BELGODYSSÉE | ROMANE HEINEN (CANDIDATE 7/8)

PHOTOS | Droits de l’homme: dans les prisons belges, les détenus n’ont pas les mêmes chances

Que se passe-t-il quand nos droits nous sont enlevés en toute légalité? Entendez que pour assurer la liberté des autres, on vous enlève la vôtre. C’est le cas de 10 123 personnes détenues dans les 34 prisons que compte notre pays. Dans le cadre de la Belgodyssée, nous avons eu la chance de jeter un œil derrière les barreaux de Mons et de Hoogstraten.

 

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête le 70e anniversaire le 10 décembre. Cette semaine: Romane Heinen.

 

Déclaration universelle des droits de l’homme, article 3 :

 

«

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

»

 

L’ancienne caserne de Hoogstraten, près d’Anvers, semble tout droit sortie d’un film fantastique. Datant du XIIe siècle, elle dégage quelque chose d’assez magique. Ne vous méprenez pas, le bâtiment est une prison depuis 1931. Le régime mis en place est un régime ouvert, les «relations respectueuses avec les autres sont exigées». Au moindre travers, le détenu peut être sanctionné ou transféré vers une prison au régime plus strict.

Les résidents, femmes et hommes, sont souvent condamnés à des «petites» peines allant de trois à cinq ans. En plus de cela, des formations professionnelles et activités rémunérées y sont proposées. Travail à la ferme, à la boulangerie, à la cuisine, à l’entretien des lieux, on ne chôme pas. Le but étant vraiment de remettre le détenu sur les rails de la vie active.

 

Une vie presque normale

 

PHOTOS | Droits de l’homme: dans les prisons belges, les détenus n’ont pas les mêmes chances
La prison de Hoogstraten dispose d’un régime ouvert et offre aux détenus des formations professionnelles et des activités rémunérées. ÉdA – R. Heinen
Après la journée de travail, l’association flamande De Rode Antraciet propose même des activités culturelles (aquarelle, cinéma, théâtre). On oublierait presque le but premier de l’endroit où nous sommes. Et puis, on s’en rappelle, on se souvient que ces personnes sont privées de leur liberté, on se demande ce qu’elles font là. Elles ont pourtant le sourire et racontent volontiers leur vie. On se dit qu’on ne préfère pas savoir, pour ne pas changer notre regard sur elles. Ce n’est pas que la vie est idyllique, ici à Hoogstraten, mais elle se rapproche peut-être le plus de ce que la Belgique peut offrir de mieux en matière d’incarcération.

 

Le régime fermé de la prison de Mons

 

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Axel Piers, directeur de la prison montoise, assure la visite. Du cachot aux cuisines. EdA - R. Heinen
Et puis, Mons. Maison d’arrêt et de peines, disposant d’une aile psychiatrique et d’une section pour femmes. De la poésie, elle n’en a que l’histoire: c’est là que Verlaine est détenu en 1873 après avoir tiré sur le jeune Rimbaud. C’est d’ailleurs de cette année que date la prison, et ça se voit. À des kilomètres de Hoogstraten et des idéaux carcéraux.

Mons, c’est dur à voir. D’ailleurs, durant la visite, le directeur des lieux, Axel Piers, nous avouera qu’il est à chaque fois aussi choqué que ses visiteurs. Une visite qu’il nous fera avec passion, recul et réalisme quant aux conditions de vie offertes. «C’est bien simple, l’idéal serait de reconcevoir le système entier. » Le régime fermé est le régime le plus commun dans les prisons belges: caméras de surveillance, barreaux, murs d’enceinte. C’est celui où les détenus passent la majeure partie de leur temps enfermés.

 

22 heures sur 24

 

PHOTOS | Droits de l’homme: dans les prisons belges, les détenus n’ont pas les mêmes chances
Les détenus de Mons ont accès au préau de 15 h à 17 h. Une bouffée d’air frais la bienvenue quand on sait qu’ils passent la plupart du temps enfermés dans leur cellule. ÉdA – R. Heinen
Seulement 20% de la (sur)population carcérale de Mons a une activité rémunérée et ceux-là font partie des chanceux. Les autres ont plus de mal à meubler leur journée. «La plupart des détenus passent 22 heures sur 24 dans un 9 m2, parfois à deux, trois ou quatre personnes. Ici, l’offre culturelle consiste principalement à regarder la télé, à attendre une visite ou l’heure du préau. Je suis dépendant des offres extérieures: j’ai zéro centime pour mettre en place des activités culturelles dans la prison.» Cependant, lorsque ça arrive, lorsqu’une activité se met en place, les détenus, a priori peu intéressés, sont enchantés de l’expérience.

Si Axel Piers exerce un métier loin d’être facile, il croit pourtant en ce qu’il fait. «Je suis utopiste et c’est primordial pour continuer à faire ce que je fais.» Le monde carcéral belge a un avenir toujours incertain, des droits y sont encore bafoués. La lutte est encore longue pour donner un peu plus d’humanité à ces lieux qui en manquent cruellement.

 

Les prisons belges en quelques chiffres

Parmi les 10 123 détenus en Belgique, on retrouve 55,9% de condamnés, 35,7% de prévenus (dans l’attente d’un jugement) et 8,4% d’internés, c’est-à-dire de personnes reconnues comme irresponsables de leurs actes. Selon un rapport de Prison Insider, initiative de l’Observatoire international des prisons (OIP), la population carcérale belge aurait diminué de 8,3% entre 2016 et 2017, des chiffres encourageants quand on sait que près de la moitié des détenus récidivent et que le taux d’occupation monte à plus de 112%. L’État belge alloue, en 2017, 0,87?% de son budget annuel à la Direction générale de l’administration pénitentiaire, soit 542?millions d’euros. L’établissement de Tongres, le plus petit en Belgique, dispose de 25 cellules et accueille 21 personnes en 2016. Le plus grand, c’est celui de Lantin avec 694 cellules et 905 détenus.

 

 

QUI EST L’AUTEURE DE CET ARTICLE?

PHOTOS | Droits de l’homme: dans les prisons belges, les détenus n’ont pas les mêmes chances
Emmanuel Crooy
Romane Heinen, 24 ans, Tubize

Je viens de Tubize, à seulement 25 minutes en train de Bruxelles, les jours fastes. Fraîchement diplômée en journalisme, je suis continuellement à la recherche de ce qui m’émeut, me touche: musique, série, film, récit de vie, documentaire, soirée entre potes, voyages… Sans ça et une touche d’humour, j’ai du mal à passer la deuxième.

Idéalement, j’aimerais utiliser le journalisme comme outil de rencontres et surtout de partage, parce que je pense qu’il y a pas mal d’histoires qui valent la peine d’être racontées.

 

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première (jusqu’au 8 décembre). Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

 

Découvrez tous les reportages de la Belgodyssée 2018 consacrés aux droits de l’homme sur lavenir.net/extra/belgodyssee.

 

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