SOCIÉTÉ

La Belgique est l’un des trois paradis sur terre des athées

La Belgique est l’un des trois paradis sur terre des athées

La Belgique est l’un des rares pays au monde qui à la fois reconnaît divers cultes et philosophies, sépare l’Église et l’État et soutient financièrement un pluralisme actif. Photonews

La Belgique figure, avec les Pays-Bas et Taïwan, parmi les trois pays au monde jugés les plus accueillants pour les athées et les libres-penseurs, selon un rapport de l’Union internationale humaniste et éthique présenté jeudi au Parlement européen.

Pour établir son classement, l’UIHE a exploré quatre domaines: les aspects constitutionnels et le rapport aux pouvoirs publics, l’éducation et les droits de l’enfant, les caractéristiques sociétales, familiales et communautaires, ainsi que la liberté d’expression et les valeurs humaines.

Légèrement moins performants, la France et le Japon complètent le top-5 des 196 pays passés au crible. Le Pakistan, les Maldives, l’Afghanistan, l’Iran et l’Arabie saoudite sont en queue de peloton.

«Le modèle belge a une place unique au monde», confirme Anne-France Ketelaer, vice-présidente de l’UIHE et directrice de deMens.nu, l’union néerlandophone des associations libérales.

«On y a historiquement fortement investi dans la coexistence pacifique des différentes convictions, jusque dans l’enseignement officiel. Pour autant, tout n’est pas parfait. La société très diversifiée est une réalité, mais nous sommes tous en recherche, au sein de cette société. Les principes des Lumières peuvent à nouveau fixer le cap, par exemple en les inscrivant plus clairement dans notre Constitution».

Le rapport souligne que la Belgique est, avec la Norvège et l’Islande, l’un des rares pays au monde qui à la fois reconnaît divers cultes et philosophies, sépare l’Église et l’État et soutient financièrement un pluralisme actif. Le pays est en outre progressiste sur le plan éthique, avec ses législations sur l’avortement, l’euthanasie et le mariage homosexuel, en plus du dialogue interconvictionnel structuré à différents niveaux de pouvoir.

Un point d’attention – qui n’est toutefois pas propre à la Belgique – concerne la montée de la désinformation («fake news») et de la critique envers le monde académique, la société civile et les journalistes, lorsqu’ils prennent part au débat public.

«On hésite aussi davantage sur l’opportunité d’approfondir les choix de vie individuels, par exemple dans des dossiers comme l’euthanasie des personnes souffrant de démence, l’encadrement de l’identité de genre, l’avortement. Il reste encore de la discrimination sur le marché de l’emploi ou du logement, ou à l’égard des préférences sexuelles, etc. La neutralité des pouvoirs publics pourrait aussi être améliorée, notamment concernant le maintien d’une relation privilégiée avec les catholiques (fabriques d’église, réseau d’enseignement parallèle, etc)», expose Aubry Cornelis, porte-parole de deMens.nu.

À l’échelle mondiale, le rapport observe que même dans les régimes autoritaires, les citoyens se sentent davantage capables de protester, comme on le constate à travers des mouvements féministes en Iran ou au Pakistan. La résolution de plusieurs conflits a amélioré la liberté de mouvement et d’expression, comme en Éthiopie ou en Érythrée. Un nouveau gouvernement aux Maldives, le succès de la pression internationale sur le régime de Bruneï pour abandonner un durcissement prévu des sanctions judiciaires fondées sur la sharia, etc., offrent aussi des perspectives d’espoir.

A l’inverse, l’UIHE pointe notamment du doigt le réveil populiste en Europe, avec Viktor Orban en Hongrie, Sebastian Kurz en Autriche et Matteo Salvini en Italie, ainsi que le renforcement de régimes autoritaires et illibéraux à travers le monde.