QUALIFICATIONS EURO 2020 – GROUPE B

Récit | On a assisté à Luxembourg – Lituanie: «Qu’est-ce qui vous a pris?»

Récit | On a assisté à Luxembourg – Lituanie: «Qu’est-ce qui vous a pris?»

Le Luxembourg quittera bientôt le stade Josy Barthel pour une enceinte plus moderne. ÉdA – VBL.

La curiosité était trop forte. Au lendemain d’un Belgique – Russie (3-1) sur lequel Eden Hazard a fait régner son génie, on n’a pas pu s’empêcher d’aller découvrir un autre football. Celui qui se développe dans un petit pays voisin d’environ 600 000 habitants et qui rêve, un jour, de forcer les portes d’une grande compétition internationale. Le Grand-Duché de Luxembourg (87e au ranking FIFA), un temps considéré comme la pire équipe nationale, lançait ses éliminatoires vendredi face à la Lituanie. On y était. Sans regret.

 

 

Vendredi 22 mars. 20h45. Les rues sont pratiquement désertes autour du stade Josy Barthel – du nom de cet ancien champion olympique luxembourgeois devenu ministre. Le calme plat. Pour preuve, on parvient à se garer à moins de 100 mètres des guichets, une facilité impensable dans tout autre match de ce niveau. On joue quand même une éventuelle qualification pour l’Euro 2020… L’effervescence n’est pas débordante, loin de là. Pratiquement aucune clameur. Sans les grands pylônes dont jaillit une lumière presque aveuglante, on en viendrait presque à se demander si on ne s’est pas trompé de jour.

– «Bonsoir Monsieur, 15 euros, s’il vous plaît.»
– «Bien, Madame. On s’assied où on veut?»
– «Bien sûr. Bon match!»

Récit | On a assisté à Luxembourg – Lituanie: «Qu’est-ce qui vous a pris?»
Fierté nationale. ÉdA – VBL
Un tourniquet aussi solide que celui d’une piscine communale, une fouille sommaire et nous voilà parmi une horde multiculturelle. On tombe sur un Allemand d’une trentaine d’années, une pinte de Bofferding 0% vissée dans la main. Le jeune homme, entouré d’une amie française et d’une autre coréenne – on n’est pas dans un paradis fiscal pour rien -, n’en croit pas ses yeux. «Vous êtes venus de Belgique pour ça? Qu’est-ce qui vous a pris?» Le jeu, pardi!

En toute franchise, on éprouve une sensation étrange. On assiste à un match international, à enjeux, dans un stade municipal. Le contraste est étonnant, presque déroutant. La plupart des 3 353 spectateurs suivent le match comme un vulgaire divertissement du vendredi soir. Triste spectacle? Au moins, on prend l’air! La passion de la gonfle? Boh, est-ce si important? Le discours n’est pas le même au cœur du «kop». Une cinquantaine «d’ultras» la joue méchant. Certains ont laissé tomber le haut et exhibent quelques tatouages. Bah quoi? L’amour du pays n’est pas exclusif. Les drapeaux sont agités avec passion et les tambours résonnent sans discontinuer.

En tribune latérale, l’atmosphère est autre. On discute le coup çà et là en jetant simplement un œil sur ses braves sportifs, les rouges contre les jaunes, qui font ce qu’ils peuvent avec le ballon. À peine un quart d’heure de jeu: la Lituanie marque sur une erreur défensive (0-1). Patatras. Mais le Luxembourg reprend les choses en mains et inverse la tendance juste avant la pause (1-1).

Récit | On a assisté à Luxembourg – Lituanie: «Qu’est-ce qui vous a pris?»
Oui, oui, il existe un «kop». EdA – VBL

Une bière plate au goût de victoire

À la mi-temps, on ne se risque pas aux hot-dogs en boîte vendus chaleureusement sous une tonnelle de brocante. À peine le temps de se balader dans les travées de ce stade complètement désuet – une nouvelle enceinte de 10 000 places sera inaugurée début 2020 au plus tard – que les Lions rouges prennent l’avance (2-1). Un beau but. L’espoir renaît. Les haut-parleurs, dignes d’une fête foraine, crachent ce qu’on devine être le nom du buteur.

Entre-temps, la pinte s’est réchauffée. Plate, elle n’est pas meilleure. Peu importe, ce soir elle a le goût de la victoire. Les Luxos gèrent et gagnent.

Dans le même temps, le Portugal partage face à l’Ukraine (0-0), laissant la première place – très temporairement – au Luxembourg, en attendant les deuxièmes matches du groupe ce lundi soir. Dont la venue de l’Ukraine dans un stade Josy Barthel tel un vieillard aux doux rêves éternels.