POLITIQUE

La N-VA hors du gouvernement: retour sur les dernières heures qui ont conduit au clash

La N-VA hors du gouvernement: retour sur les dernières heures qui ont conduit au clash

Chaque mot était soigneusement choisi lors de la conférence de presse de la N-VA. BELGA

C’était la réunion de la dernière chance. Mais le comité ministériel restreint de ce samedi soir a tourné court. Une conférence de presse de la N-VA a suivi rapidement. Avant la réponse du Premier ministre. Et l’officialisation des adieux de la majorité dite «suédoise» (MR/Open VLD/CD&V/N-VA).

Côté N-VA

Les ministres N-VA ont quitté rapidement le conseil des ministres extraordinaire de vers 20h30. Ils étaient arrivés une demi-heure plus tôt au cabinet du Premier ministre pour entendre la proposition que devait formuler Charles Michel à propos du pacte migratoire des Nations Unies.

Les nationalistes flamands ont expliqué au cours d’une conférence de presse qu’ils seraient «de facto» hors du gouvernement si Charles Michel se rend à Marrakech. «Il atterrira en étant le Premier ministre de la coalition de Marrakech», a indiqué le président de la N-VA Bart De Wever, répétant qu’il n’y avait pas de consensus sur cette question au sein de l’exécutif.

Il indique par là qu’une telle hypothèse se ferait avec un gouvernement sans la N-VA. Pour autant, il se refusait à dire que les nationalistes démissionnaient du gouvernement. Ils tentaient de renvoyer la responsabilité de la chute du gouvernement vers Charles Michel.

Pour le président de la N-VA, Charles Michel a tout tenté, jeudi, pour sauver la coalition mais les autres partenaires, CD&V et Open VLD lui ont «ri au nez». À cela s’est ajouté un large soutien parlementaire.

Le dossier est venu pour la première fois ce samedi sur la table du conseil des ministres, a souligné Bart De Wever, et la N-VA a souhaité formellement faire constater son désaccord. Les autres partis ont estimé que l’assentiment au pacte n’était plus nécessaire, ce qui a amené une vaine discussion juridique. En réalité, le débat est «politique», juge De Wever, répétant qu’il n’existe pas de consensus au sein du gouvernement sur le pacte migratoire.

Le président de la N-VA a conclu en disant que son parti n’est pas contre les migrants mais contre «le chaos migratoire européen».

Côté Premier ministre

De son côté, Charles Michel a dit prendre acte de la décision de la N-VA de quitter le gouvernement. Il va proposer la désignation de secrétaires d’Etat en remplacement des ministres N-VA.

Le Premier ministre a répété qu’il ira à la conférence des Nations Unies au Maroc sur le Pacte migratoire. Il a réitéré sa proposition de soutien au Pacte avec une explication de vote concertée avec d’autres pays européens, a-t-il expliqué.

Michel a constaté qu’il n’y a pas de consensus pour remettre en cause la décision de soutien au Pacte. Il représentera donc le gouvernement à la Conférence des Nations-Unies au Maroc.

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Réactions

Le soutien de Kris Peeters à Charles Michel est «intact»

Le soutien du vice-premier ministre CD&V Kris Peeters au Premier ministre est «intact», a-t-il assuré samedi soir à l’agence Belga, après la conférence de presse de la N-VA lors de laquelle Bart De Wever a indiqué que son parti s’estimerait bouté hors du gouvernement en cas de départ de Charles Michel pour Marrakech.

«Pas de compromis possible sur les principes fondamentaux»

«Un compromis n’est pas possible sur les principes fondamentaux», a réagi la présidente de l’Open Vld, Gwendolyn Rutten, qui souligne qu’elle a néanmoins eu une bonne collaboration avec la N-VA.

«Une politique migratoire forte et humaine a besoin de collaboration internationale», a ajouté via Twitter Mme Rutten, après l’annonce de Bart De Wever qui semble sceller le sort du gouvernement Michel. «Nous devons maintenant nous attaquer à d’autres défis. Sans perdre de temps», a-t-telle précisé.

