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Violences aux frontière du Venezuela pour défendre l’aide humanitaire

L’armée a répliqué avec violence samedi aux frontières du Venezuela où les partisans de l’opposant Juan Guaido s’étaient mobilisés pour permettre le passage d’une aide humanitaire que refuse le président Nicolas Maduro, qui dénonce une tentative déguisée d’intervention américaine.

Au moins deux personnes, dont un garçon de 14 ans, ont été tués par balle dans des heurts à la frontière entre le Brésil et le Venezuela. Une ONG locale, Foro Pena, a accusé les militaires vénézueliens d’avoir ouvert le feu sur la foule mobilisée pour exiger le passage des convois humanitaires.

Par ailleurs, selon les services colombiens de l’immigration «deux camions» d’aide ont été incendiés à la frontière avec la Colombie. Une députée pro-Guaido, Gaby Arellano – qui a évoqué «un camion» – a accusé les forces de l’ordre vénézuéliennes de l’avoir incendié sur ordre du président Maduro.

Juan Guaido, 35 ans, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, avait fixé la journée de samedi comme date-butoir pour la livraison de cette aide stockée principalement en Colombie et au Brésil.

Il a lancé l’épreuve de force à la mi-journée en annonçant lui-même sur Twitter l’entrée au Venezuela d’un premier convoi via la frontière brésilienne.

«Attention Venezuela: nous annonçons officiellement QU’EST ENTRE le premier chargement d’aide humanitaire depuis notre frontière avec le Brésil. C’est un grand succès, Venezuela! «a-t-il indiqué depuis la ville frontalière de Cucuta, en Colombie.

Des journalistes de l’AFP à Pacaraima (nord du Brésil) ont constaté que deux camions chargés d’aide envoyée par le Brésil stationnaient samedi soir entre les postes de douanes des deux pays, faisant face aux soldats vénézuéliens.

Alors que la tension montait sur le terrain, M. Maduro a annoncé devant des milliers de ses partisans rassemblés à Caracas la rupture des relations diplomatiques avec «le gouvernement fasciste de Colombie» et a donné 24 heures «à l’ambassadeur et aux consuls» pour quitter le Venezuela en lançant: «Dehors, les oligarques! «.

Cependant, pour le président colombien Ivan Duque, traité de «diable» par M. Maduro, Juan Guaido est le seul chef de l’État vénézuélien en exercice: sur Twitter, sa vice-présidente, Marta Lucia Ramirez, a rappelé que «notre gouvernement n’a pas désigné d’ambassadeur (à Caracas) et ne reconnait pas celui de Maduro dont le mandat s’est achevé le 9 janvier» – à la veille de son deuxième mandat controversé.

Cette escalade survient après de nombreuses violences qui ont éclaté à la frontière entre les deux pays, en particulier quand quatre camions ont tenté de forcer le passage, soutenus par la foule qui exigeait le libre passage des convois humanitaires.

Les soldats et les policiers vénézuéliens ont fait usage de lacrymogènes et de balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, faisant une dizaine de blessés, selon les équipes de l’AFP sur les ponts Simón Bolívar et Santander, qui relient les villes de San Antonio et Ureña, au Venezuela, à Cúcuta en Colombie.

Pour bloquer l’entrée des convois, Caracas a ordonné la fermeture vendredi des trois principaux ponts frontaliers. Un quatrième, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l’armée depuis début février.

Défiant le leader chaviste, M. Guaido a bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national et affirmé que l’armée, pilier du régime chaviste, avait «participé» à cette opération.

«L’appel aux forces armées est très clair: bienvenue du bon côté de l’histoire, bienvenus les militaires qui aujourd’hui se mettent du côté de la Constitution», a-t-il ajouté devant la presse.

Selon les services migratoires colombiens, onze militaires et deux policiers vénézuéliens ont déserté samedi et ont rejoint Cucuta. L’un des militaires s’est présenté comme «le major Hugo Parra», en uniforme de la Force armée nationale bolivarienne. «Je reconnais notre président Juan Guaido et je lutterai avec le peuple vénézuélien à chaque étape», a déclaré l’officier devant la presse.

Pour lancer l’opération humanitaire, M Guaido était entouré de M. Duque aini que des présidents du Chili, Sebastián Piñera, du Paraguay, Mario Abdo, et du secrétaire général de l’organisation des États américains, (OEA) Luis Almagro.

Parmi les civils massés près des ponts avec des pancartes «Entrez du bon côté de l’Histoire» pour exiger l’aide, Neyerson Cisneros, un psychologue de 29 ans a expliqué à l’AFP: «Je suis venu apporter mon grain de sable à la lutte. C’est un moment historique, les militaires vont céder, j’ai confiance».

Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontière terrestre avec le Brésil, M. Maduro a suspendu les liaisons avec l’île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l’aide.

Désertion de 13 membres des forces de sécurité passés en Colombie

Onze militaires et deux policiers vénézuéliens ont déserté samedi, passant en Colombie à Cucuta, alors que la tension montait à la frontière fermée par le gouvernement de Nicolas Maduro pour bloquer l’entrée de l’aide humanitaire, a annoncé le service des migrations colombien.

Violences aux frontière du Venezuela pour défendre l’aide humanitaire
- AFP
L’un des militaires s’est présenté comme le major Hugo Parra, en uniforme de la Force armée nationale bolivarienne.

«Je reconnais notre président Juan Guaido et je lutterai avec le peuple vénézuélien à chaque étape», a déclaré à la presse le major Parra, qui s’est entretenu avec l’opposant dans un entrepôt proche du pont international de Tienditas, d’où est partie l’aide vers le Venezuela.

Dans un communiqué aux médias, le service des migrations a précisé qu’au total 13 membres des forces de sécurité vénézuéliennes avaient franchi la frontière.

Dix sont «membres de la Garde nationale vénézuélienne et deux des femmes des la police nationale bolivarienne, qui ont fui la dictature de Nicolas Maduro. Un autre s’est livré dans le département d’Auraca» (est, frontalier du Venezuela), selon cette source.

Juan Guaido, qu’une cinquantaine de pays ont reconnu comme président par intérim du Venezuela, a promis une amnistie aux militaires qui rompraient avec le régime de Nicolas Maduro, accusé d’avoir été réélu frauduleusement à la présidence.

Les trois premières désertions ont eu lieu dans la matinée, avant que Juan Guaido annonce la sortie des entrepôts de Cucuta des camions d’aliments et de médicaments, envoyés par les États-Unis et leurs alliés.

Selon le service des migrations, trois membres de la Garde nationale bolivarienne ont alors renversé, avec un véhicule blindé, l’une des barrières de sécurité du pont Simon Bolivar qui unit les deux pays, à Cucuta.

L’opposition à Maduro était samedi déterminée à faire entrer l’aide stockée notamment à Cucuta, ainsi qu’au Brésil, mais refusée par le régime chaviste qui y voit les prémices à une intervention militaire des États-Unis.