BRUXELLES

Attentat au Musée juif de Belgique: un ancien directeur de prison évoque la radicalisation des deux accusés

Attentat au Musée juif de Belgique: un ancien directeur de prison évoque la radicalisation des deux accusés

Nacer Bendrer BELGA

Mehdi Nemmouche était déjà radicalisé en arrivant à la prison de Salon-de-Provence, a déclaré l’ancien directeur de cet établissement pénitentiaire, lundi, devant la cour d’assises de Bruxelles.

Il aurait ensuite influencé Nacer Bendrer, selon le témoin. Mais pour les avocats de la défense, il ne s’agit que de suppositions invérifiables.

L’ancien directeur de prison a expliqué que des informations et des faits lui avaient été rapportés, au sein de l’établissement pénitentiaire qu’il dirigeait, selon lesquelles des détenus, dont Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, faisaient du prosélytisme, en 2009 et 2010.

«Mehdi Nemmouche est un homme intelligent qui a du charisme. Et il l’exerçait dans le sens de ses convictions religieuses. Je pense qu’il a influencé Nacer Bendrer», a déclaré le témoin.

Ce dernier a expliqué que la radicalisation de plusieurs détenus au contact de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ressortait d’une «arborescence» supposée, autrement dit un ensemble d’informations, «très concordantes» selon lui, recueillies auprès du chef de bâtiment, du chef de la sécurité, du chef de la détention et de plusieurs informateurs au sein de la prison.

«Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer étaient notamment dans le bâtiment C avec un autre homme, d’origine portugaise, qui, par leur influence, a basculé dans un comportement rigoriste. Il s’est auto-circoncis, il ne voulait plus dormir sur son lit, etc. Egalement, un autre détenu qui avait une ordonnance de médicaments pour des problèmes psychiatriques avait subitement arrêté tout traitement. Des détenus eux-mêmes nous disaient subir des pressions de leur part pour ne plus écouter de musique», a raconté l’ex-directeur.

Les conseils de Nacer Bendrer ont réagi à ce témoignage, rappelant que l’ancien directeur était le seul à faire état d’une forme de radicalisation chez leur client, sur base d’une arborescence supposée, comme il l’a affirmé lui-même.

Le témoin a précisé qu’il s’agissait de plusieurs informations concordantes, et à la question de savoir s’il s’agissait de certitudes, il a répondu: «quelques fois oui, très souvent non».

«On ne peut pas vérifier la crédibilité des témoins», a déploré Me Gilles Vanderbeck, conseil de Nacer Bendrer.

«Quand on vous dit que Bendrer était radicalisé, on doit pouvoir vérifier si c’est vrai ou pas, interroger les gens avec qui ils étaient en contact», a renchéri Me Blot, second conseil de Nacer Bendrer.

L’ancien directeur de la prison de Salon-de-Provence a également évoqué des informations relatives à un projet d’attentat dans l’établissement pénitentiaire.

«Il y a eu un risque d’introduction d’armes et d’explosifs au sein de la prison. Je ne dévoilerai pas la source pour ne pas la mettre en danger mais on avait recoupé plusieurs indices avec des informations des services de renseignement. De ces constats, on a pris la décision de prendre un certain nombre de mesures et notamment de transférer plusieurs détenus vers d’autres prisons», a-t-il dit.

Selon lui, c’est ainsi que Mehdi Nemmouche a été transféré à la prison d’Avignon. Mais la défense de ce dernier a soulevé des incohérences.

«Il [le témoin] se contredit dans son audition», a pointé Me Virginie Taelman. «Il n’en parle absolument pas (du projet d’attentat, NDLR) dans sa lettre du 15 novembre», et dit même en avoir été informé «par une source» à la date du 25 novembre 2010, soit 10 jours après avoir demandé le transfèrement de détenus.

La compagne de Nacer Bendrer entendue

Lundi après-midi, la cour a également entendu la compagne de Nacer Bendrer. Celle-ci a raconté qu’elle n’était pas informée du fait que des armes se trouvaient dans le pavillon à Ceyreste (banlieue marseillaise) où Nacer Bendrer résidait lorsqu’il a été arrêté en décembre 2014.

Interrogée sur son empreinte retrouvée sur l’une de ces armes, elle a toutefois admis qu’elle en avait vu une à côté du lit et qu’elle l’avait peut-être touchée en faisant le ménage.

«J’ai crié, je ne suis pas habituée à voir ce genre de choses. Nacer m’a dit que c’était pour chasser les pigeons et je l’ai cru», a-t-elle dit.

Quant au fait qu’il y avait dans le pavillon de Ceyreste une pièce dans laquelle Nacer Bendrer lui avait interdit d’entrer, elle a répondu qu’elle ne s’en souvenait pas.

Pour le reste, la compagne de l’accusé a dit de lui qu’il était têtu, impatient, ambitieux mais également gentil et très protecteur.

Elle a répété à plusieurs reprises qu’elle croyait en son compagnon et qu’ils avaient tous deux des projets, notamment ceux de devenir propriétaires et voyager, «comme tout le monde».

La journée s’est conclue par la lecture des auditions de Kamel Friga, un Marseillais d’une fratrie entrée en conflit avec Nacer Bendrer. Le co-accusé de la tuerie au Musée juif est soupçonné d’avoir dérobé un sac d’armes au frère du témoin. Ce dernier a par la suite été abattu dans un règlement de comptes. Nacer Bendrer est inculpé en France pour des menaces et une tentative d’extorsion sur Kamel Friga.