Huy-Waremme: le Val’heureux gagne du terrain

Huy-Waremme: le Val’heureux  gagne du terrain

Voici le nombre d’endroits par commune où on peut payer en Val’heureux. Eda

Le Val’heureux, monnaie locale qui vise à favoriser une économie locale responsable, s’implante petit à petit dans l’arrondissement.

Si, à Liège, cela arrive de moins en moins, dans l’arrondissement de Huy-Waremme, quand on parle de «Val’heureux», il faut encore souvent préciser: «la monnaie locale». Et expliquer à son interlocuteur que c’est une monnaie parallèle à l’euro (1 Val’heureux = 1 euro), qu’on ne peut utiliser qu’en province de Liège (enfin quasi toute la province de Liège), dans des magasins, chez des personnes exerçant des professions libérales, dans des pharmacies, des administrations communales, des festivités locales, etc.

Mais pas dans n’importe quel magasin, ni chez n’importe quelle personne exerçant une profession libérale, ni dans n’importe quelle pharmacie… Non, il faut que ces acteurs cadrent avec la philosophie et les objectifs qui sous-tendent le Val’heureux: la transition vers une autre économie, une économie responsable, plus respectueuse de l’environnement et de l’humain. Une économie (c’est lié) qui privilégie les acteurs locaux: un Val’heureux ne s’utilise pas à Bruxelles (qui aura bientôt son équivalent, la «zinne») ou à Namur (qui a déjà son «lumsou»). Non, il s’utilise ici. Chez des commerçants, des producteurs, des artisans, des professions libérales d’ici.

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Non, le Val’heureux, ce n’est pas du bio et du bobo. Mais ça oui, il œuvre pour une autre économie, respectueuse de l’environnement et des gens.

»

En décembre, plus de 110 000 Val’heureux étaient en circulation. «Une circulation bien réelle puisqu’on ne peut pas mettre les Val’heureux sur un compte en banque, explique Jean-Yves Buron, un des fondateurs de l’ASBL Le Val’heureux», qui émet la monnaie locale. Cela ne sert à rien de laisser des Val’heureux inutilisés.»

Si, dans la seule ville de Liège, plus de 100 commerces et autres entités partenaires ont déjà le Val’heureux comme deuxième monnaie, il n’y a pour l’instant, dans l’arrondissement de Huy-Waremme, que 45 endroits qui l’utilisent. Le Val’heureux n’y est présent que dans à peine plus que la moitié des communes.

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On ne peut pas mettre des Val’heureux sur un compte en banque. Donc, il circule!

»

Il est vrai que c’est seulement depuis le 1er juillet 2017 que, sur ce territoire, les premiers partenaires ont été trouvés. «Oui, juste un peu avant le relifting du Val’heureux, d’abord créé à Liège en 2014 sous le nom de Valeureux, puis rebaptisé et étendu aux autres régions de la province sous l’impulsion de divers groupes de citoyens», explique Mercédes Georges, responsable du développement de la monnaie locale dans les zones Huy-Condroz-Hesbaye.

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Heymans

On n’en est donc encore qu’aux débuts du Val’heureux à Huy-Waremme (à Liège aussi en définitive, même si «à Liège, désormais, on ne va plus trouver les commerçants pour qu’ils deviennent partenaires, c’est eux qui viennent vers nous», dixit Jean-Yves Buron).

La librairie La Dérive à Huy est ainsi partenaire du projet: «Au moins un jour sur deux, quelqu’un nous paie en Val’heureux», explique Emmanuelle Thonnard, la patronne. À qui nous avons demandé, du coup, ce qu’elle faisait avec ces Val’heureux. «Soit un de nos employés qui sait qu’il les utilisera les reprend en échange de l’équivalent en euros, soit, si on organise un apéro par exemple et que quelqu’un part acheter des boissons, on lui rappelle d’aller dans un endroit où on accepte les Val’heureux.» C’est-à-dire chez un petit commerçant qui adhère au projet. Et qui lui-même devra écouler ses Val’heureux chez un autre commerçant (ou à La Dérive, pourquoi pas) qui adhère au concept, qui sera forcément lui aussi «du coin» et a lui aussi choisi de travailler à un monde plus humain et respectueux de la planète.

