ENVIRONNEMENT

Et si la Belgique accueillait l’organisation de la COP26?

Et si la Belgique accueillait l’organisation de la COP26?

Illustration AFP

Le gouvernement wallon va proposer que la Belgique se porte candidate à l’organisation de la COP26 qui se tiendra à la fin de 2020, a-t-il annoncé vendredi midi. Une idée soutenue par la Région de Bruxelles-Capitale.

Cette décision, «qui est une proposition d’ouverture visant à réunir la Belgique sur ce qui est essentiel», selon le ministre wallon en charge du Climat, Jean-Luc Crucke, intervient alors que la Suisse s’est retirée de la course, en raison notamment d’un calendrier trop serré. Les négociations relatives à l’organisation de la COP26 doivent en effet débuter dès la COP24 qui commence ce lundi.

La confédération estime aussi qu’elle avait trop peu de chance de l’emporter en vertu de la logique «du premier arrivé, premier servi», l’Italie s’étant portée candidate la première.

Les COP réunissent quelque 20 000 participants sur trois semaines et, selon les estimations suisses, représentent un coût pouvant aller jusqu’à 176 millions d’euros.

«La question à se poser, c’est plutôt le coût de l’inaction. Et il est plus problématique que le coût de l’action. Nous voulons croire que ce pays trouvera les ressources pour assumer son ambition, d’autant que 2020 est une année charnière», en vue de la concrétisation de l’accord de Paris sur le climat, a poursuivi Jean-Luc Crucke.

«Nous avons pleinement confiance que le fédéral soutiendra et portera notre volonté. Ce n’est qu’en ayant de l’ambition qu’on peut réussir de grandes choses», a-t-il ajouté avant d’avertir, par téléphone, son homologue flamand, Bart Tommelein, de la proposition wallonne.

Bruxelles dit «oui»

Si la Belgique devait organiser la COP26 à la fin de l’année 2020, il va de soi que l’ensemble des entités devront tout mettre en œuvre pour que cette dernière soit une réussite, ont affirmé vendredi le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort et la ministre régionale de l’Environnement Céline Fremault (cdH). Ceux-ci ont également «marqué leur soutien à cette candidature», en soulignant qu’à Bruxelles de nombreuses mesures pour lutter contre les changements climatiques ont déjà été prises.

«Depuis plus de quatre ans, j’ai agi avec le gouvernement, en faisant adopter le Plan air Climat qui comprend 144 actions. L’objectif de la région Bruxelloise est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2025», a commenté Céline Fremault. Celle-ci a notamment rappelé la réforme des primes énergies pour mieux isoler les bâtiments, les incitants mis en place pour déployer le photovoltaïque dans les communes et les régions, et la création d’un système de coaching énergétique gratuit à destination des petites et moyennes entreprises, sans oublier l’interdiction progressive des véhicules les plus polluants dans le cadre de la création de la zone basse émission (Low Emission Zone-LEZ).

Rudi Vervoort a quant à lui insisté sur l’attitude «particulièrement volontariste» de la Région bruxelloise en matière environnementale, à travers, entre autres l’adoption, à son initiative, du Plan Régional de Développement Durable. Celui-ci est la feuille de route fixée pour permettre à la Région bruxelloise de rencontrer tous les objectifs environnementaux et de répondre aux enjeux présents et futurs qui se posent.

Aux yeux des deux ministres, sans attendre la COP 26, la priorité immédiate se situe toutefois à la COP24 qui débute dimanche à Katowice (Pologne) pour finaliser les accords de Paris et préparer un relèvement des ambitions. Ce doit être l’ambition de tous les niveaux de pouvoir, ont-ils encore dit.

Inter-Environnement Wallonie dit oui

Cette proposition ravit Inter-Environnement Wallonie qui y voit une manière d’assurer un leadership européen en matière de protection de l’environnement mais aussi de pousser les ambitions du pays pour limiter le réchauffement climatique.

Céline Tellier veut croire qu’en se posant comme organisatrice de la COP, cela poussera la Belgique à afficher davantage d’ambitions dans la lutte contre les changements climatiques. «Être organisateur peut permettre de jouer un rôle de leader et on a vraiment besoin de leadership dans cette matière», souligne la directrice politique d’IEW.

Pour Mme Tellier, il importe que le fédéral et les autres régions du pays soutiennent la proposition de la Wallonie et invoquer un coût trop élevé serait une «fausse excuse». «Pour organiser des Coupes du monde de football ou autre, personne ne pose la question du coût», lance-t-elle.

Les négociations relatives à l’organisation de la 26e COP débuteront lors de la COP 24 qui démarre ce dimanche à Katowice, en Pologne.

«Le climat vaut bien ça»

Si la Belgique organisait la 26e Conférence des parties (COP), qui réunit chaque année les 197 parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, elle «enverrait un très bon signal au monde […] alors que les Belges sont souvent considérés comme trop humbles et pas assez ambitieux», estime Juliette Boulet.

Assumer la fonction d’organisateur devrait aussi permettre au Royaume de «démarrer une nouvelle dynamique pour transformer ce défi climatique en nouvelles opportunités», souligne la porte-parole de Greenpeace. «Cela ne doit pas se limiter à une visibilité ou à du greenwashing et les ONG seront là pour y veiller.»

Cette volonté affichée par le gouvernement wallon «peut le transformer en super-héros du climat avec une réelle politique ambitieuse» car beaucoup reste à faire «dans tous les secteurs».

«Nous sommes au pied du mur, il reste 10 ans pour faire face» au réchauffement climatique, rappelle la porte-parole et la seule addition des actions individuelles ne suffira pas. «Une action importante et structurelle de la part des politiques est nécessaire.»

La proposition du gouvernement wallon doit maintenant être soutenue par le fédéral et les autres Régions, plaide Greenpeace, qui espère que «la Belgique ne va pas se déchirer sur le sujet». Il a souvent été difficile de réunir les différents gouvernements belges autour d’un même engagement climatique et «l’organisation de la COP26 doit aussi les rassembler autour de mêmes engagements» dans la lutte contre le réchauffement climatique.