des foyers inondés. Ce sont des noyés plutôt qu’une cathédrale qui brûle, mais l’émotion est aussi forte. C’est l’eau à la place du feu » sourit Adélaïde Charlier, figure namuroise du mouvement organisateur Youth for Climate.


Les portraits submergés de Gideon Mendel représentent des hommes et des femmes face à l’inondation soudaine de leur domicile. Les pieds, la taille ou encore la tête dans l’eau. Les portraits sont éclaboussants d’intimité et d’universalité. Les regards sont la trace humble des sentiments retenus devant l’inondation soudaine d’un foyer, métaphore de la destruction progressive de toute une planète. « Je ne suis pas intéressé par la couverture des inondations lorsqu’elles ont lieu. Mon travail c’est de venir après et d’accompagner les victimes d’inondations lors de leur retour à la maison, explique Gideon Mendel, cela crée parfois des rapports privilégiés, intimes. »

Drowning world a démarré il y a déjà 12 ans, en 2007. Les portraits ont fait le tour du monde et reçu de nombreux prix, de New York à Tokyo. Durant la Cop21 à Paris, les photos ont été imprimées sur de véritables boucliers. « Malheureusement, la manifestation parisienne a été annulée et les boucliers ont finalement été utilisés une seule fois avant Namur, à Londres » explique Gideon Mendel. La modeste ville mosane était donc la deuxième ville à voir flotter ces boucliers de noyés sur les vagues d’un cortège de protestation. « Je ne voulais pas seulement photographier des inondations dans le tiers-monde, car le changement climatique nous touche tous » indique le Sud-africain. L’universalité des portraits est en effet limpide.

Dans les mains des jeunes Namurois, des Texans pieds dans l’eau devant des bicoques luxueuses côtoient les mêmes terreurs humides que des Haïtiens dans des baraques en tôle.

Exposition à Namur en août

Les tirages ont été prêtées par l’Intime festival et Les Solidarités. Ils projettent d’organiser une exposition commune des portraits submergés, ainsi qu’une rencontre avec le photographe fin août dans le cadre de l’Intime festival.

Gideon Mendel a créé ce projet il y a 12 ans pour imaginer à quoi ressemblerait le monde en 2042, lorsque les nouveau-nés de 2007 auraient son âge. « J’ai essayé la sécheresse, mais l’eau a rapidement figuré comme un choix logique. C’est un moyen direct et viscéral de constater le changement climatique. » Ce jeudi, le photographe aux longues boucles prenaient des images de la manifestation namuroise. Une véritable mise en abyme pour cet homme engagé. Voir les images portées haut les mains par des jeunes est un accomplissement. « Ce sont des outils de plaidoyers visuels, ils doivent être utilisés comme tels » conclut le photojournaliste, heureux de voir ses œuvres quitter les galeries pour servir le climat dans la rue.