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Heymans

Ne devient pas Val’heureux qui veut

Ne devient pas Val’heureux qui veut.Plus que le secteur d’activité, la philosophie du partenaire compte.

Quels sont les critères qui permettent à un commerçant, un producteur, une personne qui exerce une profession libérale ou encore à d’autres entités de devenir partenaire du Val’heureux? C’est-à-dire non seulement d’accepter de se faire payer en Val’heureux (car en définitive n’importe qui pourrait accepter les Val’heureux) mais encore de signer une charte et d’être ainsi référencé sur le site valheureux.be. «Eh bien il faut que, dans son activité, ce partenaire se comporte de manière responsable et respectueuse de l’environnement et de l’être humain, explique Jean-Yves Buron. Il y a des secteurs pour lesquels les critères paraissent évidents, comme le secteur alimentaire, d’autres moins. Si un magasin non alimentaire veut être partenaire, nous vérifions comment il fonctionne du point de vue énergie, ce qu’il a mis en place point de vue recyclage, s’il privilégie les petites marques, quel sort il réserve au plastique, etc.»

Pas de grandes enseignes

Pas question en tout cas d’accueillir les grandes enseignes. Même si un magasin est franchisé. Pourquoi? «Parce que nos partenaires doivent avoir la souveraineté économique et la totale autonomie de gestion de leur activité, répond Jean-Yves Buron. Ils ne peuvent donc pas dépendre de grands groupes extérieurs qui prendraient des décisions pour eux. On ne veut pas servir de “ green washing ” (NDLR: de blanchiment d’image) à de grandes entreprises dont l’activité par ailleurs continue à saloper la planète.»

Parmi les partenaires du Val’heureux, il y a des pharmacies! Qui sont forcément amenées à vendre des médicaments de grandes marques pharmaceutiques, aux pratiques si éloignées de la philosophie de la monnaie locale. «Oui, mais ce sont des pharmacies qui font beaucoup de préparations elles-mêmes, qui promeuvent des produits naturels, des huiles essentielles, certains soins par les plantes, qui mettent en avant les génériques, explique Éric Dewaele, de Financité. Et c’est la même chose que pour les magasins, ce ne seront jamais des pharmacies appartenant à un groupe.»

Il y a aussi un centre d’affaires ultra-connecté (avec hébergement) qui accepte les Val’heureux… «Nous sommes une ASBL, qui fait aussi de la communication, et nous nous inscrivons dans une démarche d’économie collaborative, de développement local et de redynamisation des espaces ruraux, confie sa responsable. Nous défendons des valeurs communautaires, en soutenant diverses causes.»

Braives et Hamoir soutiennent

L’ASBL Le Val’heureux est constituée de bénévoles. «Oui, et ça nous va très bien, glisse Jean-Yves Buron, président de l’ASBL, car nous n’avons pas ainsi la pression du pouvoir subsidiant, ce qui nous donne plus de liberté, ni tout le côté administratif parfois très lourd qu’ont beaucoup d’ASBL subsidiées.»

Et les pouvoirs communaux? On pourrait se dire qu’un projet comme celui des Val’heureux, qui permet de tisser les liens entre les acteurs de l’économie locale, intéresse ces pouvoirs locaux, qui se diraient que cela vaut la peine de donner un coup de pouce, ne fût-ce que symbolique.

