TOURNAI

Le Tournai d’avant: un carnaval? Insuffisant pour le Tournaisien

Nous voici en 1910 et, enfin débarrassée de sa gangue de murailles, la ville innove, s’aère et, surtout, veut prendre sa place dans le concert des villes touristiques belges. Le tout récent Syndicat d’Initiative s’active tout autant que les forces vives de la ville; aucun domaine n’y échappe, notamment les festivités carnavalesques.

Héritier de traditions ancestrales, le carnaval d’hiver est peu propice aux touristes et se fête par petits groupes, d’amis, de sociétés d’agrément ou en famille. Masques, tournée des bistrots, chansons et plaisanteries, c’est joyeux, chantant, ironique, participatif.

Pour la bonne saison, voici le Carnaval d’été. Le comité, présidé par Louis Coquelz, va frapper un grand coup. Le 17 juillet 1910, 2 500 participants, 10 chars, 26 musiques animent toute la ville. Ils viennent de Belgique et de France mais Tournai y démontre la force de la vie associative locale telles que la société de gymnastique «La Vaillante» avec son char des cinq continents ou les Artilleurs Volontaires exhibant une jolie Vie de Bohème. Des concerts matinaux ont précédé le cortège, celui de l’Harmonie des Bienfaiteurs ou des Bigotphones parisiens..

Tous viennent bénévolement, avec l’espoir d’un prix si le jury le juge bon, des médailles sont distribuées, elles sont aux armes de Tournai et 50 sont offertes par Stiénon Dupré, bourgmestre, 25 par Louis Coquelz. Des responsables qui, lors du final, se féliciteront du succès de leur initiative.

Sur cette lancée, le carnaval 1911 se devait de grandir. Il fut «colossal» selon Louis Coquelz toujours à la manœuvre. Les moyens sont exceptionnels: dix mille francs de prix, ceux-ci étant la récompense des meilleurs parmi les 107 groupes, 10 chars, 40 musiques regroupant 8 700 acteurs.

La fête a commencé en musique le samedi soir, Jean Noté entonne les grands airs d’opéra sur la Grand-Place et l’auditoire reprend en chœur la Brabançonne et la Marseillaisese. Le carnaval d’été se poursuit, même la nuit, le dimanche 25 juin. La foule est innombrable, le train a recensé plus de vingt mille utilisateurs désireux de s’emplir les yeux et les oreilles de la féérie leur offerte. Les sociétés locales furent parmi les plus prisées, la Vaillante recevant 537 F, la Jeunesse Tournai, les Amis du Luchet, les Caïds marocains dépassant les trois cents francs.

Ces événements ont le mérite de faire connaître Tournai, de sortir la ville de sa torpeur médiévale, de la conduire vers d’autres horizons. Le Cortège-Tournoi de 1913 en sera une autre illustration, plus brillante encore.