TOURNAI

Le Tournai d’avant: sourire avec les poissons d’avril

Le temps a effacé ces plaisanteries, toujours gentilles, ni vulgaires ni méchantes, de nos horizons. Un horizon qui remonte au XVe siècle dans la littérature et s’avère une constante dès le XVIIe.

Il s’agit alors, pour les adultes, de se moquer de travers, de manies, des amis et/ou des proches. Le pourquoi d’un poisson comme figure emblématique est sujet à de nombreuses hypothèses, la réforme du calendrier due au pape Grégoire XIII en 1582 qui, entre autres, fixe le début de l’année au premier janvier en est une; plus plausible, une façon amusante de dire adieu au carême qui imposait aux chrétiens de s’abstenir de viande durant quarante jours avec le poisson en alternative.

Quoi qu’il en soit, la tradition s’est gardée et a traversé les siècles, du moins jusque dans les années 1960-1970, lorsque les médias s’en sont emparés pour en faire autre chose, fausses nouvelles et canulars pour tenter d’abuser le plus grand nombre.

Jusque-là, le premier avril était pour les potaches et surtout dans le fondamental, un jeu. Découper un poisson dans un vieux cahier ou un bout de carton, réussir à la fixer dans le dos d’un condisciple et mieux encore, sur le cache-poussière de l’instituteur trice) _ généralement, de connivence – demandait pas mal d’adresse. Mais quelle récompense ensuite.

Après l’école, c’était à l’atelier que le poisson d’avril faisait rire. Ainsi, raconte Eddy, «chez Carton, on découpait la forme dans du papier ou un déchet léger qui, pourvu d’un bon papier collant, était placé dans le dos des collègues à l’occasion d’une grande tape amicale».

Il y avait bien d’autres initiatives telles l’oreiller au-dessus d’une porte entrouverte, une marchandise introuvable que l’apprenti ou le plus jeune de la bande était chargé de ramener, un outil préalablement enduit de graisse à saisir, une pièce de monnaie collée au sol, sans oublier les célèbres clous à deux têtes que l’on pensait inexistants, ce qui est faux. Plaisirs simples qui n’engendraient que rires, même des victimes.

Plus étonnant, l’envoi de cartes postales pour le 1er avril; rappel de jeux du passé? Pensée amicale ou amoureuse? Ces cartes très belles d’ailleurs tissaient un lien entre les gens. C’était jadis…