JUDICIAIRE

«Je veux tourner la page», plaide Malika El Aroud contre le rejet de sa demande d’asile

«Je veux tourner la page», plaide Malika El Aroud contre le rejet de sa demande d’asile

Malika El Aroud a purgé sa peine, et risque de mauvais traitements voire la torture si elle est renvoyée au Maroc, ont argumenté Me Louise Diagre et Me Nicolas Cohen. BELGA

La Belgique doit-elle accorder l’asile à une femme qu’elle a déchue de sa nationalité? C’est ce qu’ont plaidé, jeudi devant le Conseil du contentieux des étrangers, les avocats de Malika El Aroud, condamnée en 2010 pour participation aux activités d’un groupe terroriste lié à Al Qaida en tant que membre dirigeante.

«J’ai sais ce que j’ai fait, j’ai été condamnée et j’ai purgé ma peine. Tout ce que je veux depuis ma sortie de prison, c’est vivre en paix. Mais on ne me laisse pas avancer. Chaque fois que je veux tourner la page, on revient avec les faits», a déclaré Malika El Aroud elle-même à l’entame de l’audience.

Veuve de l’un des assassins du commandant Massoud en Afghanistan, puis remariée avec un djihadiste tué au Pakistan, celle qui est née au Maroc a été condamnée en 2010 par la cour d’appel de Bruxelles pour participation à des activités terroristes. Avec son second époux, elle avait notamment mis en place une filière de recrutement vers la frontière pakistano-afghane.

Libérée en 2016, elle a été déchue de sa nationalité belge le 30 novembre 2017, puis placée quelques jours plus tard en centre fermé en vue de son expulsion vers le Maroc. Elle a alors demandé l’asile à la Belgique, mais le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) a rejeté sa demande.

C’est le recours contre cette décision du CGRA que le Conseil du contentieux des étrangers (CCE) doit examiner. A l’audience jeudi, les avocats de Mme El Aroud ont soutenu que le CGRA aurait dû apprécier les raisons d’accorder à leur cliente le bénéfice de la protection internationale avant de passer aux causes d’exclusion, en l’occurrence les actes qui lui ont valu d’être condamnée pénalement et déchue de la nationalité belge. Il faut une proportionnalité, ont-ils soutenu.

Plusieurs personnes liées au dossier judiciaire de Malika El Aroud ont été condamnées au Maroc sur la base d’aveux, manifestement obtenus sous la torture, ont poursuivi les avocats. «Mais le CGRA n’a fait aucune recherche sur le risque actuel de persécution.»

Depuis l’arrêt de la cour d’appel, le temps s’est écoulé et la bientôt sexagénaire, qui souhaite rester en Belgique auprès de sa fille et de sa petite-fille, a purgé sa peine, ont fait valoir ses conseils. «Mme El Aroud n’a jamais été poursuivie pour incitation à la haine ou au meurtre. Elle a posé des actes illégaux de par leur mobile, mais pas matériellement», a aussi relevé Me Cohen.

Lorsque des actes graves ont été commis, la législation permet de prendre une décision d’exclusion sans préalablement évaluer le besoin d’une protection internationale, a répondu en substance la représentante du CGRA. Et ce n’est pas parce que le CGRA refuse l’asile qu’il ordonne une expulsion au Maroc, a-t-elle ajouté.

S’avançant vers les trois juges du CCE, Malika El Aroud leur a alors demandé pourquoi ne pas la «fusiller tout de suite» au lieu de la renvoyer au Maroc.

La décision est attendue la semaine prochaine ou en début de semaine suivante.

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