TOURNAI

Le Tournai d’avant: le Lundi perdu, l’jour du grand plucache

Le Lundi perdu ou parjuré: rappel de ce qui fut un temps vilipendé par les bourgeois de la ville.

L’Épiphanie, fête chrétienne rappelant l’adoration des Roi Mages – qui n’étaient pas des rois en réalité – et le Lundi parjuré, festivités populaires axées sur la dégustation du lapin, ces deux dates sont aujourd’hui fusionnées en conservant heureusement quelques pages de la tradition.

Des rois, il est demeuré les billets, inscrits sur une bandelette de seize vignettes, dessinant le profil de chaque convive, laquais, verseur, confesseur, ménétriers auxquels se sont ajoutées, selon l’inspiration de l’auteur, des formules savoureuses telles que «le plus grincheux», «plus souvint au cabaret qu’à l’église».

Quant au Lundi parjuré; il faut bien avouer que son origine n’est guère prouvée; assises judiciaires connues au moins au IXe siècle où se jugeaient les litiges sur les baux à ferme ou entre voisins? Rappel du parjure des rois mages? Ou vraisemblablement résurgence du «Lundi des fous» du Moyen Âge?

L’on retrouve cette tradition au XIXe siècle dans de nombreuses villes; Tournai en a fait une journée spécifique, variant cependant dans sa forme au fil des ans.

Jadis, bureaux et ateliers fermaient généralement au Lundi perdu (autre forme du Lundi parjuré). Une pratique jugée sévèrement par la classe aisée qui y voyait, l’opportunité pour l’ouvrier «de dépenser sa gratification, voire une partie de son salaire, au café «et ceci “au grand dam de la femme et des enfants attendant anxieusement le retour d’un père trop souvent saoul et sans plus d’argent dans le porte-monnaie”». Les journaux de cette seconde partie du XIXe s’en font écho et y apportent même des remèdes «que les patrons ne donnent plus d’argent ce jour-là à leur personnel mais plutôt des biens de consommation utiles et quelques douceurs pour les gosses souvent sevrés».

Le menu du soir, dans ces foyers pauvres, est, au-delà de la fête, le miroir du statut social de l’ouvrier. On y déguste la «petite» saucisse, petite car c’est souvent les étrennes du boucher; elle s’accompagne de la salade qui se compose de tout ce qui reste dans le garde-manger ou le fruitier: pommes, salade de blé, noix, oignons frits, betteraves rouges principalement.

Pourquoi du lapin? C’est qu’il est simple à élever, que le clapier ne prend guère de place dans le bout de jardin du faubourg et même en ville et qu’il se nourrit quasi pour rien, avec les restes du repas et de l’herbe et pissenlits que les enfants vont cueillir dans les nombreux espaces verts. Il sera sacrifié en ce début d’année car on ne trouve plus guère de quoi le nourrir.

Avec, dans le XXe siècle, l’instruction obligatoire, l’ouvrier prend de mieux en mieux conscience de sa place dans la société. Le Lundi perdu y garde sa place, c’est le jour du grand plucage.