PARLEMENT WALLON

Liste noire à L’Avenir: «Scandaleux, intolérable, inadmissible, inenvisageable»

Liste noire à L’Avenir: «Scandaleux, intolérable, inadmissible, inenvisageable»

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Le Parlement et le gouvernement wallon sont unanimes: il ne saurait être question de licenciements secs et encore moins ciblés à L’Avenir. Le ministre-président Willy Borsus a été très clair: il veut que les négociations entre direction et personnel reprennent pour privilégier les départs volontaires et des plus de 56 ans sur base volontaire. Il privilégie aussi la sortie totale des EDA de Nethys.

L’heure est grave aux Editions de L’Avenir: la perspective de licenciements secs, dont certains ciblés (la fameuse liste noire), a amené le Parlement wallon a un débat en séance plénière ce mercredi.

Tous les groupes politiques s’y sont mis avec des commentaires forts et clairs.

Ainsi, le député PS Pierre-Yves Dermagne parle sans détours:

« Je pensais que la black list ne relevait plus de la démocratie. Je pensais que la presse régionale de qualité était un enjeu partagé. J’ai été candide. Car aujourd’hui des journalistes sont menacés pour avoir couvert une actualité qui aurait déplu à certains. C’est un scandale si c’est exact. Juste parce qu’ils ont écrit, pris des positions qui ne plaisent pas. C’est un scandale».

Même son de cloche du côté du MR avec le député Olivier Maroy.

« Une rédaction qui fait grève c’est extrêmement rare. C’est un signal à prendre en considération. Je ne reviendrai pas sur les erreurs monumentales de gestion de la part de la direction. Ils sont coupables de ne pas avoir agi pour ne pas aller dans le mur. Direction et personnel sont parvenus à un accord sur 45 ETP et qui a débouché sur un accord de départs sur base volontaire. Or, la direction des EDA a inséré dans le protocole d’accord une clause lui permettant les licenciements secs après l’assemblée générale. Et pire: il y a donc cette liste noire. C’est intolérable. Jamais je ne le cautionnerai».

Et Maroy de demander au ministre-président de faire en sorte que la direction des EDA accepte d’appliquer la convention de l’AJP (association des journalistes professionnels) qui coûterait au total quelque 180 000 euros supplémentaires sur un plan de 9 millions, et qui inciterait les 56 ans et plus à accepter de quitter volontairement l’entreprise. Et donc d’éviter les licenciements secs.

Chez Ecolo, Stéphane Hazée claque:

«Ça recommence une nouvelle fois: la liste noire réapparaît. C’est inadmissible que des journalistes soient mis sur la sellette parce qu’ils sont trop peu dociles. Suite à une résistance héroïque, il y a eu un accord social avec l’engagement qu’il n’y aurait pas de licenciements secs. Aujourd’hui, voilà cet engagement évaporé, des dispositions ont été rajoutées après la présentation de l’accord au personnel. C’est à nouveau inadmissible. Rien ne change dans les pratiques, les mêmes maux conduisent aux mêmes difficultés. Il faut arrêter ce massacre social pour écarter le spectre de la liste noire.»

Dimitri Fourny, au cdH, ne dit pas autre chose.

«La situation est peu banale et inquiétante. Il a clairement été indiqué qu’il n’y aurait pas de licenciements secs. Il y a quelques semaines, le ministre des Médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt, précisait qu’il n’y aurait pas de licenciements secs. Or aujourd’hui, c’est le retour de la liste noire».

Même le député «Jexiste» Puget était sur la même longueur d’ondes:

«La liberté de la presse est la liberté de la démocratie: par des pratiques et le diktat de Nethys, on met sous pression des journalistes qui font leur métier».

La demande de tout le Parlement au ministre-président Borsus est donc claire:

1. Pas question d’une liste noire

2. Le Parlement demande que la direction des EDA puisse appliquer la convention AJP et donc permettre d’inciter les 56 ans et plus à partir sur base volontaire et donc d’éviter les licenciements secs.

3. Le gouvernement doit rapidement se positionner quant à l’avenir des EDA.

«Il ne peut être question de liste noire, c’est très clair»

Le ministre-président wallon a lui aussi été d’une clarté implacable:

«De façon très nette, je tiens à redire à quel point ma conviction est totale: la presse est un pilier de la démocratie dont nous avons en permanence besoin. Il convient de la respecter et de la défendre. Donc sans la moindre ambiguïté, je le répète: il ne saurait y avoir de licenciements, de sanctions à l’encontre de celles et ceux qui ont écrit, qui ont mené telle ou telle analyse. En aucun cas il ne saurait être question de quelque liste que ce soit à quelque moment que ce soit».

Et Borsus de poursuivre:

«La situation est extrêmement difficile. Le volet social acte des éléments, dont le départ d’un groupe de 45 personnes en départs volontaires, en RCC ou sur base volontaire. Cette convention a été approuvée par 84% du personnel et voilà pourquoi les textes et les outils de la tutelle du gouvernement ne sont pas activés. Problème: les infos qui ont été communiquées aux travailleurs ne sont pas stables, sont incertaines ou tardives. Des travailleurs sont donc insécurisés face au cadre financier et personnel. Resurgit alors l’hypothèse de licenciements secs et la liste noire. Je veux dès lors rouvrir un espace de dialogue.»

Un espace de dialogue pourquoi? D’abord, dit Borsus, pour clarifier la disposition qui concerne le statut des journalistes dans le cadre de la convention de restructuration. L’application de ce texte qui intégrerait un complément de 180 000 euros. Une piste que Borsus veut explorer.

Le ministre-président veut donc que les négociations se poursuivent. L’objectif: pas de licenciements secs. «J’ai la conviction que si on clarifie, si on se donne du temps complémentaire, on pourra atteindre le volume des 45 emplois dont le groupe doit se séparer.»

Et puis, Borsus fait un appel du pied à Marcourt, en charge des Médias à la Fédération. «Je suis ouvert à un contact, un dialogue si on s’inscrit dans la même ligne».

Reste alors l’avenir de L’Avenir. Là encore Borsus est très clair.

«Il y a deux possibilités: soit revendre L’Avenir avec les activités concurrentielles de Nethys qui aurait alors une part minoritaire de la nouvelle structure. Soit L’Avenir est vendu à une structure externe. Je ne suis pas l’actionnaire. Mais je ne vous cache pas que cette dernière option a ma préférence car elle doit marquer des perspectives de pérennisation, de réforme, d’investissements dans le numérique. Il faut aussi que le plan social soit un élément qui puisse rapidement se traduire par un redéploiement et des perspectives pour le groupe et l’organe de presse.»

Et Borsus de rappeler qu’existe toujours la possibilité de la tutelle d’annuler des actes qui seraient contraires à l’intérêt régional:

«Soyez convaincu de ma totale détermination, de celle du gouvernement et de la ministre De Bue qui dispose toujours potentiellement du droit d’application de la tutelle…».