FRANCE

IMAGES | Tensions et échauffourées dans la manifestation de Gilets jaunes à Paris

Mobilisés depuis plus de cinq mois en France, les Gilets jaunes ont manifesté samedi pour le 23e samedi consécutif, dans une journée marquée par des échauffourées à Paris.

Ils étaient 9.600 à 14H00, dont 6.700 à Paris, selon les chiffres officiels régulièrement contestés par les manifestants.

Dans le centre de la capitale, plusieurs milliers de personnes avaient commencé à défiler à la mi-journée dans le calme, sous un grand soleil, pour réclamer davantage de pouvoir d’achat et de justice sociale.

Mais en début d’après-midi, des échauffourées ont éclaté dans la manifestation parisienne, près de la place de la Bastille. Un peu plus loin, aux abords de la place de la République, la tension a resurgi et les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et procédé à plusieurs charges.

Au milieu de scooters incendiés, des manifestants jetaient bouteilles et autres projectiles dans leur direction. Certains criaient «Suicidez-vous, suicidez-vous», alors que la police nationale est touchée par une vague de suicides sans précédent depuis le début de l’année.

Plus de 60.000 policiers et gendarmes ont été déployés dans tout le pays et des lieux symboliques interdits préventivement, à commencer par les abords de la cathédrale Notre-Dame, ravagée lundi par un incendie qui a soulevé l’émotion dans le monde.

Sur les Champs-Élysées également interdits, qui avaient été saccagés le 16 mars lors de la 18e manifestation, les forces de l’ordre filtraient les passants.

Les autorités appréhendaient cette semaine la présence de «casseurs».

Dans un tweet, la préfecture de police a appelé les manifestants à se «désolidariser des groupes violents».

À la mi-journée, la police avait procédé à Paris à plus de 11.000 contrôles préventifs. À 13H00, 110 personnes avaient été placées en garde à vue dans la capitale, selon le parquet.

À Bordeaux, traditionnelle place forte du mouvement, une petite foule défilait sur un itinéraire canalisé par des forces de police très mobiles, bloquant les accès à l’hypercentre, ce qui provoquait quelques face-à-face tendus.

À Toulouse, des milliers de personnes se sont rassemblées en début d’après-midi place Jean-Jaurès, précédées par des dizaines de motards en gilet jaune.

Ce samedi, les manifestants s’étaient principalement donné rendez-vous dans la capitale à l’orée d’une semaine où le chef de l’État Emmanuel Macron, doit dévoiler ses réformes tirées du grand débat, vaste consultation des Français lancée en réponse au mouvement des gilets jaunes.

Attendue lundi dernier, l’annonce par le président Macron des grandes pistes de réformes avait été différée en raison de l’incendie à Notre-Dame, qui a ravagé l’emblématique cathédrale parisienne multiséculaire et occupé depuis le devant de la scène.

Cette communion nationale autour de Notre-Dame a suscité des grincements de dents chez certains «gilets jaunes», notamment face aux promesses de dons de centaines de millions d’euros des plus grandes fortunes françaises pour aider à la reconstruction.

«Victor Hugo vous remercie pour Notre-Dame de Paris mais n’oubliez pas les misérables», proclamait samedi une banderole, reprenant le tweet humoristique d’un romancier, Ollivier Pourriol, faisant référence à une autre œuvre majeure de l’écrivain français du XIXe siècle qui fit entrer la cathédrale dans la légende.

Le 13 avril, les manifestations ont rassemblé 31.000 personnes, dont 5.000 à Paris, selon les chiffres officiels.

Début de l’ «acte 23» des Gilets jaunes, nouvel «ultimatum» à Macron

«On veut vivre, pas survivre»: les Gilets jaunes ont entamé samedi leur 23e journée de mobilisation avec un défilé à Paris en forme de nouvel «ultimatum» lancé à Emmanuel Macron, à l’issue d’une semaine dominée par l’incendie à Notre-Dame.

Sous un grand soleil, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans la matinée à Bercy, dans le sud-est de la capitale, avant de partir vers midi en direction de République, dans un cortège déclaré en préfecture.

