FRANCE

VIDÉOS | 84 000 gilets jaunes dans la rue pour l’acte dix, quelques heurts éclatent

Des dizaines de milliers de «gilets jaunes» ont manifesté pour le dixième samedi consécutif à travers la France, malgré le lancement par le président Emmanuel Macron du «grand débat» qui peine à apaiser cette fronde populaire vieille de plus de deux mois.

Quelque 84.000 «gilets jaunes» ont manifesté samedi en France, comme la semaine dernière, selon les chiffres communiqués en fin de journée par le ministère de l’Intérieur.

La mobilisation était en léger recul à Paris, avec 7.000 manifestants, contre 8.000 samedi dernier, selon la même source. Le décompte des autorités est contesté par les manifestants depuis le début de ce mouvement social inédit lancé le 17 novembre.

«Macron démission!», pouvait-on entendre dans un cortège de sept mille manifestants à Paris. «Grand débat l’arnaque», accusait une pancarte de tête. «C’est de l’enfumage, les dirigeants ont surtout peur de perdre leurs places en or», dit à l’AFP Bernard Saidani, 66 ans.

«On divorce d’avec nos élites», résume Michel, 53 ans. «On ne se remet pas avec son ex», ajoute-t-il pour expliquer pourquoi il ne participe pas au «débat national».

Manifester ou débattre: le nombre des participants aux défilés, qui ne s’inscrit qu’en légère baisse par rapport à samedi dernier, sert de marqueur de l’efficacité du «Grand débat national» lancé par le président Macron afin de juguler la crise sociale, la pire depuis son élection en 2017.

Le 12 janvier, plus de 80 000 personnes avaient été recensées par les autorités, contre 50 000 une semaine auparavant, douchant les espoirs du gouvernement qui misait sur l’essoufflement du mouvement observé lors des fêtes de fin d’année.

Quelques centaines de milliers de «gilets jaunes» avaient manifesté les samedis de novembre et décembre, réclamant en particulier un allégement de la fiscalité et l’établissement d’un référendum d’initiative citoyenne. Des concessions du gouvernement visant à accroître le pouvoir d’achat des plus modestes, d’un coût de 10 milliards d’euros, n’avaient pas suffi à calmer la tempête.

Des heurts éclatent en fin d’après-midi

Samedi en fin d’après-midi, des tensions apparaissaient comme traditionnellement, avec des jets de gaz lacrymogène à Paris, où 7.000 «gilets» ont défilé selon les autorités, à Toulouse (sud-ouest, 10.000 manifestants, un record) et Rennes (nord-ouest, 2.000).

Mais ces heurts n’avaient aucune commune mesure avec les scènes d’émeutes urbaines qui ont pu marquer d’autres samedis. Les vidéos des violences ont fait le tour du monde, écornant l’image de la France, première destination touristique mondiale.

Comme samedi dernier, environ 80 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés en France.

À Paris, certains manifestants arboraient une rose en hommage aux victimes depuis le début du mouvement le 17 novembre. Dix personnes sont mortes, pour la plupart lors d’accidents à des barrages organisés par les manifestants sur les routes, et plus de 2 000 ont été blessées, manifestants et forces de l’ordre confondus.

Une vive polémique s’intensifie sur l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre, que la France est un des rares pays européens à utiliser, et sur les blessures graves subies par de nombreux manifestants.

«On n’arrête pas l’histoire avec des flashball», pouvait-on lire sur une pancarte des manifestants.

«Le grand bluff»

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a encore défendu vendredi l’usage du LBD, sans lequel, selon lui, les forces de l’ordre n’auraient plus d’autre option que le «contact physique».

Parallèlement, le président Emmanuel Macron poursuit sa tournée à travers la France avec des débats marathons réunissant des centaines de maires. «Je vous mets en garde, Monsieur le président: il ne faudra pas que ce débat devienne le grand bluff!», a averti un maire.

Outre les discussions avec les élus, le débat mis en place à travers la France se traduit par l’organisation de discussions entre citoyens sur les thèmes du pouvoir d’achat, de la fiscalité, de la démocratie et de l’environnement, et l’enregistrement de leurs revendications.

Le président promet d’entendre les doléances exprimées lors des débats mais nombre de «gilets jaunes» voient dans le grand débat le moyen d’enterrer leurs revendications.

«Il (Emmanuel Macron) parle, mais n’écoute pas», assurait Laeticia, manifestante en Bretagne (ouest). «Il faut baisser les taxes et mettre fin aux avantages des parlementaires […] Pour nous, le combat continue», promettait-elle.