TOURNAI

Le Tournai d’avant: au temps où «passait» Marie-Pontoise

C’est la plus grosse cloche de la cathédrale suspendue dans la tour Pontoise, côté beffroi. Jadis, le dimanche de Pâques, c’est son retour qu’attendaient des myriades de gosses.

Car, depuis le Jeudi saint,, alors que le Christ va vivre sa Passion, plus de sonneries. Les adultes expliquent aux petits «les cloches sont parties à Rome et, au retour, elles ramèneront les œufs de Pâques». Des œufs? Une tradition très ancienne car on en a retrouvé dans les pyramides égyptiennes.

Pourquoi des œufs? Les hypothèses sont nombreuses, choix lié à l’origine de l’Homme, l’œuf, première source de vie; ou, plus terre à terre, le fait qu’en ce temps précis, les œufs sont en surnombre considérable, l’Église en interdisant sa consommation durant le carême, à l’instar de la viande. Ils sont offerts peinturlurés de tous les tons.. Notre société les a maintenant abandonnés au profit des œufs en chocolat.

Ces gosses qui attendent Marie-Pontoise et ses délices ne savent sans doute pas que Marie-Pontoise… n’existe plus.

Il y a toujours une Marie

Un inventaire de 1709 évaluent évaluer le rachat de la sonnerie donne pour Marie un poids de 17 500 livres soit environ 8 000 kg. Une dernière fois, le 4 janvier 1799, toutes sonnent. Le chant du cygne, dès le 1er février, elles sont brisées, Marie-Pontoise neuf mois plus tard.

Avec le Concordat de 1801 et le retour d’un évêque, la sonnerie de la cathédrale se reconstitue. Mgr Labis couronna cette œuvre avec la fonte de Marie-Gasparine, fondue par les Drouot en 1843.

Son volume, 8,80 de haut, diamètre 2,360 lui permet de ramener de Rome de quoi exciter la gourmandise des plus jeunes dès qu’elle sonne, le dimanche matin avant Vatican II, le samedi soir déjà depuis.

Dans cet intervalle de mutisme, les enfants de chœur utilisent des crécelles où une languette flexible frappe une roue dentée avec un bruit plutôt discordant (camelots et marchands ambulants l’employaient). Vêtus de leur aube, ils débitent aux passants l’horaire des offices moyennant une petite dringuelle.

Le dimanche, c’était la ruée dans les jardins pour ramasser ces œufs qui pouvaient être en chocolat mais aussi, dans les familles moins aisées, des œufs naturels peints, le chocolat coûtait cher.

Aujourd’hui, les chasses aux œufs se multiplient, la gourmandise y -trouve sans doute son compte, mais n’existe plus la magie, le rêve de l’attente de l’arrivée de Marie-Pontoise.