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Facebook: le très grand café du coin

Facebook: le très grand café du coin

Réseau social mondialement utilisé, Facebook est parvenu à recréer du lien social là où il n’y en avait plus. Ce, jusque dans nos villages. WrightStudio – stock.adobe.com

Réseau social mondialement utilisé, Facebook est parvenu à recréer du lien social là où il n’y en avait plus. Ce, jusque dans nos villages.

Après quinze années d’existence, et plus de deux milliards d’utilisateurs dans le monde, Facebook est (presque) devenu un incontournable. Photos, vidéos, événements, informations, états d’âme, coups de cœur ou coups de gueule, tout y est partagé, chaque jour, par une immense communauté d’internautes. Une communauté qui aime aussi se rassembler.

De la création des pages Facebook aux communautés de villages, il n’y avait qu’un pas. Allègrement franchi. Et on les compte désormais par milliers sur Facebook, en Belgique ou ailleurs dans le monde.

Chez nous, ces communautés villageoises commencent véritablement à fleurir entre 2013 et 2015. L’objectif est simple et partagé par les diverses pages et/ou groupes: faire vivre l’histoire du village, que ce soit par des souvenirs ou des anecdotes, ou des informations en temps réel.

Au service des histoires de village

 

Lorsque Facebook est créé en 2004, il est encore bien loin de l’interface observée aujourd’hui et de ses multiples fonctionnalités. En 2007, le réseau social offre à ses utilisateurs la possibilité de créer des pages ou événements, qui contribuent indéniablement à la naissance de communautés, parmi lesquelles, les communautés villageoises.

Chez nous, elles commencent véritablement à fleurir entre 2013 et 2015. L’objectif est simple et partagé par les divers pages et/ou groupes: faire vivre l’histoire du village, que ce soit par des souvenirs, des anecdotes ou des informations en temps réel. Anne-Catherine Lahaye, experte en communication et réseaux sociaux et Esther Haineaux, spécialiste de l’identité numérique, nous aident à décrypter le phénomène.

L’importance du lien social

«Il y a un sentiment de communauté qui émane de ces groupes, une volonté de se retrouver, explique Anne-Catherine Lahaye. Avant, on avait les petits vieux dans les bars, désormais, on a cette interface. C’est une transposition. Si on avait besoin d’une info, on allait au café du village. Mais ce ne sont plus des lieux de rencontre. Maintenant, on se retrouve, on se tient informé via les réseaux sociaux et ces fameuses pages dédiées aux villages. Avec les dérives que cela comporte. Parce qu’on touche un public beaucoup plus grand. Il y a aussi, bien sûr, une volonté de transmission.»

Un avis que partage Esther Haineaux: «Le premier élément qu’on peut soulever, c’est maintenir du lien social. Avant, il y avait les cafés, on n’a plus le temps pour ça. Ces groupes Facebook permettent de recréer du lien. Il y a un sentiment d’appartenance, que ce soit au village natal ou au village d’adoption. Puis, il y a ce qu’on appelle la temporalité de la communication. On préserve le lien, sans être présent forcément sur le moment. On publie quelque chose qui ne sera lu que plus tard. Et une autre caractéristique, c’est qu’on va trouver dans ces groupes, un soutien, notamment affectif auprès de gens qui nous ressemblent. Notre identité est forcément liée à l’endroit où on vit. Et comme une communauté de fans, on suit la page de notre village dont on est fier. Il y a le sentiment d’une identité collective, qui participe à notre identité individuelle. Enfin, tout le monde peut interagir, comme au café du village…»

Des dérives?

 

Problématiques de l’anonymat, du harcèlement, de l’appel à la haine, du respect de la vie privée, des injures ou des menaces, des fake news etc., Facebook a aussi entraîné un certain nombre de dérives. Auxquelles les groupes n’échappent guère, dans une moindre mesure, bien sûr.

Anne-Catherine Lahaye explique: «Il y a l’effet de groupe qui joue. Ensemble, on se sent plus fort. Ça peut être positif dans le cadre de démarches citoyennes mais ça peut aussi déraper. Même si dans les groupes de voisins, ça reste modéré parce qu’on se connaît, il y a une proximité, généralement on sait «qui est qui». Mais il n’empêche que les problématiques du village se sont transposées aussi sur la toile. Les rumeurs par exemple. Je suis sur un groupe Facebook de ce genre, une maison est inhabitée dans le village et énormément de choses ont circulé à son sujet… Mais on constate aussi parfois la peur de l’étranger, les questions de sécurité ou de propreté et qui entraîneront presque irrémédiablement des débats. Il fait toujours plus propre devant chez nous qu’à côté. Puis, un sujet peut s’enflammer très vite! Même si généralement, les gens vont se retrouver sur de nombreux points.»