TOURNAI

Le Tournai d’avant: beonne ainnée, mes gins!

Qui souhaite encore celles et ceux qu’il rencontre de cette formule? Qui encore la dit en entier «Beonne ainnée, beonne santé, et ne r’wertiez pos dins vos saclet ce qu’vous donnez»?

Dans le Tournai d’antan et encore dans les années cinquante, au 1er janvier, les personnes âgées préparent la réception des générations plus jeunes; grand-mère a rempli deux grandes boîtes de fer des galettes préparées selon une recette jamais transgressée; parfois, plus audacieuse ou plus riche, la cuisinière suant devant le pot de son étuve passé à la mine de plomb, en a garni certaines de vanille ou, plus souvent de cassonade. Sur la buse, l’eau de la bouilloire chantonne et, dans le vieux moulin, les mains expertes ont préparé le café que l’on offrira aux dames – avec parfois un petit verre de «sucré» –; car les hommes auront droit à un, ou deux, ou. plus de verres d’alcool, du genièvre souvent. Pour les enfants, pas de cadeaux mais des étrennes qui seront galettes, parfois une orange – un vrai luxe – ou une petite pièce. Qu’ils mériteront en récitant un court poème, une phrase de circonstance apprise à l’école et qu’ils répéteront tout au long de la tournée. À l’école, les fillettes ont même brodé des cartes de vœux

L’assemblée assise, vient le rite du café. Si les visiteurs sont les bienvenus, on vide le résidu d’un service antérieur et la chaussette s’emplit de frais café, le «Chéribon» (marque très prisée); par contre, s’ils «ne sont pas bien vue», on reverse l’eau de la bouilloire sur l’ancien café qui en a perdu une bonne partie de son arôme: la ménagère s’est bornée à offrir «du café de belle-mère». Entendez par là, pour ceux que l’on aime moins mais que les conventions obligent à admettre chez soi.

Ceci anime les rues dès le matin du premier janvier. Passent des familles pressées, frileuses, en habits de dimanche, en route pour accomplir leur devoir. Oui, un devoir envers les parents, absolument prioritaires puis, selon les âges, vers les tantes, oncles ou cousins à qui la tradition veut que l’on présente les vœux de bonheur et de santé.

Une halte plus ou moins longue suivant l’affection portée, et l’on repart. De retour, la table se prépare car cette fois, les plus jeunes vont arriver à leur tour souhaiter,

À vous aussi, beonne et hureuse ainnée.