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PHOTOS | Gilets jaunes en France: des scènes d’une «violence rarement atteinte», 158 interpellations et 65 blessés

Le troisième samedi de mobilisation des «gilets jaunes» réunissait à la mi-journée quelque 75 000 manifestants dans toute la France. Les violents heurts sur les Champs-Élysées à Paris ont conduit à 158 interpellations et 65 blessés en milieu d’après-midi.

65 personnes dont 11 membres des forces de l’ordre ont été blessées samedi à Paris dans des violences survenues lors de la journée de mobilisation des «gilets jaunes», selon un bilan établi par la préfecture de police de Paris à 16 h 00.

Ce bilan provisoire est déjà bien plus lourd que celui de la précédente mobilisation à Paris le 24 novembre pendant laquelle 24 personnes avaient été blessées, dont 5 parmi les forces de l’ordre.

La préfecture a fait également état de 158 interpellations en milieu d’après-midi, soit davantage que pendant l’ensemble du précédent rassemblement parisien le 24 novembre, où 103 personnes avaient été arrêtées.

«On constate de plus en plus de groupes très déterminés qui se disséminent dans Paris et commettent des troubles à l’ordre public», a déclaré la porte-parole de la préfecture de police de Paris, Johanna Primevert sur BFMTV.

Elle a pointé la responsabilité de «gens très organisés» déterminés à «aller à l’affrontement» avec les forces de l’ordre.

Des scènes de guerilla sur les Champs-Elysées

«200 manifestants pacifiques sur les Champs-Élysées. 1 500 perturbateurs à l’extérieur du périmètre venus pour en découdre», a dénoncé sur Twitter le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner tandis que son secrétaire d’État Laurent Nunez évoquait sur BFMTV «3 000» casseurs aux abords de la place de l’Étoile.

C’est en haut des Champs-Élysées, sur le rond-point de l’Étoile, que les premiers heurts ont éclaté vers 8 h 45 quand des manifestants ont, selon une source policière, tenté de forcer un barrage. Les forces de l’ordre ont alors répliqué par des tirs de lacrymogène.

Les échauffourées se sont d’abord concentrées autour de l’Arc de Triomphe, ont constaté des journalistes de l’AFP. Dans un climat très tendu, des manifestants masqués ont entonné une Marseillaise près de la flamme du soldat inconnu, sous l’Arc de Triomphe sur lequel un tag «les gilets jaunes triompheront» a été peint.

PHOTOS | Gilets jaunes en France: des scènes d’une «violence rarement atteinte», 158 interpellations et 65 blessés
AFP

«La volonté affichée et assumée de s’attaquer à nos forces de l’ordre, aux symboles de notre pays, sont une insulte à la République», a estimé M. Castaner.

Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a au contraire dénoncé «un incroyable acharnement contre les manifestants pacifiques place de l’Étoile», accusant le pouvoir de chercher «un grave incident pour jouer sur la peur». Pour le porte-parole des Républicains (LR), Gilles Platret, «il est impératif» que l’exécutif «fasse un geste significatif en direction des justes réclamations des gilets jaunes».

Les forces de l’ordre ont ensuite repoussé les manifestants dans les avenues adjacentes, notamment Avenue Friedland où d’importantes dégradations ont été constatées par les journalistes de l’AFP.

Sur l’avenue des Champs-Élysées, sécurisée depuis 6 h 00 du matin par un quadrillage policier très serré, les manifestants rassemblés dans le calme craignaient que leur message soit éclipsé par les heurts, après les violences qui avaient déjà éclaté le 24 novembre.

«Nous sommes un mouvement pacifique, c’est juste que nous sommes désorganisés, c’est le foutoir car nous n’avons pas de leader», déplorait Dan Lodi, retraité de 68 ans. «Il y a toujours des abrutis venus pour se battre, mais ce n’est pas du tout représentatif.»

«Il faut qu’il (Macron) descende de son piédestal, qu’il comprenne que le problème c’est pas la taxe, c’est le pouvoir d’achat. Tous les mois je dois piocher dans mon livret d’épargne», dénonçait Chantal, retraitée des Yvelines.

«Il y a une volonté de casse et ça discrédite un combat légitime qu’exprimaient beaucoup de gilets jaunes», a déclaré sur LCI la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Plus d’un millier de personnes défilaient également depuis la gare Saint-Lazare à l’appel du comité Adama créé contre les violences policières dans les quartiers populaires, a constaté un journaliste de l’AFP.

«On vit les mêmes injustices sociales que les gens des milieux ruraux», a dit Sonia Chaouche, éducatrice dans le Val d’Oise.

Quinze jours après l’acte de naissance des gilets jaunes, la mobilisation réunissait à 15 h 00 quelque 75 000 personnes sur l’ensemble de la France, dont 5 500 à Paris, selon les chiffres donnés par le Premier ministre Édouard Philippe. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282 000 personnes, et la deuxième 106 000, dont 8 000 à Paris.

Ailleurs en France, plusieurs opérations de blocage et de filtrage étaient recensées notamment dans le Var au péage de Bandol sur l’A50 et dans les Bouches-du-Rhône aux barrières de péage de La Ciotat. Dans le Gard, des poids lourds bloquaient les plateformes logistiques de supermarchés à Nîmes.

À Nantes, une cinquantaine de «gilets jaunes» ont fait irruption à deux reprises samedi matin sur le tarmac de l’aéroport de Nantes Atlantique tandis que de brèves échauffourées ont éclaté à Strasbourg.

Dans le sud-ouest, les «gilets jaunes» ont lancé des opérations «barrages filtrants» à Cahors (Lot), et dans 7 villes du Tarn. Sur l’autoroute A9, les manifestants ont ciblé le péage du Perthus, à la frontière entre la France et l’Espagne.

Malgré l’annonce par Emmanuel Macron de prochaines mesures pour répondre à la «colère légitime» des manifestants, le mouvement qui a essaimé hors de tout cadre syndical ou politique engrange de nouveaux soutiens, notamment du côté de l’ultradroite.