IMAGES | Tensions et échauffourées dans la manifestation de Gilets jaunes à Paris
AFP
Pour cet acte 23, Paris semble être l’épicentre de la mobilisation même si des défilés étaient également prévus en région à l’orée d’une semaine où le chef de l’État va dévoiler jeudi ses réformes tirées du grand débat, dont l’annonce avait été différée en raison de l’incendie à Notre-Dame.

«Macron tarde à nous annoncer ses mesures. Tant qu’il n’aura pas répondu à une majorité de nos revendications, comme le RIC (référendum d’initiative citoyenne, NDLR), nous serons là», assure Yolande Rodrigues, une sans-emploi de 47 ans qui dit avoir participé à la quasi-totalité des mobilisations nationales de «gilets jaunes».

Dans le cortège parisien, la mobilisation populaire qui a suivi l’incendie de la cathédrale semblait diviser. «Notre-Dame, ce n’est pas nous», pouvait-on lire sur une pancarte. Mais juste à côté, des «gilets jaunes» brandissaient des posters de l’édifice et des affiches «Je suis Notre-Dame».

Les promesses de centaines de millions d’euros pour la reconstruction de la cathédrale laissaient aussi un sentiment partagé. «C’est une bonne chose cet argent pour Notre-Dame mais quand on voit ce qu’on peut débloquer en quelques heures…», résumait Jean François Mougey, retraité de la SNCF venu de Mulhouse.

«Les grands patrons se sont achetés une belle com’ à pas cher», tranchait Olivier 39 ans, intermittent du spectacle.

Un autre défilé a été autorisé dans la capitale, qui doit partir de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour rejoindre le campus de Jussieu (Ve) mais n’a pas fait recette, a constaté une journaliste de l’AFP.

Comme lors des récentes semaines, les autorités ont interdit aux manifestations des lieux emblématiques de plusieurs villes: les Champs-Élysées à Paris, ainsi que les abords de la cathédrale de Notre-Dame où certains «gilets jaunes» voulaient converger.

Ont aussi été interdits l’hyper-centre lyonnais ou la place du Capitole à Toulouse – – par crainte des débordements qui avaient notamment émaillé le premier «ultimatum» le 16 mars. À Lille, le préfet du Nord a pris pour le 4e samedi d’affilée un arrêté d’interdiction de manifestation dans le centre-ville.

Plus de 60 000 policiers et gendarmes sont mobilisés dans tout le pays. Les «casseurs se sont à nouveau donné rendez-vous» dans certaines villes de France, «à Toulouse, à Montpellier, à Bordeaux et en particulier à Paris», a prévenu vendredi le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui a déjeuné samedi avec le chef de l’État à l’Élysée.

Cet «ultimatum 2» sera «un peu moins fort», avait toutefois tempéré un responsable policier. «On ne sent pas un bouillonnement comme on l’avait senti le 16 mars, notamment du côté de l’ultragauche», ajoute-t-il, s’attendant à ce qu’ils «préservent leurs forces pour le 1er mai».

À Paris, le défilé se déroulait en début d’après-midi dans un calme relatif. Une barricade a été incendiée à proximité de Bastille, a constaté l’AFP.

L’ampleur de la participation sera scrutée avec attention à l’issue d’une semaine où l’incendie de la cathédrale a relégué au second plan la mobilisation des «gilets jaunes», qui réclament depuis cinq mois plus de pouvoir d’achat et davantage de démocratie directe.

Sur Facebook, certains Gilets jaunes disaient espérer pouvoir concilier le respect de «l’émoi national» suscité par Notre-Dame avec la dénonciation de la politique du chef de l’État, dont ils réclament la démission à longueur de samedis.

«On ne va pas lâcher. C’est toujours la classe moyenne qui paye. Pourtant de l’argent il y en a», a dit Elizabeth Lopez, éducatrice à la retraite rencontrée dans le cortège parisien.

Samedi dernier, les manifestations des «gilets jaunes» avaient rassemblé 31 000 personnes, dont 5 000 à Paris, selon les chiffres officiels régulièrement contestés par les manifestants.