«La chute du gouvernement, l’espoir d’un nouveau pacte social pour les citoyens»

«La chute du gouvernement MR N-VA a le mérite de faire cesser sa politique anti-sociale et anti-démocratique», a réagi samedi soir le président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, après la conférence de presse de la N-VA.

Cette fin annoncée de la coalition suédoise «signe l’espoir d’un nouveau pacte social pour les citoyens», a ajouté M. Di Rupo via Twitter.

Plus tôt dans la journée, le président du PS avait appelé Charles Michel «à ne pas céder» face à la N-VA, soulignant que «le vote du Parlement (avait) été très clair: PS, sp.a, MR, Open VLD, Écolo, Groen, Défi, cdH, CD&V et PTB lui demandent d’adopter le Pacte au nom du gouvernement».

 

 

Rappel des faits

Le MR, le CD&V et l’Open Vld veulent approuver le Pacte dont l’adoption aura lieu à Marrakech les 10 et 11 décembre. Le Premier ministre, Charles Michel, s’y est engagé le 27 septembre à la tribune des Nations Unies au terme d’un processus décisionnel classique qui a rassemblé les administrations et cabinets ministériels concernés.

La N-VA s’y oppose. Elle n’a pas émis d’objections avant le 27 septembre. Ses ministres ont même marqué leur accord sur la position belge, très favorable, arrêtée le 12 septembre. Mais entre-temps, une série de pays européens ont annoncé qu’ils ne soutiendraient pas le Pacte, dont l’Autriche du chancelier conservateur Sebastian Kurz. Les nationalistes ont revu leur jugement: bien que le texte soit non contraignant et affirme la souveraineté des États, ils craignent que ses dispositions ne lient à l’avenir la Belgique parce que des juges s’en serviraient pour contrer la politique du gouvernement.

Depuis deux semaines, la N-VA martèle son opposition. Son chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover, et le secrétaire d’État, Theo Francken, invoquent la valeur sacrée de la souveraineté, «ADN» des nationalistes, face à un ordre international qui déposséderait les États de leurs compétences. Les partisans du Pacte insistent au contraire sur la nécessité d’un cadre multilatéral pour mener une politique migratoire efficace et rappellent que les dispositions du Pacte ne sont en rien contraires à la politique belge.

Jeudi, à la Chambre, le Premier ministre a fait savoir qu’il tiendrait la parole de la Belgique, qu’il irait à Marrakech en vertu d’une résolution exprimant le soutien du parlement au Pacte mais qu’il devait aussi respecter les institutions. Or, il ne dispose pas de consensus au sein de son gouvernement, règle cardinale de fonctionnement d’un exécutif. Cette résolution l’oblige donc à se rendre à Marrakech… «à titre personnel», a-t-il ajouté, suscitant l’incompréhension dans l’opposition. Résultat: sous peine de perdre la majorité de rechange qui s’était formée, la résolution a dû être musclée. Le parlement demande donc explicitement au gouvernement d’approuver le Pacte tant controversé.

La N-VA a voté contre la résolution, à l’instar du Vlaams Belang et du Parti Populaire. Vendredi, elle a demandé l’inscription du point au conseil des ministres. La réunion n’a pas permis de régler le problème.

La N-VA demande donc que la Belgique s’abstienne lorsqu’il faudra se prononcer sur le Pacte. Elle répète qu’elle ne veut pas la chute de l’exécutif mais qu’un gouvernement dans lequel siège la N-VA ne peut approuver ce Pacte.

Comment dès lors résoudre le problème du voyage à Marrakech? Lors de la conférence, huit séances plénières sont prévues durant lesquelles «les États Membres confirmeront leur engagement politique envers le Pacte mondial», indique le site de la Conférence.

«Dans toute la mesure possible, (la Conférence) mène ses autres travaux sur la base d’un consensus général», précise une résolution. Si un État le demande, une proposition peut être mise au vote.

Et après l’écueil de Marrakech, il y a celui de New York où, le 19 décembre, une assemblée générale doit approuver formellement le Pacte.

Depuis deux semaines, la N-VA et le MR se renvoient la balle, personne ne voulant endosser la responsabilité de la chute du gouvernement.