MONS

Deux mois après l’armistice, l’explosion d’une caisse de munitions tuait 11 enfants à Ghlin

Deux mois après l’armistice, l’explosion d’une caisse de munitions tuait 11 enfants à Ghlin

Le 16 janvier 1919, un drame frappait le quartier du Bustiau à Ghlin. Un monument sculpté par un artiste ghlinois commémore les victimes. Paysages en Bataille

Il y a 100 ans, 11 enfants périssaient dans l’explosion d’une caisse de munitions. Même après l’armistice, la guerre a continué de faire des victimes.

Une émouvante cérémonie d’hommage se déroulait ce vendredi matin au cimetière de Ghlin, en hommage à 11 victimes de la guerre décédées il y a tout juste 100 ans. Si les combats ont cessé le 11 novembre, les bombes ont continué de faire des victimes. Comme à Ghlin, qui fut meurtrie le 16 janvier 1919, quand 11 enfants périrent suite à l’explosion d’une caisse de munitions.

Cela s’est passé dans le quartier du Bustiau, le long de la ligne de chemin de fer Mons-Bruxelles.

Que s’est-il passé ce jour-là? La journaliste Isabelle Masson-Loodts, qui a travaillé sur les conséquences de la guerre sur le paysage et l’environnement, s’est intéressée à ce monument. Sur son blog «Paysage en bataille», elle exhume un article paru dans le journal L’Avenir du Borinage et de l’Arrondissement de Mons, daté 19 janvier 1919, qui relate cet événement.

«Des gamins avaient organisés jeudi après-midi la «guerre» à coups de pierres. Après deux heures de combat, l’un des deux paris parvint au sommet du talus du chemin de fer malgré les ouvriers piocheurs qui voulaient les en empêcher. Là se trouvait une caisse d’une trentaine de kilos, que les gamins considérèrent comme leur butin et l’ayant liée avec une corde la traînaient à 500 mètres de là où ils y mirent le feu. Les petits malheureux qui entouraient la caisse dans l’attente de ce qui allait se passer furent déchiquetés; des troncs, des bras, des jambes, des têtes furent projetés dans toutes les directions, un corps fut lancé à plusieurs centaines de mètres. Jusqu’au soir on ramassa des lambeaux partout, et on put ainsi identifier les corps de douze malheureux, quatre autres manquent, il y en eut en outre quatorze blessés peu gravement heureusement, ils ont été conduits à l’hôpital.»

Entre 8 et 12 ans

L’explosion a été entendue à des kilomètres à la ronde. A posteriori, ce sont onze victimes qui sont identifiées, neuf périrent sur place et deux autres décédèrent le lendemain, leurs parents à leur chevet. Les enfants étaient âgés de 8 à 12 ans et sont inhumés le 20 janvier, lors de funérailles solennelles. «Un enfant et peut-être un deuxième ont survécu à ce drame, on n’est pas très sûr», indique Marie-France Debacker.

Elle et son mari Michel Wautelet connaissent bien le monument, ayant déjà consacré deux livres dédiés à l’histoire de Ghlin. Suite à cette catastrophe, une fête de bienfaisance est organisée le 9 février et un député local interpelle le gouvernement à ce sujet le 6 mars à la tribune du Parlement.

De ce triste événement, il reste une trace dans le cimetière de Ghlin: un émouvant monument sculpté par un artiste local, Juan Bury, sur lequel figurent les noms des 11 victimes. «Il est probable que le monument ait été en partie financé par les bénéfices dégagés par la soirée de bienfaisance», précise Marie-France Debacker.

Outre cette tragédie, la commune de Ghlin a payé un lourd tribut à la guerre. Le couple d’historiens amateurs finalise d’ailleurs un troisième ouvrage qui se concentrera sur la première et la seconde guerre mondiale vécues à Ghlin.

Quant au monument, il fut rénové en 2014 par la ville de Mons pour un montant de 14 000 euros.