TOURNAI

Le Tournai d’avant: près du bunker, un art de vivre

Nous avons rappelé à la mémoire collective l’existence d’un bunker dans le jardin du 11, rue Saint-Jacques. Sur ce site, un bel immeuble illustre encore aujourd’hui cet art de vivre des familles bourgeoises de jadis.

Le XIXe siècle, souvent méconnu, est un temps très riche, notamment en architecture, à la recherche d’autres formes retrouvées parfois dans de lointains horizons, de Grèce par exemple.

Pour le 11, rue St-Jacques, les documents antérieurs au XVIIe manquent, il n’en est qu’un, propriété de Jean Desclée de Maredsous. Ce parchemin daté du «treizième de juillet mil six cent cinquante et ung» explique que «devant nicolas bernard et antoine scoriez, eschevins de la Ville et Cité de Tournay est personnellement comparu Adrin Bourgogne, lequel vendroit sa part dans la moitié de la gelde à deux louages au profit de Gisles maïs

Signé de Luois Erranboault, conseiller pensionnaire de Tournai, cet écrit que suivent des considérations notariales, démontre qu’une demeure existait bien sur le site «à l’opposite de l’Église».

C’est par tradition orale que la famille Desclée retient «qu’au début du XIXe siècle, le baron Del Fosse d’Espierre, demeurant au quai des Salines, abandonne la construction d’un immeuble neuf à cet endroit».

Abandonné? De façon certaine, il est acquis, inachevé, en 1840 par les frères François et Henri-Philippe Desclée.

L’immeuble qui s’élève est bien dans la tradition du temps. Sur rue, l’habitation se cache derrière un haut mur percé d’un grand vantail aux arcades séparées par des colonnes ioniques et s’entoure dans la cour d’honneur des communs, écuries, garage des calèches, réserves.

Style qualifié de néoclassique, façade enduite totalement, surélevée afin de lui donner plus d’ampleur et de prestige, deux rangs superposés de piliers à enroulements ioniques et petit fronton triangulaire rappelant une fois de plus l’attrait pour l’architecture grecque.

Pièces à vivre ou de réception s’égrène ensuite, éclairées par deux rangs de baies à l’arrière, bien travaillées aux niveaux inférieurs, simplifiées au niveau réservé à la domesticité.

C’est dans ce superbe lieu que les Desclée résident. Avec une interruption lors de la Grande Guerre, l’occupant le réquisitionne pour ses services, l’AOK VI (Armée Oberkommando VI) s’y installe le 7 mars 1917.

La demeure, au fil des générations passe aux frères Henri et Jules Desclée (1877) puis à jean Desclée en 1956 sans que, au cours des ans, les travaux ne détériorent ce bel immeuble qu’investit, le 22 septembre 1980, la Sideho – devenue Ideta – Laquelle cède le relais à un privé, pour de nouvelles aventures.