Dans l’arrondissement, c’est seulement le cas à Braives, où l’administration communale sert de comptoir de change (on peut y acheter des Val’heureux) et à Hamoir, où on peut même payer à l’administration avec des Val’heureux. «Le Val’heureux a du mal à s’implanter parce qu’il va à l’encontre de tout ce que les gens font depuis des années naturellement, glisse Patrick Lecerf, le bourgmestre. C’est une monnaie de réflexion. Pourquoi dépenser loin ce qu’on trouve tout près. J’aurais souhaité que plusieurs commerçants emboîtent le pas. Nous allons y travailler avec Hamoir en transition.»

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Angélique Demoulin, au Pont des Arts à Huy, un des comptoirs de change du Val’heureux. Heymans

VITE DIT

Financité en est bien sûr

C’est avec l’aide de Financité, l’ASBL qui «stimule et accompagne des initiatives collectives en matière de finance responsable et solidaire» que le Val’heureux s’est développé. Financité qui jouit désormais d’une belle reconnaissance, le label Financité étant d’ailleurs devenu important pour beaucoup d’acteurs de l’économie solidaire.

Val’heureux électronique

Il y aura bientôt moyen de payer en Val’heureux de manière électronique. «Oui, les gens devraient pouvoir payer à l’aide d’un QR code ou par SMS, explique Éric Dewaele de Financité. On teste et on espère instaurer cela au printemps.»

Les écouler

Mercédes Georges, qui s’occupe de la zone Huy-Hesbaye-Condroz pour le Val’heureux le confie: «Si adhérer au Val’heureux ne change rien à la comptabilité d’un commerçant, puisque 1V = 1€, certains ont peur de ne pas pouvoir les écouler. Plus il y aura de partenaires, plus cette crainte s’évanouira.»

28 comptoirs d’échange

Si tous les magasins partenaires peuvent bien sûr rendre des Val’heureux à leurs clients ou leur en donner en échange d’euros, il existe aussi de vrais comptoirs de change (28 en tout dont 4 dans l’arrondissement, à Braives, Geer, Anthisnes et Huy), lesquels sont fournis en nouveaux Val’heureux dès que leur stock (jamais plus que l’équivalent de quelques centaines) diminue. Ces nouveaux Val’heureux sont sortis du coffre-fort bancaire où ils reposent. À noter que seule la Banque nationale pouvant émettre de la monnaie, le Val’heureux, du point de vue de la loi, n’est pas une monnaie au sens strict mais «un bon de soutien à l’économie locale».

Le «sous-rire» aussi

Si le Val’heureux est disponible entre Huy et Verviers, en Hesbaye, dans le Condroz, l’Ourthe-Amblève et le pays de Herve, il ne l’est pas du côté de Waimes, Malmedy, Stavelot, Trois-Ponts, Lierneux, qui ont le «sous-rire» comme monnaie locale. Aussi soutenu par Financité et qui sous-tend la même philosophie locale et solidaire. «Oui, d’ailleurs, moi, si quelqu’un veut payer en Val’heureux dans mon magasin, j’accepte, je sais que j’en ferais bon usage à Liège», confie Marylène Lemaire, qui s’occupe du «sous-rire».

Une réserve pour si…

Les euros récoltés en échange des Val’heureux achetés forment «une réserve de contrepartie (un compte ouvert auprès de la banque Triodos), qui ne sert que dans ce but. La gestion quotidienne et les frais de fonctionnement de l’ASBL sont financés par un compte bancaire séparé. Si le système devait se casser la figure, chaque commerçant ou citoyen qui détient des Val’heureux pourrait les rééchanger contre des euros», explique le site valheureux.be

«Pas besoin de 40%»

«On est dans une société du zapping, explique Jean-Yves Buron, de l’ASBL Le Val’heureux. Voyez Pokemon Go: un milliard d’utilisateurs, et un an et demi plus tard, on n’en parle plus. Nous, avec le Val’heureux, on travaille sur le long terme. Si dans 15-20 ans, on représentait 0,5% du PIB de la province, on aurait renforcé le circuit court et créé des liens importants. Il ne faut pas forcément représenter 40% des transactions pour faire changer les choses. Il n’y a pas que le Val’heureux.»