TOURNAI

Le Tournai d’avant: en 1951, ils sont cinq mille sous la croix

Le Chemin de croix s’est ébranlé et a égrené dans son périple les quatorze stations qui le composent.

Il n’en fut pas de même jadis car ce chemin qui est pour le chrétien accompagnement du Christ tout au long de sa Passion, où le recueillement le plus complet était de mise s’est d’abord transposé dans de petits sanctuaires disséminés dans la campagne par les Franciscains qui établirent ce rite après 1342.

Au fil de l’examen des Évangiles, d’interprétations personnelles, le chemin de croix ne compte parfois que sept stations ou les multiplie jusqu’à trente-sept. Il appartint aux Papes et notamment au XVIIIe à Clément XII de réglementer tant la création de ces chemins de croix que leur représentativité, croix en bois bénites et scènes sculptées ou peintes. C’est sous cette forme qu’il gagne l’Europe occidentale.

Mais pas Tournai. Les fêtes de Pâques occupent bien toute la semaine sainte, avec offices processions, missions et autres rappels qui font de Pâques l’une des grandes solennités de l’Église romaine. Mais pas de Chemin de croix public; alors qu’églises, voire chapelles, ornent leurs murs de tableaux illustrant la Passion.

C’est, pour la première fois, le 23 mars 1951, à 19 h 30, que démarre ce que les autorités religieuses ont qualifié «de chemin de croix de pénitence, d’exercice de piété, de témoignage de foi». Accompagner le Christ tout au long de sa Passion, partager en pensée ses souffrances, c’est ce que vont vivre les participants.

Cinq mille à marcher

L’organisation matérielle a été confiée à des laïcs, membres des Ligues du Sacré-Cœur. Parmi ces zélateurs, Léon Desobry, un miraculé de la Grande Guerre, qui, un haut-parleur sur son camion, sillonne la ville avec ce message «Ce jour, Vendredi Saint, à 15 h, le Christ est mort pour nous, souvenez-vous et priez». Ces quelques mots sont aussi imprimés sur des billets distribués aux badauds du marché aux fleurs.

Le long ruban du chemin de croix a gardé au fil des décennies, bon nombre des initiatives de 1951; itinéraire des quatorze stations, prières et chants relayés par haut-parleurs (48 en 1951) sur le parcours avec de brefs commentaires (du chanoine Haustrate alors), participation de l’évêque…

Ils sont cinq mille à suivre le trajet, plus nombreux encore massés sur les trottoirs. Déjà, en tête, se dressait la grande croix de l’église de la Madeleine sur un char tiré par de solides percherons. Une bonne centaine de torches s’alignaient leurs flammes de part et d’autres des porteurs de croix. Rien que des hommes, ils sont plus de mille, se relayant nécessairement car les deux cents croix ont été fabriquées par des scouts dans des branches d’arbres et ne sont nullement équarries; d’une hauteur de 2,25 m, d’une largeur de 1,25 m, chacune pèse entre neuf et treize kilos.

En ses remerciements, Mgr Himmer soulignera simplement: «Ce soir, le Christ n’était pas seul pour gravir le Golgotha».