SAINT-GILLES

Un projet multifonctions pour ressusciter l’Aegidium: 4 millions régionaux pour son patrimoine

Un projet multifonctions pour ressusciter l’Aegidium: 4 millions régionaux pour son patrimoine

L'ancien cinéma Aegidium va changer de fonction à Saint-Gilles: il englobera un coworking, des appartements et de l’horeca, ainsi que des espaces culturels. Reporters / POLET

L’Aegidium, salle mythique du Parvis de Saint-Gilles, doit entamer une mue dans les années à venir. Des appartements modulables de standing, un espace culturel, un coworking et un horeca viendront entre autres s’y installer. La Région avance 4 millions pour la sauvegarde de son patrimoine.

La Région bruxelloise a annoncé juste avant les vacances de Noël son intention de s’associer à la résurrection de l’Aegidium, mythique salle des fêtes du Parvis de Saint-Gilles. L’ensemble art déco, très discret, reste dans un état de quasi-abandon malgré l’annonce en grande pompe de sa rénovation remontant à... mai 2013 et une brève occupation précaire du rez-de-chaussée en 2018.

«L’Aegidium, je l’avais noté sur ma liste prioritaire quand je suis devenu bourgmestre de Saint-Gilles en 1985. Si je dois attendre aussi longtemps pour le voir rouvrir, je risque d’avoir 100 ans à l’inauguration», notait alors avec humour Charles Picqué, reconduit en octobre sur son siège de maïeur saint-gillois.

Le socialiste ne devrait plus attendre 30 ans pour voir son souhait se réaliser. La Région réaffirme ainsi sa volonté de mettre fin aux errements. En 2013, l’architecte Francis Meltzger avait dessiné un projet pour Edificio, spécialiste de la restauration de sites classés. Mais le projet en est resté au stade de la lettre d’intention. Depuis, l’Aegidium a changé de mains. Il appartient désormais au spécialiste du «coliving» haut de gamme pour expats Cohabs et aux investisseurs immo Alphastone. L’objectif: y implanter des logements modulables, du coworking, un fab-lab, un espace culturel (une galerie d’art, une bibliothèque, une salle de spectacle) et de l’horeca (un glacier, un resto haut de gamme). Le bureau MA2 reste à la conception.

Un projet multifonctions pour ressusciter l’Aegidium: 4 millions régionaux pour son patrimoine
L’Aegidium a été salle des fêtes et cinéma, avant de tomber en décrépitude. Reporters / POLET

La Région ne veut pas rester en rade. Elle se fait donc partenaire de cette renaissance et met 4 millions d’euros sur la table. Il est vrai que l’Aegidium est classé depuis 2006, ce qui complique la tâche des promoteurs. Or, «les investisseurs désireux de financer la réhabilitation de pareils endroits sont rares, surtout pour des projets culturels», souligne le Ministre-Président Rudi Vervoort (PS). Il serait dommage de rater une nouvelle fois le train des bonnes résolutions, même si la gentryfication du quartier du Parvis parle aussi en faveur du projet. La subvention régionale portera donc «principalement sur des travaux liés à la façade du Parvis, les toitures, le couloir d’entrée, le jardin d’hiver, la cage d’escalier, la salle Louis XV et la salle mauresque».

Le projet porte sur plus de 4500m2.

Un diamant qu’il faut repolir

Autrefois appelé «Diamant-Palace», en référence aux plus de 5.000 ampoules qui l’éclairaient, l’Aegidium est inauguré en 1906. Après certaines modifications et constructions supplémentaires, c’est en 1929 qu’il devient l’Aegidium (dérivé du latin «Egidius», «Gilles»). Tout le beau monde bruxellois s’y presse. Il paraît que de nombreux couples s’y sont formés. La polychromie du lieu avait aussi le pouvoir d’attirer les Saint-Gillois des années folles.

+ VIDÉO | En 2013, L’Avenir a visité l’Aegidium dans son jus

Ses diverses salles, réparties sur 4700m2, sont tantôt salle des fêtes et de spectacles, tantôt Banque de Bruxelles ou encore bibliothèque, mutuelle, syndicat, consultation de nourrissons… Mais en 1985, la plus grande part du bâtiment classé en 2006 est définitivement fermée. Et la vétusté a gagné ses murs. Ce qui n’empêche pas des tournages de cinéma de s’y dérouler, en costumes d’époque.

L’Aegidium, présenté comme insolite et secret, a continué donc de fasciner. L’annonce de visites se refile comme un secret d’initié. Il faut dire que les apparences sont trompeuses: impossible d’imaginer le gigantisme et la splendeur déchue du lieu depuis le Parvis. Pourtant, le bâtiment occupe la quasi-totalité d’un intérieur d’îlot et une bonne partie se développe sur deux étages. Ses deux grandes salles de spectacle, dont l’une conserve une galerie et une scène, sont époustouflantes. Ceux qui y pénètrent ne manqueront pas de noter ses carrelages d’époque aux bleus et gris chinés, ses parquets d’époque, ses escaliers impressionnants ainsi que ses boiseries omniprésentes et son style mauresque un peu fané mais si exotique.

Un décor qui servira bientôt d’arrière-plan à la petite comédie quotidienne qui se joue sur le Parvis de Saint-Gilles.

Un projet multifonctions pour ressusciter l’Aegidium: 4 millions régionaux pour son patrimoine
Les visites de l’Aegidium sont rares. Reporters / POLET