JUDICIAIRE

Le témoignage de la maman d’Alexandre, victime de l’attentat au Musée juif: «J’ai entendu des médecins se demander: ‘On le débranche ou pas?’»

Le témoignage de la maman d’Alexandre, victime de l’attentat au Musée juif: «J’ai entendu des médecins se demander: ‘On le débranche ou pas?’»

Annie Adam, la maman d’ Alexandre Strens BELGA

Procès de l’attentat au Musée juif de Belgique: la maman d’Alexandre Strens, qui n’avait que 26 ans lorsqu’il a perdu la vie dans l’attaque, est venue témoigner devant la cour d’assises de Bruxelles.

«Alexandre était un garçon très charmant, gentil et travailleur. Il était un passionné d’histoire et de musique», a déclaré la mère d’Alexandre Strens, ce vendredi matin devant la cour d’assises de Bruxelles. Celle-ci s’est constituée partie civile contre Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, accusés de l’attentat commis au Musée juif de Belgique le 24 mai 2014.

«Alexandre voyageait beaucoup aussi. À l’école, c’était un très bon élève. Son seul souci c’était d’étudier. J’ai voulu donner à mes enfants une bonne éducation», a poursuivi la mère du jeune employé du Musée juif de Belgique, victime de la fusillade qui a eu lieu le 24 mai 2014. Ce dernier était âgé de 26 ans.

«À l’école, il avait fait un travail sur les horreurs d’Auschwitz. Il était ensuite allé avec sa classe visiter le camp d’Auschwitz. Il voulait que jamais plus une histoire comme ça ne se passe», a dit cette mère de huit enfants, dont Alexandre était l’avant-dernier.

«Il me téléphonait tous les jours»

«Aujourd’hui, je suis comme une maman à qui on a coupé ses ailes. Je parle à Alexandre tout le temps. Il était très proche de moi. Il me téléphonait tous les jours», a-t-elle encore confié.

La présidente de la cour Laurence Massart l’a interrogée sur les changements de noms et de prénoms au sein de la famille d’origine marocaine. La mère de la victime les a justifiés par une forte volonté d’intégration, en adoptant «un nom approprié». «Nous avons été accueillis en Belgique par la famille Strens», a-t-elle détaillé. «Mon mari rentrait régulièrement au Maroc, j’ai élevé mes enfants avec leur aide.»

La mère d’Alexandre Strens a par ailleurs dit ne pas être au courant de l’orientation religieuse de son fils, qui s’était revendiqué du judaïsme auprès de plusieurs personnes. «J’ai élevé mes enfants dans l’humanisme», a-t-elle simplement commenté.

Elle a par ailleurs appris l’attentat au musée par sa fille, la police l’a ensuite contactée pour lui annoncer que son fils faisait partie des blessés. «Je suis arrivée en soirée à l’hôpital et j’ai entendu des médecins se demander: ‘On le débranche ou pas?’« Elle a néanmoins eu l’occasion de le voir et de lui parler avant son décès. Le jeune homme est décédé des suites de ses blessures le 6 juin 2014.

«Je ne demande qu’une chose, que justice soit faite», a conclu sa mère devant la cour.

La défense n’a pas posé de questions mais, à l’issue de ce témoignage, un des avocats de Mehdi Nemmouche a fait part d’une potentielle double identité d’Alexandre Strens, qui aurait été évoquée par le compagnon de la victime. Selon Me Courtoy, le père de l’employé du Musée juif était par ailleurs fiché à la Sûreté de l’État pour «activité séditieuse» en Iran.

Une témoin: «Je n’arrive pas à comprendre un acte pareil»

Une artiste chilienne de 81 ans, qui se trouvait au Musée juif de Belgique lors de l’attentat le 24 mai 2014, a qualifié cette attaque d’«ignoble». «Je n’arrive pas à comprendre un acte pareil», a-t-elle dit ce vendredi devant la cour d’assises de Bruxelles. L’artiste s’est constituée partie civile au procès.

Le témoin a raconté que, le 24 mai 2014, elle était venue visiter avec une amie l’exposition que cette dernière avait conçue au Musée juif, rue des Minimes à Bruxelles. Toutes deux devaient ensuite dîner avec Alexandre Strens, employé du musée et victime de l’attaque.

«Nous avons entendu des coups de feu très très forts. J’ai toujours une appréhension quand j’entends des coups de feu parce que, dans mon pays, au Chili, j’ai échappé à la dictature. Mais je sais ce qu’il s’y est passé. Je ne peux pas entendre des coups de feu sans penser à la mort», a-t-elle dit.

«Lorsque nous sommes descendues vers le rez-de-chaussée, un policier nous a empêchées de sortir. Nous avons attendu jusqu’à 22h00 environ avant de pouvoir sortir. Ensuite, je me suis sentie en danger. On se dit qu’à quelques secondes près, on aurait pu y passer aussi», a raconté la témoin.

«Aujourd’hui, ma vie est suspendue au-dessus de quelque chose qui n’est pas résolu. Quelqu’un se donne le droit de générer la mort d’autrui, comme ça. Je n’arrive pas à comprendre un acte pareil. Ma vie a été chamboulée», a-t-elle déclaré, très émue.