L’Avenir : le Conseil de l’Europe et les clés du camion

Après les trois jours de «lock-out» à L’Avenir, une alerte a été déposée devant le Conseil de l’Europe. Et alors?

Du 4 au 5 mars, les journalistes de L’Avenir sont en grève. Dès le 4 mars, la direction bloque l’accès au site internet et aux réseaux sociaux du journal. Le 6 mars, le personnel reprend le travail mais la direction fait l’impasse en suspendant toute publication tant qu’un «accord global» n’est pas obtenu.

Un lock-out, c’est ça. Et c’est une première dans la presse européenne.

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) lance une alerte auprès du Conseil de l’Europe, via la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes (lire nos précédentes éditions). À quoi ça sert?

1. Alerte… générale

Le premier effet de cette alerte, c’est qu’elle est immédiatement répercutée auprès des 47 États membres, via leurs ambassadeurs auprès du Conseil de l’Europe. L’État interpellé est exposé au regard de ses 46 confrères. Il est appelé à réagir et à s’expliquer officiellement. L’alerte déclenche un devoir d’action.

2. La violation

«Le lock-out à L’Avenir relève d’une violation de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit l’accès à l’information pour les citoyens, commente Ricardo Gutiérrez, le secrétaire général de la FEJ. Ce n’est pas un simple conflit opposant un patron et des travailleurs. C’est un patron qui paralyse l’outil des travailleurs et, ce faisant, paralyse l’accès à l’information pour les citoyens. »

3. Qui doit s’expliquer?

Les alertes visent systématiquement les autorités publiques. Charles Michel? Willy Borsus? Jean-Claude Marcourt? «Personne en particulier. C’est l’État belge qui est interpellé parce qu’un droit fondamental a été bafoué. C’est une responsabilité politique. C’est l’État belge qui a signé des conventions internationales, avec l’obligation positive de protéger le pluralisme des médias et l’indépendance rédactionnelle», rappelle Ricardo Gutiérrez. Une obligation positive, ça signifie que l’État doit poser des actes pour respecter ses obligations. Pas rester au balcon.

4. Les actes attendus

Le MR demande en urgence des auditions devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Entendre des représentants de la direction et des travailleurs de L’Avenir, ça pourrait suffire? «C’est déjà un acte, estime le secrétaire général de la FEJ. Mais il faut voir à quoi mènent ces auditions. Si c’est juste pour se donner bonne conscience… »

5. Quand l’alerte sera-t-elle résolue?

C’est la FEJ, ayant rédigé l’alerte, qui pourra la considérer comme résolue. «Le Conseil de l’Europe revient vers nous à un moment donné et nous demande si on peut considérer que l’alerte est résolue.» C’est du cas par cas. Il faut un élément neuf. Ça va de simples excuses, comme celles de Charles Michel quand il recadre son porte-parole à la suite de certains propos à l’encontre d’un journaliste de la RTBF, à un changement de législation, comme en Slovénie où les journalistes d’investigation peuvent, depuis 2015, utiliser des documents classifiés sans encourir de poursuites judiciaires. « C’est le but de ces alertes: améliorer la situation de la presse. Ce n’est pas un catalogue des violations de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme », insiste Ricardo Gutiérrez.