TOURNAI

Le Tournai d’avant: non, la Mouette ne s’envolera pas

En cette semaine du 5 au 14 septembre 1909, les habitants de Tournai mais aussi d’un large horizon caressent un identique rêve: aller sur la plaine des Manœuvres assister aux évolutions des fous volants, ces aviateurs qui risquent leur vie pour conquérir le ciel. Après Ader, Wright, Orville, Louis Blériot ne vient-il pas de traverser la Manche en juillet?

Pour corser l’énorme engouement, il y a cette inscription d’un Tournaisien dans ce premier meeting en Belgique. Oui, Walter Bulot est même l’un des premiers à signer son engagement. La concurrence sera rude avec les Farman, Blériot, Latham, Curtiss et Paulhan.

Walter Bulot est né à Tournai le 15 février 1877 au n° 28 de la Grand-Place où son père Albert est imprimeur. Passionné très tôt de cette discipline nouvelle qu’est l’aviation, il s’est préparé à suivre cette voie par des études d’ingénieur. C’est dans son atelier du 20 de la rue de Cologne – de l’Yser à ce jour – qu’il étudie, cherche et construit ses premières machines. La première semble bien être cette Mouette, un triplan terminé en 1808 et qui sera suivie de quatre autres. À cette époque, la faiblesse des moteurs impose un maximum de surface portante avec le triplan, le monoplan s’imposant ensuite.

Pour cette semaine qui révolutionne la société contemporaine, des hangars ont été construits au fond de la plaine, les aéronefs sont alors très, très fragiles.

Le public sera souvent déçu. La météo joue des tours pendables aux pilotes car soit il pleut à verse, soit il y a trop ou pas assez de vent; d’autre part, à part Paulhan qui multiplie ses vols sur la plaine mais aussi vers Froidmont ou Taintignies, les autres sont cloués au sol ou quasi.

C’est le cas de notre Tournaisien. Malgré de très nombreux essais, des modifications diverses dont une deuxième hélice, la Mouette refuse obstinément de s’en voler. Elle se bornera, pour faire patienter le public, à rouler le long des barrières.

Pourtant, malgré l’échec, Walter Bulot n’abdique pas; dans ce hangar-atelier de la plaine, il construit encore, dont un biplan présent au Salon de l’aviation de Paris en 1911.

La fin définitive de l’aventure est signée le vendredi 19 janvier 1912 à 22 h. La sirène du beffroi appelle les pompiers vers les hangars de la plaine. L’atelier de Walter Bulot brûle totalement car il n’y a pas d’eau pour éteindre le brasier. Disparaissent ainsi deux avions achevés, un en construction, un moteur Anzani de 30HP et tout son outillage soit une perte de 35 000,00 F insuffisamment assurée.

C’en est trop. On ne sait cependant si c’est vraiment cette perte énorme qui le fait quitter Tournai en 1913 et si ce sont les moqueries de Tournaisiens volontiers ironiques – sa Mouette fait partie du cortège d’été 1911 –. Il ne reviendra plus en sa ville natale et meurt à Schaerbeek le 30 mai 1955.