HISTOIRE

PODCAST L’AVENIR RACONTE | Le Tour de France à Namur (1952)

«L’Avenir raconte» est une série de 7 histoires tirées des archives de notre journal, dans le cadre du centenaire de (Vers) L’Avenir. Nous vous les proposons durant toute cette semaine de Noël.

Cet article a été initialement été publié le 28 décembre dans le cadre de la série "L'Avenir raconte"

Nous sommes le 29 juin 1952. Namur est ville étape du Tour de France, et c’est la première fois. Les géants de la route sont attendus au sommet de la citadelle, terme de la cinquième étape Roubaix-Namur, longue de 197 km. Les coureurs passeront par Mons, Binche, Gilly, Tamines, Fosses, Floreffe, Malonne, avant de gravir la route Merveilleuse.

Vers l’Avenir est bien sûr au taquet et le journal a annoncé la veille, JF, une action pour le moins originale.

 

 « Sportifs, Vers l’Avenir publiera ce dimanche, une demi-heure après l’arrivée, une édition spéciale transportée au stade par hélicoptère ; une heure après l’arrivée, une édition spéciale avec photos du sprint final et commentaires de nos envoyés spéciaux Maurice Dandumont et René Thill, illustrée par notre reporter photographe Félix Gossiaux. Achetez Vers l’Avenir, le seul journal imprimé à Namur. »

Pour réussir cet exploit technique, une fameuse organisation est mise en place.

Dans chaque localité traversée par la course, un correspondant du journal doit attendre le passage de la voiture de la rédaction. Et les envoyés spéciaux lui remettront les feuillets manuscrits sur lesquels ils ont rédigé l’avancée de la course, afin que le correspondant en téléphone le texte à Namur.

Malheureusement, cela ne fonctionnera pas aussi bien que prévu : la voiture est victime d’une crevaison. Ce qui n’empêche pas la journée d’être torride.

L’étape est pleine de suspense. Avant la frontière belge déjà, le Luxembourgois Bintz s’est échappé, profitant d’un passage à niveau fermé, mais son compatriote Bim Diedreich le rejoint et se lance dans une longue échappée, à trois, avec le Français Vivier, puis à deux. Après Binche, Bintz et Diedrich sont toujours en tête, mais Bintz, trop fatigué, décroche après Morlanwelz. Diedrich est seul, il lui reste 70 km à parcourir, avec de nombreuses côtes. Il creuse encore l’écart.

Dans la côte de Falisolle, Fausto Coppi, le prestigieux champion italien, passe à l’attaque.

 Diedrich fait de la résistance. Son avance fond, mais il ne s’écroule pas et, lorsqu’il aborde la toute dernière ascension, la citadelle de Namur, sous un soleil de plomb, il sait qu’il a course gagnée.

Le long des côteaux de la citadelle, les rafraichissements coulent à flots. Des milliers de sportifs acclament le Luxembourgeois. Un formidable lâcher de ballons l’accueille au sommet.

Cinq minutes et une seconde après son arrivée triomphale, survient Fausto Coppi. Le Belge Robert Vanderstockt est troisième, l’Italien Gino Bartal quatrième. Quant au maillot jaune, surprise et désillusion : les premiers calculs l’attribuent à Vanderstockt, qui l’enfile dans la joie générale. Mais les commissaires s’aperçoivent ensuite que c’est au Français Lauredi, pour une seconde d’écart, de le conserver.

Et voilà qu’arrive l’hélicoptère de Vers l’Avenir.

Il largue sur le public survolé l’édition spéciale du journal, promise, attendue, et qui sent bon l’encre fraîche. Un exploit journalistique et technique double l’exploit sportif.

 

Cet hélico, Vers l’Avenir l’avait affrêté à une compagnie d’assurances bruxelloise, les Propriétaires réunis. Et, tant qu’à utiliser les airs, un journaliste, Charles Melebeck, et un photographe avaient, au départ de Temploux, via un petit avion de l’aéroclub de Namur, déjà effectué un survol des derniers kilomètres de l’épreuve. Dans le journal, ils décrivent la foule amassée tout au long du parcours, à Velaine, Tamines, Aisemont, Fosses, Floreffe, Malonne.

« La Wallonie toute entière attend le tour, écrit Melebeck. Aujourd’hui, plus rien d’autre ne compte pour des milliers de petites gens, d’ouvriers, de bourgeois. Tous ont déserté les corons et les fournaises des villes et sont venus chercher au bord des routes un souffle d’aventure, un peu de poésie. »

52 ans plus tard, interviewé par Vers l’Avenir en prélude à une nouvelle arrivée du tour à Namur, Bim Diedrich n’a pas oublié.

 Nous sommes en 2004. Le Grand-Ducal raconte. « J’ai gardé l’édition spéciale que Vers l’Avenir avait imprimée aussitôt, et jetée d’hélicoptère dans la foule dès après l’arrivée, se souvient-il. Une performance que les journaux auraient du mal à reproduire aujourd’hui. Autre performance : mes frères étaient venus de Pétange à Namur à vélo, 300 km, et Nicolas est retourné dans mon village avec le bouquet du vainqueur sur le dos. »

Une histoire racontée par Corinne Marlière et Jean-François Pacco.

«L’Avenir raconte» est aussi disponible en podcast: https ://anchor.fm/lavenirraconte

Retrouvez toute notre série (qui se complétera chaque jour) sur www.lavenir.net/lavenirraconte

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