Huy: le nucléaire (et son futur) a été vu par une trentaine d’artistes

Huy: le nucléaire (et son futur) a été vu par une trentaine d’artistes

Une œuvre colorée, et un sujet important. ÉdA

Une visite guidée de l’exposition «Atomes crochus» avait lieu samedi. L’occasion de sensibiliser au concept de Shelter studio.

Ils se sont trouvé quelques atomes crochus, les artistes du collectif «La conscience du paysage» et les élèves en architecture qui exposent en ce moment à l’espace Saint-Mengold et au centre culturel de Huy.

Ceux-ci ont été invités à présenter une réflexion autour du nucléaire. Et ce fut aussi l’occasion de sensibiliser au concept de Shelter studio (lire par ailleurs).

Ici à Saint-Mengold, l’invitation à créer était lancée par Cécile Massart, plasticienne et militante d’une certaine sûreté nucléaire.

Peintures, gravures, photographies, vidéos, sculptures et installations ne sont que quelques-uns des médiums avec lesquels la trentaine de créatifs amène autant de regard sur le nucléaire.

On peut y voir les mondes d’encre radioactifs de Reginald de Coster, les ogives atomiques crochetées de Maarten Vanden Eyden, les visages tantôt éclatés, tantôt percés de Cathy Coëz mais aussi les «architextures» encartonnées de Jean-Pascal Février, le drapeau de l’incertitude de Flora Hubot sans oublier le jeu de l’oie, balade en terre nucléaire, de Marcel Vandeweyer Charlemagne…

Samedi prochain, Emilio Lopez-Menchero, artiste et professeur en architecture du paysage à la Cambre, présentera les travaux des étudiants de l’ULB, de la Cambre Horta, de l’ULg et de HECh.

«Un travail expérimental où l’on ose se projeter dans l’avenir du nucléaire et penser la vallée mosane après un démantèlement», précise Julie Maréchal, programmatrice arts plastiques au centre culturel de Huy.

L’exposition est encore à voir jusqu’au 17 février (dimanche prochain), il ne faut donc pas traîner.

Un Shelter studio à Huy?

À son retour de Fukushima, l’artiste Cécile Massart a eu l’idée de créer un Shelter studio. «J’ai rencontré des victimes de la catastrophe. Ils me disaient le regret de ne pas avoir eu un lieu où ils auraient pu avoir des informations. Quelle route emprunter? Que faire? Car quand un problème comme ça survient, vous n’avez plus de communication, plus rien ne fonctionne. Tout le monde fuit, et dans la panique, les routes se retrouvent congestionnées. Mettre en place une gestion de crise, c’était important pour eux. Ils ne l’ont pas eue.» Et les habitants ne réalisaient pas l’impact des particules radioactives. «Elles sont dans l’air, sur les végétaux, les pierres, les maisons, partout.»

C’est à son retour que Cécile Massart a eu l’idée de développer une culture du nucléaire et de créer un Shelter studio près de la centrale de Tihange, ce qui serait une première en Europe.

Une glace d’iode?

Huy: le nucléaire (et son futur) a été vu par une trentaine d’artistes
Après: des glaçons d’iode. EdA
Deux congélateurs trônent dans l’espace d’exposition. Une installation du belgo-français Frédéric Roland. Diplômé de la Cambre, cet artiste lance un regard sur la façon de consommer avant, mais surtout après une éventuelle catastrophe nucléaire.

«Un clin d’œil humoristique: l’été avant la catastrophe et l’été après la catastrophe.» Dans le congélateur de gauche, des glaçons au cola, dans celui de droite, des glaçons d’iode, «façon agréable de prendre son iode, car il faut bien continuer à vivre», sourit l’artiste. «Mais pour avoir ces plaisirs, cette technologie, on a besoin de l’électricité, donc, on tourne en boucle.»

Ici une création qui informe également sur ce qu’est l’iode, les allergies, les effets secondaires, etc.

Les ballons roses

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Une image qui interpelle bien sûr. EdA
Dans ses vidéos, Natalia de Mello, plasticienne bruxelloise d’origine portugaise, capte ses modèles devant la centrale de Doel. En toile de fond, la cheminée qui crache sa fumée et en avant-plan, un homme et son «drapeau» thermique qui vole au vent ou encore cette petite fille en tutu rose et dont les ballons, roses eux aussi, se laissent emporter par la brise dans un mouvement succinct (aussi l’image qui a servi à illustrer l’exposition).

Le tout sur les sons réels de l’environnement, la manifestation d’une certaine nature: les chants d’oiseaux, le vent… tout en contraste. «Je travaille en fonction des espaces, des volumes… Je me rends dans un lieu et j’essaie d’entrevoir la vie qui s’y trouve. C’est l’espace et sa mémoire qui m’intéressent.»

Une tour fumante

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De la fumée sur les murs. EdA
L’artiste namurois Benoît Félix présente une projection dans l’église désacralisée. On peut y voir l’une des cheminées fumantes de la centrale de Tihange, façon de confronter les deux architectures.

«Je n’ai pas vraiment de message. Projetée sur le mur moyenâgeux, les briques s’offrent à l’architecture de la centrale, ce qui, je trouve, est producteur de sens», exprime l’artiste.

Une projection qui, à la lumière du jour, se fait oublier. «J’aime cette idée qu’on ne la remarque pas de suite, car le nucléaire n’est pas quelque chose qui se voit.»

Au centre culturel, l’artiste expose le même type de projection, mais là, la cheminée aspire sans fin la fumée. Un repentir éternel pour l’artiste.

«La fumée c’est l’objet tangible, la matérialisation du nucléaire. Ici, la fumée naît du ciel à l’infini et est comme sucée par la cheminée.»