GÉOLOGIE

Exploiter les minerais de l’espace: la Belgique compte jouer un rôle

Exploiter les minerais de l’espace: la Belgique compte jouer un rôle

Le Grand-Duché a instauré à l’été 2017 un cadre légal permettant l’exploitation des minerais célestes, devenant ainsi le deuxième pays au monde à se doter de ce genre d’outil après les États-Unis et le «Space Act» de Barack Obama (2015). NASA/JPL-Caltech/T. Pyle (SSC)

La Belgique signera ce mercredi une alliance avec le Grand-Duché du Luxembourg, pionnier mondial de l’exploration minière spatiale, a annoncé mardi à Bruxelles le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, à l’ouverture de la 11e conférence annuelle sur la politique spatiale européenne.

Une déclaration commune formalisera l’intention des deux pays de travailler ensemble, avec leurs partenaires européens, à l’élaboration d’un cadre international de l’exploration minière spatiale.

Le Luxembourg a fait de l’exploitation des minerais célestes une stratégie de diversification économique, dans une géopolitique post-pétrolière. Membre de l’Agence spatiale européenne (ESA) depuis 2005, il s’est engagé en février 2016 dans un projet d’exploration des ressources spatiales baptisé «SpaceResources.lu».

Le Grand-Duché a instauré à l’été 2017 un cadre légal permettant l’exploitation des minerais célestes, devenant ainsi le deuxième pays au monde à se doter de ce genre d’outil après les États-Unis et le «Space Act» de Barack Obama (2015).

La loi luxembourgeoise garantit désormais la pleine propriété de leurs trouvailles aux entreprises d’extraction spatiale, un marché gigantesque.

Le consultant PwC l’estime entre 73 et 170 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2045, et de 845 000 à 1,8 million d’emplois à temps plein, pour autant que les investissements suivent massivement.

Signe de sa crédibilité dans ce domaine, le gouvernement de Xavier Bettel multiplie les partenariats ces derniers mois (Japon, Chine, Pologne, Portugal, République tchèque, Emirats Arabes Unis) et a attiré sur le sol luxembourgeois plusieurs entreprises spatiales.

L'ESA, autre acteur

L'ESA est elle aussi associée au Luxembourg dans ce domaine, non seulement pour les aspects scientifiques et techniques de l'exploration et de l'utilisation des ressources spatiales, mais aussi pour contribuer à la classification des astéroïdes, à des expérimentations, de même qu'à la conception d'un institut virtuel dédié à la science des astéroïdes.

L'exploitation des astéroïdes s'apparente à un défi technologique réalisable seulement à long terme. Des centaines de milliers, voire plusieurs millions de ces corps célestes gravitent entre Mars et Jupiter, certains pouvant croiser l'orbite de la Terre. Ils peuvent receler des métaux rares précieux pour l'industrie technologique, voire - pour ceux riches en eau - servir de stations-relais pour ravitailler en carburant des engins d'exploration.

Ces projets ont toutefois leur lot de détracteurs, qui dénoncent une économie de la surconsommation risquant de générer un gaspillage des ressources. Leurs partisans répliquent qu'exploiter les roches spatiales permettrait d'éviter une surexploitation des ressources terrestres, notamment pour préserver l'Antarctique.

Fidèle à sa tradition multilatérale, la Belgique envisage l'élaboration d'un cadre juridique international "qui reconnaisse à la fois les droits individuels et l'intérêt collectif de l'humanité" dans l'exploration, l'utilisation et l'exploitation des ressources spatiales, selon M. Reynders.

Ce cadre global est attendu depuis 50 ans et la première conférence des Nations unies sur l'espace extra-atmosphérique.
1969 était aussi l'année du premier pas de l'homme sur la Lune. A cet égard, l'ESA a annoncé lundi étudier avec ArianeGroup la préparation d'une mission pour un alunissage européen avant 2025. L'objectif en serait l'exploitation du régolithe, un minerai duquel il est possible d'extraire eau et oxygène, tant pour une présence humaine autonome sur le satellite naturel que pour produire du carburant pour l'exploration lointaine.