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Un tweet sexiste de la STIB déclenche la polémique: mais d’où vient cette photo?

Un tweet sexiste de la STIB déclenche la polémique: mais d’où vient cette photo?

Cette photo est surnommée «distracted boyfriend» sur le web. Ce «mème» détourné par la STIB remonte à un shooting en Espagne en 2017. Twitter / STIB

La STIB a utilisé un «mème» internet pour alerter ses voyageurs du chantier du tram 9. Problème: l’image postée sur Twitter contient la dose de sexisme ordinaire propre à déclencher la polémique. Décryptage.

La STIB a utilisé un mème ce 18 février pour annoncer sur Twitter le lancement des travaux de prolongement de la ligne de tram 9 vers la station de métro Roi Baudouin. On y voit un garçon (légendé «toi») se retourner sur les fesses d’une fille («le tram 9»), sa copine se fâchant sur lui («ta voiture»).

Plusieurs internautes ont vu du sexisme dans ce post. Dont Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo, première sur la balle et toujours prompte à analyser les faits et gestes de la STIB. Si l’image et son détournement comportent évidemment une bonne dose sexisme, son apparition dans les flux de la STIB a aussi permis de distinguer ceux qui maîtrisent la culture internet et les autres. Décryptage.

Pour comprendre, précisons d’abord ce qu’est un «mème». Il s’agit selon Wikipedia d’un «élément ou phénomène repris en masse sur internet». Très souvent, une photo, une vidéo ou un gif, bricolé vite fait bien fait et décliné à toutes les sauces. Précisons aussi qu’il ne s’agit pas ici d’une campagne de pub de la STIB, mais d’un simple post d’info service sur Twitter.

Le mème en question tourne sur internet depuis 2017. La photo sur lequel il se base est un cliché d’illustration pris en Catalogne par le photographe espagnol Antonio Guillem Ce dernier explique au site Wired qu’il avait décidé de shooter une scène d’infidélité «mais d’une manière fun», histoire d’alimenter ses agences clientes. Pour ce faire, il a employé des mannequins avec lesquels il a l’habitude de bosser. Voilà pour l’origine de la photo.

Mais que vient faire Phil Collins par ici?

Son détournement, baptisé «distracted boyfriend» (ou «le petit ami distrait») par le web, a explosé sur internet en août 2017. On en retrace la vie parallèle sur un groupe Facebook consacré au rock progressif, où le fonctionnement recyclé par la STIB naît via une blague sur Phil Collins qui se détournerait du prog rock pour les sirènes de la pop (vous saisissez le mécanisme?) Passé par l’Angleterre, ce premier détournement n’explose pas. Mais la photo est ensuite postée sur Instagram. Elle devient virale en août lorsqu’elle apparaît sur Twitter dans un nouveau détournement: le jeune homme y est légendé «la jeunesse», la jeune fille «socialisme» et la petite amie «capitalisme». On ne hurle pas de rire mais visiblement, la sauce prend.

Des milliers de réinterprétations en découlent en quelques jours, utilisant toujours ce ressort du regard détourné par quelque chose de plus désirable. Par exemple qui réinterprètent l’histoire d’Henry VIII et Anne Boleyn. D’autres photos ou tableaux de l’histoire de l’art entrent dans la danse. Jusqu’à la blague de la STIB sur le tram 9.

Certains dédramatisent l’intention stibienne. C’est par exemple le cas de ces deux internautes. Le premier ajoute sa pierre à l’édifice du second degré. Le second, plus littéral, s’en réfère à sa culture web. «Ahah, tous ces vieux et ces ignorants qui ont 15 ans de retard avec internet et le monde actuel, c’est ça qui est triste... Ce mème tourne sur le net depuis bien longtemps et il n’y a que les petits esprits pour y trouver qqch de mal».

«Particulièrement ringard»

Mais d’autres ne décolèrent pas. «Comparer les femmes avec des véhicules, ça fait aussi des plombes. Ça s’appelle l’objectification. Ça a des conséquences bien réelles pour les femmes. La forme n’annule pas le fond qui est, lui, particulièrement ringard», peste ainsi Céline Delforge. L’avis d’Halima El Haddadu, de l’AJP, est sensiblement le même: «La grande majorité a compris qu’il s’agit d’un vieux mème, ce n’est pas vraiment le souci... Que la STIB véhicule et relaye ce genre d’image (mème ou pas) par contre, là le public a son mot à dire». Magali Plovie, elle aussi députée Ecolo, y va pour sa part d’un mème en guise de réponse.

Pour rattraper le coup, la STIB (bien aidée par les internautes) a immédiatement reposté un autre mème issu lui aussi des photos d’illustration d’Antonio Guillem. Mais le mal était fait et le flux Twitter du gestionnaire du réseau s’est transformé en champ de bataille entre les tenants de l’esprit internet et ceux qui défendent l’idée selon laquelle l’existence du mème n’excuse ni son sexisme, ni son utilisation par un service public. Même sous la caution de l’humour.

Quant au fond de l’histoire, soit la prolongation du tram 9, on laissera la pinaillerie finale à ce twittos: «1.5 km = 2 ans. Bon la STIB, vous êtes sympas mais en Chine ou au Japon, ils le font en quelques mois. C’est vraiment honteux».