NOUVELLE-ZÉLANDE

Pourquoi la première ministre de la Nouvelle-Zélande refuse de prononcer le nom du tueur

Pourquoi la première ministre de la Nouvelle-Zélande refuse de prononcer le nom du tueur

Pour Jacinda Ardern, le tueur restera «sans nom». AFP

La Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a adressé ce mardi un fort message de solidarité aux musulmans et promis de ne jamais prononcer le nom du tueur des mosquées, tandis que les corps de six victimes ont été rendus à leurs familles.

Devant le Parlement réuni en session spéciale, la Première ministre a déclaré ce mardi que le suprémaciste blanc auteur du carnage de Christchurch, dans l’île du Sud, tomberait sous le coup de la loi «dans toute sa rigueur».

«Par cet acte terroriste, il recherchait beaucoup de choses, mais l’une d’elles était la notoriété», a dit Mme Ardern aux parlementaires rassemblés à Wellington, la capitale.

«C’est pourquoi vous ne m’entendrez jamais prononcer son nom. C’est un terroriste. C’est un criminel. C’est un extrémiste. Mais quand je parlerai, il sera sans nom».

«Je vous implore: prononcez les noms de ceux qui ne sont plus plutôt que celui de l’homme qui les a emportés.»

Ce discours empreint d’émotion était porteur d’un message particulier à l’adresse de la communauté musulmane. Vêtue de noir, l’air solennel, la cheffe du gouvernement âgée de 38 ans a ouvert la séance par l’expression de bienvenue en arabe «salam aleykum» («la paix soit avec vous»).

«Vendredi, une semaine se sera écoulée depuis l’attaque. Les membres de la communauté musulmane se rassembleront pour la prière ce jour là. Reconnaissons alors leur douleur», a-t-elle dit.

Elle a prononcé ce discours au moment où des dizaines de familles de victimes commençaient à arriver du monde entier à Christchurch en vue des funérailles.

«

Prononcez les noms de ceux qui ne sont plus plutôt que celui de l’homme qui les a emportés.

»

Celles-ci ont été repoussées devant les impératifs du processus d’identification et les nécessités des investigations médico-légales. Des délais nécessaires à l’enquête médico-légale mais qui ont aggravé la douleur des proches des victimes qui auraient voulu pouvoir enterrer leurs morts selon les rites musulmans en 24 heures.

Cinquante autopsies ont été menées mais «seules 12 victimes ont été identifiées» formellement à ce stade, et «six parmi les victimes identifiées ont été rendues à leur famille», a indiqué la police, qui a promis mener à bien sa tâche aussi vite que possible.

Peter Elms, des services néo-zélandais de l’immigration, a déclaré que 65 visas avaient été délivrés pour l’instant pour les familles.

Javed Dadabhai, venu d’Auckland pour enterrer son cousin, a expliqué que les proches avaient été avertis par les autorités que «le processus serait très lent, très exhaustif».

«Certaines familles ont été invitées à aller voir les leurs […] ceux qui sont les plus faciles à reconnaître. Mais nous parlons de trois ou quatre familles, a-t-il dit. La majorité des gens n’ont toujours pas eu l’occasion de voir leurs proches.»

Selon une liste qui circule parmi les familles, les victimes étaient âgées de trois à 77 ans. Plusieurs étaient natives de la région mais d’autres étaient originaires de pays lointains comme l’Égypte ou la Jordanie.