FONTENOY

La troisième nuit des gilets jaunes

«On s’est dit qu’il n’y avait pas grand-chose dans le Tournaisis. Alors on s’est installé ici à Fontenoy.» De façon parfaitement pacifique.

À peine descend-on de l’autoroute à Gaurain-Fontenoy qu’on voit le feu juste avant le rond-point de la sucrerie. Une quinzaine de gilets jaunes bravent le froid et l’humidité pour entretenir la flamme. Il y a là René, Giovanni, Alisson, Mélanie, Ophélie, Axel, Isabelle, Dany, Fred, Ludo, Thomas et quelques autres…

Pourquoi sont-ils là? Parce qu’il faut que quelqu’un y soit. Pour rappeler ce que tout le monde sait, mais se dépêche d’oublier. La vie est dure, très dure pour beaucoup trop de citoyens. «Ecoutez, des gens qui travaillent et qui doivent se serrer la ceinture, vous trouvez ça normal? Le 20 du mois, il faut regarder au moindre euro. On en est là. Alors faut pas demander quand on n’a pas de boulot!» Dans le groupe de Fontenoy, ils sont plusieurs dans le cas…

Une vigie dans la nuit

Certains leur disent que ce n’est pas un feu de palettes aux abords d’un rond-point à Fontenoy qui changera quelque chose. Non peut-être, mais ils sont là comme une vigie. Ils interpellent nos (mauvaises) consciences.

Ce qui nous surprend, c’est le nombre de gens qui klaxonnent, qui baissent la vitre et lèvent le pouce. «On n’ennuie personne, on laisse passer tout le monde. Ce qui arrive, c’est que des gens nous demandent des explications. On leur dit ce que je viens de vous dire. En fait ils le savent, on espère juste qu’ils relaient cette idée que ça ne peut plus durer, qu’il faut des changements en faveur de ceux qui rament toujours plus.»

C’est leur troisième nuit sur place. «La première fois, on était plus dans le rond-point et ça, la police et les pompiers n’ont pas voulu. On a bougé et ici ça se passe mieux. Dans la soirée de samedi, on avait un peu trop de succès, du coup les files se sont allongées jusque sur l’autoroute et on est venu nous dire qu’une sableuse était coincée. On s’est tout de suite retiré. Mais je vous assure que ce sont les gens qui s’arrêtent spontanément. On en a vu qui se garaient pour de bon, enfilaient leur gilet jaune et passaient un moment avec nous.»

Des gens qui râlent? «Oui, il y en a, je dirais 10%. À notre grand étonnement, on partage l’impression que ce sont davantage des jeunes. Est-ce qu’ils ont la chance d’avoir trouvé du boulot, se sentent invulnérables et pensent que ceux qui n’en ont pas le font exprès? On n’en sait rien.»

Sur cette route, il y a aussi beaucoup de tracteurs qui passent. «Les fermiers, c’est bizarre, il y a ceux qui nous comprennent, font des signes de connivence. Et puis d’autres qui ne nous apprécient pas…»

Les gilets jaunes ne tiennent rigueur à personne de ne pas les comprendre. L’important, c’est que ceux qui les comprennent soient de plus en plus nombreux, et surtout cessent de se taire. Que peu à peu tous ensemble ils arrivent à faire bouger les lignes.

Précisons qu’au moins un autre groupe «tient» le rond-point de Main et Sabot à Evregnies-Dottignies et, toujours en Wallonie pîcarde, que Ghislenghien reste un site important de la contestation «gilets jaunes». Par ailleurs, une action plus spectaculaire à la frontière n’est pas à exclure dans le courant de la nuit qui vient.