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VIDÉOS| Kaboom!, l’émission namuroise qui explose les cases et les frontières avant Angoulême

Petite émission TV et BD est devenue grande. Aux portes du festival d’Angoulême, Kaboom exporte ses bonnes bulles. Viens, petite fille, dans leur comic-strip.

Une émission télé consacrée à la Bande Dessinée? Depuis belle lurette et l’émission culte Tac au Tac dans les années 70, mille sabords, il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous les yeux. M’enfin. C’était sans compter trois irréductibles Gaulois issus d’une contrée qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, entre Bois-de-Villers, Émines et Lonzée: Thibaut Fontenoy (journaliste et présentateur), Alain Van de Poele (à la caméra et au son) et Patrice Gautot (réalisateur et caméraman).

Chérie, j’ai mis en boîte le bédéphile

Depuis six ans, ils réalisent Kaboom, une émission télé et numérique qui s’approprie les codes de la BD pour mieux en parler, avec originalité. À raison d’un auteur par épisode.

«Nous essayons d’être les plus ouverts possible, de nous forcer à aller dans des univers qui ne sont pas forcément les nôtres. Sans exclure des publics.» Après générique explosif, le spectateur retrouve, à chaque fois, Thibaut Fontenoy. Plus comédien que présentateur. Grâce à quelques effets spéciaux, cet hôte passionné se promène dans les dessins et les cases, se faufilant entre les phylactères, de western en science-fiction, au chevet des plus grands héros, d’hier et d’aujourd’hui, du Neuvième Art.

Très vite, sans voix off, le journaliste s’efface pour mieux laisser le spectateur s’immerger, lui aussi, dans l’univers de l’auteur. Ainsi que dans les explications de celui-ci que l’équipe a recueillies. Hors promo, pour mieux creuser l’artiste dans son intégralité plutôt que comme auteur d’un album. «Nous sommes à hauteur du téléspectateur, pas plus haut », explique Patrice.

Une recette qui a séduit la RTBF puis RTL (qui diffuse toujours l’émission sur ces différents canaux) et désormais la chaîne française Museum (un million de téléspectateurs par mois) qui en a fait son fer-de-lance pour annoncer la messe bédéphile d’Angoulême (dès ce 24 janvier). «Ils nous ont racheté les droits de toutes nos archives et des émissions que nous produiront en 2019 ». Au rythme de cinq-six diffusions quotidiennes piochant parmi les 45 épisodes mis en boîte.

Des capsules d’une durée de 10 à 20 minutes et filant tous azimuts pour mieux cerner un monde de créateurs qui vendent parfois plus d’albums que des chanteurs français qui ont pignon sur rue. «La BD, c’est quand même le seul milieu où tu peux côtoyer l’équivalent d’un Jimi Hendrix qui pourtant est beaucoup beaucoup moins bien payé», appuie Thibaud. Avant d’enchaîner une anecdote sur Zep, le papa de Titeuf. «Pour le rencontrer, nous nous sommes rendus à Bâle, à deux pas du marché de Noël. Comme à tous les auteurs, après l’interview, j’ai proposé à Zep d’aller boire un verre quelque part. Il nous a répondu: ‘Je dois retourner à mon hôtel, dessiner encore un peu… mais appelle-moi, dis-moi où vous êtes. Je vous rejoindrai.’ J’ai pris ça pour un refus poli. On a passé la soirée sans se soucier de Zep. Le lendemain, il m’envoyait un sms: ‘Tu ne m’as pas appelé, hier, finalement?’ Il avait vraiment l’intention de venir.»

Un concert du dessinateur de The Walking Dead à Namur?

Pas de star-system dans le Neuvième Art? Beaucoup moins qu’ailleurs. L’équipe, polyglotte, a également rencontré Charlie Adlard, dessinateur anglais des… Walking Dead. «Lui, du pognon, il en brasse. On lui a proposé d’aller à Los Angeles bosser pour la série. Il a dit non. Il vient d’un milieu simple et il l’est resté. », continue Thibaut.

L’équipe a de la suite dans les idées. «On veut s’amuser. On a en tête un concert de Charlie Adlard – qui est aussi batteur – et ses amis, dans les environs de Namur. Nous avons rencontré Maxime Prévot pour lui en parler et lui présenter l’émission. C’est un lecteur de BD, plutôt héroïc-fantasy. Sinon, on a dans les tiroirs un projet de fiction et une émission sur le jogging.»

 

Tombés dans le bain bédéphile par hasard

C’est à la Télévision du Monde que le trio a pris forme, il y a quelques années. «Nous nous étions promis de faire quelque chose ensemble.» Sans doute n’imaginaient-ils pas mettre en boîte un univers en cases. Si Alain a grandi avec Tintin et Thibaut avec Yakari; le vrai passionné, c’était Patrice. Ses deux compagnons d’échappées bulles ont vite pris du galon.

VIDÉOS| Kaboom!, l’émission namuroise qui explose les cases et les frontières avant Angoulême
Loin des rushes et délais de production ou de promotion des auteurs, l’équipe aime les interviews hors-cadres. Rehaussées par des saynètes souvent tournées en extérieur et pas loin de chez nous. Kaboom

En équipe légère, le trio cherche ainsi des endroits, photogéniques, pour mieux mettre en valeur les univers graphiques explorés. Et le Namurois n’en est pas avare. Pour un épisode dédié à la série Seuls, un tournage brumeux et matinal avait pris possession des «quatre coins» pour donner à Namur des allures de ville fantôme. Pas si facile. «Vous n’imaginez pas le nombre de bus qui passent à 6 h du matin, un dimanche.» Les gradins de l’Esplanade ont eux été le théâtre de l’indépendance de Wallonie, telle que décrite dans Le sourire de Mao. Puis, un jour de marche, avec un maquillage d’enfer, l’équipe a joué les zombies à Éghezée pour l’émission spéciale Walking Dead. «Les gens se sont même arrêtés pour faire des selfies. »

L’effet d’une bombe

Suintant l’esprit BD par tous les pores, l’émission fait corps avec l’univers qu’elle raconte. À commencer par l’onomatopée qui a donné, sans hésitation et dès le premier jet, son titre à l’émission: Kaboom.

Un nom explosif? Vous ne croyez pas si bien dire. Sur le fil rouge pour mettre l’auteur rencontré sur les charbons ardents, la capsule joue la montre. Et le présentateur a sur le torse une bombe prête à exploser tandis que la flamme continue de courir dangereusement sur la mèche. Et à la fin, tout explose par la grâce des effets spéciaux utilisés en studio.

«La bombe a toujours explosé. Sauf une fois… l’émission qui a suivi l’attaque de Charlie Hebdo. Cette fois-là, à la fin de l’émission, j’ai éteint la mèche de mon doigt. Par respect. Malheureusement, des gens ont vu d’anciennes émissions où la bombe explosait et ont trouvé ça vulgaire, irrespectueux.» Alors que non, c’est de l’humour, du gag, comme quand Coyote tombe dans le ravin suite à une mauvaise blague de Bib-Bip. Ça fait partie de l’ADN du dessin, de la BD. Rogntudju

 

Épisodes à voir sur RTLPlay ou sur la chaîne YouTube de Kaboom.