MONDE

Macron face à 600 maires: «Je vous mets en garde, Monsieur le président»

Macron face à 600 maires: «Je vous mets en garde, Monsieur le président»

Emmanuel Macron face aux maires. AFP

Le président français Emmanuel Macron a dialogué vendredi pendant plus de cinq heures avec 600 maires, dont certains l’ont prévenu que les mots seuls ne suffiraient pas à mettre fin à la crise des «gilets jaunes».

Cette fronde populaire persiste depuis plus de deux mois et une nouvelle manifestation nationale est annoncée pour samedi, pour la dixième fois consécutive.

M. Macron avait inauguré mardi un «grand débat national», en rencontrant déjà plusieurs centaines de maires, pour tenter de sortir de cette crise sociale, la pire qu’il ait essuyée depuis son élection en mai 2017.

«Je vous mets en garde, Monsieur le président: il ne faudra pas que ce débat devienne le grand bluff!», a averti le président de l’association des maires ruraux du Lot (un département du sud-ouest de la France), Christian Venries, au début de la discussion dans la petite ville de Souillac.

«J’espère que vous n’êtes pas dans la posture du + dites-moi de quoi vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer +», a-t-il lancé au chef de l’État, qui prenait des notes, assis au premier rang.

Sur un ton plus mesuré, de nombreux maires des 13 départements d’Occitanie (région du sud-ouest de la France) ont pris au mot Emmanuel Macron, qui avait souhaité mardi un débat «sans tabou».

OTANt sa veste, debout au centre de l’agora et micro à la main, Emmanuel Macron a expliqué la politique des 20 premiers mois de son quinquennat.

«Je suis un pragmatique, il n’y a pas de tabous», a-t-il affirmé, se disant ouvert à des aménagements sur certaines mesures, comme la réduction à 80 km/h de la vitesse autorisée sur les routes secondaires françaises.

Mais il a de nouveau défendu la suppression de l’ISF, l’impôt sur la fortune dont le rétablissement est l’une des premières revendications des «gilets jaunes». «Ce n’est pas un sujet entre les riches et les pauvres, c’est: est-ce qu’on veut aider à créer des emplois?», a-t-il affirmé.

«J’ai ma vérité»

Il a en outre récusé les accusations de mépris envers les classes populaires et la population rurale, souvent liées à ses petites phrases. «J’ai ma vérité, ma sincérité […] je suis profondément attaché à chacun de nos concitoyens».

Les maires l’ont interpellé en particulier sur l’affaiblissement des services publics dans les campagnes, qui se sentent défavorisées. «L’internet haut débit et la 4G font défaut», a dénoncé Agnès Simon-Picquet, la maire des Junies (Lot).

Emmanuel Macron a défendu la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées – «nous devons préserver la biodiversité» – mais s’est dit ouvert à des aménagements locaux sur ce dossier «délicat».

Il a aussi affirmé que l’immigration faisait «partie du débat» mais que c’était «une erreur de l’aborder par l’intermédiaire du terrorisme».

«Macronneries»

Souillac avait été placée sous très haute sécurité. Ce qui n’a pas empêché des dizaines de manifestants – «gilets jaunes», retraités et jeunes masqués – de venir protester: «Manu, arrête tes macronneries, tu ne vas pas réussir à nous endormir avec ton grand débat», clamait une banderole.

Dans la matinée, des heurts ont opposé les manifestants aux forces de l’ordre, qui les ont repoussés, parfois à coups de matraque, et ont procédé à deux interpellations, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Jean-Luc Mélenchon (LFI, gauche radicale) a dénoncé cette situation: «nous voyons 600 personnes, nos élus locaux, des braves gens, en écharpe. Au milieu un type qui répond aux questions. Et tout autour, 1.200 policiers. Et pas un seul gilet jaune!»

Une nouvelle rencontre avec des élus est prévue pour le 24 ou le 25 janvier, dans un lieu à préciser. «L’idée est d’avoir une à deux rencontres par semaine (..) et garder des rencontres qui soient à taille humaine», a expliqué Sébastien Lecornu, le ministre chargé des Collectivités territoriales et co-animateur du «grand débat».

Quelque 360 débats sont déjà prévus, a précisé M. Lecornu: 40% organisés par des élus locaux, des collectivités territoriales, 40% par des citoyens et 20% par des associations.

Nouvelles manifestations

Décidée à la hâte, cette consultation inédite s’organise peu à peu. Un collège de cinq personnalités chargées d’en «garantir l’indépendance» a été désigné vendredi.

En dépit du débat, de nouveaux rassemblements de «gilets jaunes» sont prévus pour samedi, notamment à Paris, faisant craindre de nouvelles violences. Les commerçants des grands centres urbains, qui voient fondre leur chiffre d’affaires, craignent «le samedi de trop».

Le gouvernement a annoncé qu’il mettrait de nouveau «beaucoup de (membres des) forces de l’ordre dans la rue», tandis que la polémique enfle sur l’accumulation de blessures graves de manifestants causées notamment par les lanceurs de balles de défense (LBD).