MISSION LUNAIRE

«La Chine place ses pions pour l’exploration spatiale»

«La Chine place ses pions pour l’exploration spatiale»

La Chine fait désormais partie des rares nations à avoir posé un engin sur la lune. Reporters / Photoshot

En se posant sur la face cachée de la lune, la Chine prouve son savoir-faire. Et place ses pions en vue de s’affirmer comme un partenaire fiable dans les missions internationales d’exploration spatiale.

Planétologue à l’Observatoire royal de Belgique, Véronique Dehant est engagée dans le programme américain InSight, la sonde qui s’est posée sur Mars fin novembre. Avec son équipe basée à Uccle, elle participe à l’analyse des données collectées par la NASA.

Même si la lune est bien éloignée de la planète rouge, la mathématicienne et géophysicienne belge a évidemment suivi l’alunissage la sonde Chang’e-4 sur la face cachée de notre satellite.

Depuis le premier alunissage de la sonde soviétique Luna 9 en 1966, pourquoi aucun engin ne s’est-il jamais posé sur la face cachée de la lune?

Parce que, n’étant pas tournée vers la Terre, il n’est pas possible pour une mission réalisée sur cette face cachée de communiquer directement. Or, toute mission a besoin d’une communication avec la Terre ne fût-ce que pour envoyer les informations collectées. Pour cette mission, les Chinois ont placé un satellite relais en orbite, mais jusqu’à présent on avait préféré étudier la face visible de la lune.

Quel est l’intérêt de se poser sur cette face cachée?

On ne sait pas trop à ce qu’on peut découvrir justement. Le sol est peut-être différent et les échantillons de roches qui pourront être ramenés (ndlr: ce sera le but d’une 2e mission chinoise l’an prochain) permettront de donner une échelle de temps à la lune. On l’a déjà fait avec des échantillons ramenés de la face visible, mais ils ont été pris en un nombre de points limités. Or, plus on en a mieux on peut dater.

Avec cette mission, la Chine pourrait-elle aussi montrer des envies d’exploitation de notre satellite?

J’espère que non… C’est vrai que le Luxembourg envisage l’exploitation minière d’astéroïdes et que si on venait à manquer de certains minerais sur Terre ce serait une possibilité. Mais j’estime que ce type d’exploitation n’est pas une bonne chose, car il y a toujours des risques de contamination.

On sait que les Chinois ont aussi des ambitions martiennes. La face cachée de la lune pourrait-elle faire office de point relais?

Non car on peut aller sur Mars en quelques mois et faire un relais sur la lune n’a pas d’intérêt. Par contre, cette mission lunaire est certainement une évaluation de leur technologie et un test pour leur future mission sur Mars qu’ils préparent déjà.

Cette mission Chang’e-4 place-t-elle désormais la Chine parmi les acteurs majeurs de l’exploration spatiale?

Les Russes et les Américains ont ouvert la voie et l’Europe a aussi montré son savoir-faire. Le Japon a choisi une autre voie qui est plutôt celle des collaborations internationales, comme c’est encore le cas avec la mission BepiColombo lancée vers Mercure en octobre dernier et qui est une collaboration de L’Agence spatiale européenne avec l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise. Maintenant, de nouveaux acteurs comme l’Inde et la Chine arrivent aussi. Avec cette mission sur la lune, les Chinois placent leurs pions dans le but d’avoir aussi des collaborations internationales.

La Chine ne jouera donc pas cavalier seul dans l’exploration spatiale.

Non, dans l’espace on ne peut pas jouer seul. C’est trop compliqué. Et même si on n’échange pas forcément ses propres technologies, on avance ensemble. C’est la même chose pour les informations collectées: même si les pays leaders d’une mission étudient en priorité les données collectées, elles sont mises dans une banque de données communes après quelques mois. C’est toujours un peu moins facile actuellement de collaborer avec les Chinois, mais ils promettent d’être plus ouverts à l’avenir.

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