FRANCE

Mobilisation des gilets jaunes dans le calme à Paris, tensions à Nice

Hormis à Nice, l’acte 19 des «gilets jaunes» se déroule samedi dans un calme relatif, notamment à Paris sur les Champs-Élysées quadrillés par un imposant dispositif policier et interdits à la manifestation après les saccages et violences de la semaine précédente.

Positionnés dès le petit matin, de nombreux fourgons, blindés et canons à eau des forces de l’ordre avaient pris place au beau milieu de la célèbre artère parisienne, théâtre la semaine dernière de scènes d’émeute et de saccages qui ont mis l’exécutif sous pression.

Sur décision du nouveau préfet de police Didier Lallement, aucun «gilet jaune» n’était autorisé à défiler sur et autour des Champs-Elysées ou sur la place de l’Étoile, traditionnel point de rendez-vous depuis le début de la mobilisation il y a plus de quatre mois.

Mobilisation des gilets jaunes dans le calme à Paris, tensions à Nice
Pillé la semaine dernière, le Fouquet’s a revêtu une carapace d’acier. AFP

Découragés par ce nouveau dispositif et un imposant quadrillage policier, plusieurs centaines de «gilets jaunes» se sont repliés sur la place Denfert-Rochereau (sud) pour prendre part à un cortège qui déambulait dans l’après-midi sans incident et se dirigeait vers le Sacré-Coeur (nord) aux cris notamment de «Macron démission», a constaté une journaliste de l’AFP.

«Ça aurait été de la provoc’ d’aller sur les Champs, vu la répression qu’ils ont annoncée», a estimé Jean-Paul Tonson, un fonctionnaire de 57 ans.

Après avoir mené cette semaine une purge à la tête de la préfecture de police, tenue pour responsable des «dysfonctionnements» de l’acte 18, l’exécutif a promis la «fermeté» et annoncé le «renfort» de militaires, provoquant un tollé politique. «Nous serons sans merci pour les casseurs», a averti la garde des Sceaux Nicole Belloubet.

A 13H30, 51 personnes avaient été interpellées dans la capitale, 29 autres verbalisées pour avoir défilé dans un périmètre interdit et près de 4.700 contrôles préventifs effectués, a indiqué à l’AFP la préfecture de police.

«Sans merci avec les casseurs»

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a enfoncé le clou samedi: «Nous serons sans merci pour les casseurs (….) Ce que veulent ces gens, ce n’est pas le dialogue, leur seule revendication, c’est la violence», a-t-elle affirmé dans l’Aude.

Au-delà de Paris, les autorités ont également interdit des manifestations dans des lieux emblématiques de plusieurs grandes villes de France, dont Nice.

Dans la cité méditerranéenne, quelques dizaines de personnes dont certaines ont revêtu un gilet jaune, ont toutefois bravé cet interdit en manifestant sur la place Garibaldi mais ont été rapidement encerclées par les forces de l’ordre.

Six personnes ont été interpellées dans la ville où les présidents chinois et français sont attendus dimanche et lundi, selon la préfecture.

Pour cet acte 19, les autorités avaient également innové en annonçant le «renfort» controversé de militaires de la force antiterroriste Sentinelle.

Après le tollé provoqué par cette décision, les autorités ont tenté de déminer la polémique, Emmanuel Macron dénonçant vendredi «un faux débat» provoqué par «ceux qui jouent à se faire peur et à faire peur» et assurant que l’armée ne serait «en aucun cas en charge du maintien de l’ordre».

L’ultragauche en province?

Après quatre mois de mobilisation, une quinzaine d’autres villes étaient concernées par des interdictions de manifester.

Les «gilets jaunes» n’auront ainsi pas droit de cité sur la place du Capitole à Toulouse et dans le centre-ville de Bordeaux, théâtres réguliers de violences depuis le début du mouvement le 17 novembre.

Si «des attroupements sont constatés» dans ces zones, il y aura «interpellation et amende», a promis le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nuñez. Les contraventions encourues en cas de participation à une manifestation interdite ont été portées de 38 à 135 euros par un décret jeudi.

Samedi dernier, 32.000 «gilets jaunes», dont 10.000 à Paris, avaient été recensés selon les autorités, un chiffre contesté par le mouvement qui a revendiqué de son côté 230.766 manifestants.

Des rassemblements sont par ailleurs attendus en régions, notamment à Saint-Brieuc, Montpellier et La Rochelle où la police craint «des actions de dégradations massives et d’atteintes physiques aux forces de l’ordre».

L’ultragauche, présente en force à Paris samedi dernier, «veut se mobiliser mais en privilégiant les manifestations régionales», confirme une source policière.

Parmi les figures du mouvement, Priscillia Ludosky a participé à une marche qui rassemblait en milieu de matinée 200 personnes entre Tourcoing et Lille. Autre figure des «gilets jaunes», Maxime Nicolle était lui aussi attendu.