TOURNAI

Le Tournai d’avant: une passerelle inutilisée mais pas inutile

La passerelle du chemin de fer Tournai-Orchies est menacée. Elle ne sert plus, c’est vrai mais elle a une histoire, celle des activités humaines qui transitaient sur cette voie déjà ancienne.

Le dimanche 23 octobre 1842, Tournai accueille son premier train, sur le quai dénommé à ce jour «Sakharov» au lieu de l'» Arsenal» jadis. C’est là le début d’un développement qui, au fil des ans, en fait une pièce maîtresse du réseau belge.

Les projets sont parfois extrêmement grandioses, tel celui porté en janvier 1865 par un consortium privé devant le gouvernement et qui veut mettre en chantier une ligne Anvers-Douai.

Ce projet, qui pourrait apparaître plutôt farfelu aujourd’hui, répond à une demande, celle d’étoffer nos relations internationales, ici avec la France, afin de faciliter les échanges commerciaux.

De la coupe aux lèvres, il y a du chemin, c’est péniblement que ce grand axe se concrétise; le 5 juin 1882, les voies atteignent Pecq et le 20 décembre 1883, la frontière française.

C’est ici, lors de la mise en service le 20 décembre 1883 que débute la vie de la passerelle d’Allain permettant aux convois de voyageurs d’abord puis industriels en 1884 de gagner, au fil de quelques années, les gares de Allain (marchandises), Chercq, Saint-Maur, Ere, Willemeau, La Glanerie, Orchies.

Cette 88A est à voie unique et le restera; son importance est déjà réduite, ce qui ne l’empêche pas de s’y voir greffer des raccordements secondaires, tel celui des Ateliers Carton.

Comme les autres ouvrages, la passerelle d’Allain subit les foudres des armées en guerre; elle est dynamitée par les Allemands le 7 novembre 1918, par les Anglais le 18 mai 1940. Dans la foulée, les Allemands commencent le démantèlement, enlevant les rails de Rumes à Bachy en 1943.

Après la libération, face au réseau d’autobus aux tracés plus proches des noyaux habités, la 88A décline. Inexorablement. Les trains pour voyageurs subsistent jusqu’au 19 juin 1952, ceux pour marchandises résistent jusqu’en 1965. Conséquence, le tronçon Chercq – Rumes est démonté au 22 septembre 1966.

La passerelle ne sert plus qu’aux promeneurs, aux joggeurs. Elle a connu bien des avatars, bien des destructions mais elle s’est refaite chaque fois, d’acier avec arches, sur piles de bois en provisoire, en béton précontraint, le deuxième du genre – le premier au Danemark – en août 1956 –..

Victime de la rentabilité? Histoire à suivre!