Le photographe wanzois Jean-Paul Hubin est décédé hier. Un octogénaire jeune jusqu’au bout.

Écrire que la nouvelle de sa mort, ce mardi, en a ému plus d’un est un cliché. Eh bien, ça tombe bien: parce que, non seulement c’est vrai, mais encore parce que, des clichés, c’est ce qu’il a fait toute sa vie, Jean-Paul Hubin, le photographe wanzois d’origine hutoise.

Des vrais clichés, des beaux, des humains, comme lorsque, au tout début de ce millénaire, à l’église Saint-Mengold, à Huy, il avait fait une exposition de portraits de gens qu’il avait croisés en rue et à qui il avait demandé s’il pouvait les prendre en photo.

«Thomas amour»

Une exposition parmi les nombreuses autres que le photographe a montées, lui qui a voyagé à New York, au Mexique, en Chine, au Népal, en Égypte, à Rome, à Venise, comme le rappelle le site «Archives et Musées de la littérature» de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Un site où l’homme a sa place, assurément, tant il s’était fait un nom. Lui qui était aussi passionné de littérature et d’écriture (il écrit dans sa jeunesse un essai sur Henry Miller!), a publié pas mal de textes, notamment après la mort précoce et inopinée de son fils Thomas, à 39 ans, en 2010: «Thomas le départ», «Thomas amour», «Thomas sans fin».

C’est d’ailleurs pour s’imprégner de l’univers des endroits que fréquentait son fils – qui travaillait à la bibliothèque de Huy – que Jean-Paul Hubin était un jour entré au Cocobaïa, la sandwicherie de la grand-place, où il s’était lié d’amitié avec Ingrid Donkers et les filles qui travaillaient là. Il allait tous les jours y prendre un café. Non sans être passé auparavant à la bibliothèque, où il s’était aussi lié d’amitié avec Michaël Ficette, ami et collègue de son fils.

Jean-Paul Hubin en avait, des potes. Jacques Elias, directeur de la bibliothèque de Wanze; Pascal Degey, le prof de mécanique de l’IPES; Francis Chenot, l’écrivain… Des potes d’un peu tous les âges. Et ça, parce que, du haut de ses 82 ans, l’homme était d’une jeunesse d’esprit incroyable.

«Bilishi»

Jean-Paul Hubin, comme le confie Patrick Remacle, l’ancien journaliste de la RTBF, que le photographe wanzois – pour Le Drapeau Rouge à l’époque – a accompagné cinq semaines en Chine, c’était quelqu’un «avec qui, on avait envie de discuter et même de joyeusement s’accrocher. Il aimait ça.» En Chine, les deux hommes allaient faire des choses qui n’étaient pas permises, comme «prendre le train uniquement réservés aux Chinois». «Un jour le train s’est arrêté, les responsables sont venus nous parler virulemment, on ne comprenait pas ce qu’ils nous voulaient, et Jean-Paul a lâché “Bilishi”, qui veut dire Belgique en Chinois. Or, c’était des Belges qui avaient fait le chemin de fer. On a été traités tout le reste du trajet comme des rois.»

Autobiographe

Une anecdote comme le mari de «Poucette» et le papa de Sophie (la sœur de Thomas) en a vécu pas mal dans ses voyages. Lui, l’amateur fou de jazz, musique sur laquelle, on oubliait, il a aussi publié et exposé.

Non, on ne verra plus Jean-Paul Hubin, l’auteur, il y a quelques années, de «Débarras, souvenirs d’égotisme», qui, en 172 pages, reprenait plein de choses personnelles, faire son tour à Huy, de la bibliothèque au Cocobaïa en passant par La Dérive. Oui, la mort de l’«autobiographe photographe», comme il se définissait, laissera un vide immense à ses proches. Comment en irait-il autrement, avec un homme pour qui photographier un sujet, c’était aussi «se saisir soi» en lui…