TOURNAI

LIGNE DU TEMPS | La libération de Paul Vanden Boeynants à Tournai, vous en souvenez-vous?

L’enlèvement de l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants, vous en souvenez-vous? Et sa libération à Tournai? C’était il a déjà trente ans…

LIGNE DU TEMPS | La libération de Paul Vanden Boeynants à Tournai, vous en souvenez-vous?
«VDB» Archives
Paul Vanden Boeynants, décédé en 2001, a été deux fois Premier ministre. Surnommé «VDB» ou encore «le vieux Crocodile», il a notamment défrayé la chronique judiciaire au début de l’année 1989 après son enlèvement par la bande à Haemers.

À Tournai aussi il a marqué les esprits! Un chauffeur de taxi tournaisien a effectivement vécu de très très près sa libération; c’était il y a déjà trente ans par une nuit de février froide et venteuse, aux abords de la gare de la cité des Cinq Clochers. Cet événement est toujours présent dans la mémoire collective. Imaginez…

Après une rapide fouille dans les archives de l’époque, on retrouve trace d’un certain Fernand Tricot, un chauffeur de taxi qui travaillait pour le compte de la société Coupez. C’est lui qui avait parlé le premier à VDB tout juste après sa libération le 13 février 1989, vers 22 h 20. Le taximan attendait un client mais il était sans doute loin d’imaginer qu’il se retrouverait face à face avec Paul Vanden Boeynants.

«L’homme n’était pas beau à voir, nous avait confié le chauffeur tournaisien. Il semblait très affaibli, et portait une barbe d’un mois. Il avait l’air d’un clochard; alors quand il m’a dit qu’il voulait que le conduise à Bruxelles, je me suis posé des questions. En plus, il n’avait pas d’argent et me certifiait que je serais payé à destination. J’ai hésité mais je n’ai même pas eu le temps de sortir de mon taxi qu’il s’était déjà installé sur le siège passager.»

 

 

Paul Vanden Boeynants avait été enlevé le 14 janvier 1989, vers 18 h 15, au sortir de son garage privé. Dans la version qu’il avait donnée de son kidnapping au procès d’octobre 1992, l’homme politique n’avait pas été avare de détails. C’étaient deux hommes encagoulés qui l’avaient entraîné dans une voiture, le revolver sur la nuque. Pieds et mains liés, encagoulé à son tour, VDB avait précisé avoir voyagé ainsi deux ou trois heures avant d’être jeté dans une maison, déshabillé, menotté. Abandonné dans le noir.

 

Contre le versement d’une rançon, Paul Vanden Boeynants a été libéré, une libération qui selon lui a duré trois jours. L’argent versé un vendredi, il avait fallu attendre le lundi suivant pour que les ravisseurs abandonnent leur otage. Le week-end, il y avait trop de monde… On a déshabillé VDB, on l’a fouillé avant de mettre du sparadrap sur ses yeux.

 

On lui a ensuite dit qu’on allait le reconduire à Tournai. VDB s’est ainsi retrouvé le long du boulevard des Déportés qu’il ne connaissait pas. Il s’est alors dirigé vers un endroit où il y avait de la lumière: c’était la gare…

 

Le chauffeur de taxi qui a vu approcher l’homme nous a déclaré n’avoir pas reconnu toute de suite VDB. «Il me disait bien quelque chose avec son accent bruxellois à couper au couteau notamment, mais je ne parvenais pas à mettre un nom sur son visage», avait alors expliqué l’improbable chauffeur.

 

«C’est lorsqu’il a sorti sa pipe que le déclic s’est produit». De l’ouate et des bandes de sparadrap sont tombées de sa poche, et j’ai tout compris… Et du coup j’ai reconnu sa voix. Il voulait que je le conduise à Bruxelles. Je lui ai proposé de le conduire à la police ou à la gendarmerie mais il a refusé, me demandant de le ramer le plus vite possible dans la capitale.»

 

La voiture s’est mise en route mais son passager était sur ses gardes: «Il avait constamment un œil à droite, à gauche et derrière du véhicule. Il n’était pas à l’aise du tout.»

 

Une fois arrivé à Uccle, le taximan a abandonné VDB aux siens et est rentré en Wallonie picarde comme une bombe.

 

La suite de l’histoire est connue: la bande des ravisseurs est tombée comme un château de cartes dans les jours qui suivirent et la villa du Touquet (Pas-de-Calais) dans laquelle Paul Vanden Boeynants avait été séquestré a été formellement identifiée. La justice fera son œuvre trois ans plus tard.

 

L’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants est décédé à Alost le 9 janvier 2001, à 81 ans.