FOREST

«Nouvelle allée de portemanteaux à Forest»: l’élagage des marronniers reprend avenue Albert

«Nouvelle allée de portemanteaux à Forest»: l’élagage des marronniers reprend avenue Albert

Les premiers élagages dénoncés par les riverains remontent au mois de mars 2018. EdA - Julien RENSONNET

L’élagage a repris sur les avenues Albert et Churchill, à cheval sur Forest et Uccle. Le collectif CitoyensForest1190 saisit l’occasion pour dénoncer «le saccage écologique» du patrimoine arboré régional. Les experts rappelaient en mai que la taille de ces vieux arbres «ne fait pas plaisir» mais est «obligatoire».

Le collectif CitoyensForest1190, groupant des comités de quartier actifs dans les quartiers Churchill, Berkendael et Albert à cheval sur Forest, Uccle et Ixelles, déplore depuis ce 26 novembre la reprise de l’élagage des marronniers des avenues Albert et Churchill. Les travaux ont en effet redémarré sur le site où 6 arbres seront abattus et 29 autres élagués. Les riverains parlent sur Facebook d’une «nouvelle allée de portemanteaux».

Pour rappel, cet élagage parfois qualifié de «drastique» par ses opposants a déjà mené à un bras de fer entre riverains, commune de Forest et Région plus tôt en 2018. Les opposants reprochent principalement à la Région une taille trop importante, dénudant les feuillus et modifiant les perspectives dans la rue. Du côté du cabinet Smet (sp.a), compétent, on se retranche derrière la sécurité des trams de la STIB et la santé défaillante des arbres. Résultat selon le collectif: «des troncs nus comme des totems, avec quelques rares petites branches».

«La présence arborée sera garantie»

Une question de la députée Écolo Magali Plovie a remis le dossier dans l’actualité ce 23 novembre. En l’absence de Pascal Smet, c’est le Ministre-Président Rudi Vervoort (PS) qui a répondu: la situation est «dangereuse», les «rejets (de branches) étant devenus trop importants». Les tronçonneuses grincent donc à nouveau sur les avenues concernées.

Mais selon un communiqué du collectif, le «pire est à craindre» car Vervoort a mentionné un «réaménagement de façade à façade» des avenues Churchill et Albert. «La présence arborée sera garantie», glisse le ministre-Président». Ce qui ne rassure pas les riverains qui évoquent «le réaménagement de la chaussée d’Ixelles et de la place Fernand Cocq à Ixelles où une vingtaine d’arbres ont été abattus».

«Préserver les vieux arbres dans la ville»

Pour demander une nouvelle fois l’arrêt de l’élagage, les riverains s’en réfèrent au rapport de l’expert phytosanitaire entendu en mai au Parlement (lire cadrée) dont L’Avenir avait pu lire les rapports en mars. Ce dernier avait alors affirmé que «plus l’intervention est brutale, plus les chances de survie sont faibles», admettant que dans ce cas-ci, «l’espérance de survie n’est pas énorme» car «le marronnier n’a pas une bonne capacité de réaction aux plaies». L’expert, rappelle CitoyensForest1190, avouait encore que «pendant 30 ans, la Région a négligé 6 fois d’affilée les entretiens des marronniers, alors que ceux-ci auraient dû être entretenus tous les 5 ans».

Au-delà de cette «mauvaise gestion», le collectif répète qu’il déplore «le manque de vision globale» dans ce dossier ainsi qu’un «manque de transparence». Tout en exigeant «la suspension immédiate» des travaux d’élagage, les riverains tendent à nouveau la main à la Région. Ils répètent enfin «l’importance cruciale de préserver les “vieux” arbres dans la ville» et «l’urgence d’arrêter le saccage écologique» du patrimoine arboré des 30.000 arbres gérés par Bruxelles Mobilité.

«Les plaies des arbres ne cicatrisent jamais»

«Nouvelle allée de portemanteaux à Forest»: l’élagage des marronniers reprend avenue Albert
Les riverains dénoncent un élagage «drastique» mais les experts le jugent «obligatoire». EdA - Julien RENSONNET

Prévoyant le retour de la polémique, le porte-parole de Pascal Smet a mentionné sur les réseaux l’intervention en commission infrastructures du Parlement bruxellois de l’attaché responsable de la gestion des arbres en voirie régionale à Bruxelles Mobilité, et de l’expert phytosanitaire du bureau TER-Consult dont L’Avenir avait pu lire les rapports en mai.

Le premier rappelle que les voiries comme les avenues Churchill et Albert remontent au début du XXe siècle. «De grands travaux ont ensuite eu lieu sur ces voiries et des coupes effectuées que nous ne conseillerions plus en 2018. Mais aujourd’hui, les arbres sont toujours présents: nous devons les surveiller et parfois y appliquer des mesures lourdes. Nous savions que nous aurions un problème avenue Albert et que nous devrions élaguer».

«Le nouveau bois continue de peser sur ses supports qui se dégradent»

Et le fonctionnaire de céder le relais à l’expert arboriste indépendant. «Ces pauvres vieux marronniers ont été sévèrement élagués il y a entre 20 et 30 ans. J’ai beaucoup entendu parler de taille “radicale” ou “drastique” mais techniquement, ce qui a été fait ici n’est ni l’un ni l’autre». Et le technicien de définir l’intervention comme «une réduction sur ancienne coupe de rapprochement de taille drastique». En gros, on a coupé trop franchement il y a 3 décennies et désormais, il faut tenter de réparer les pots cassés.

À en croire l’expert, ces coupes antérieures continuent à menacer la santé des arbres actuels. Elles ont causé des «plaies sévères». Or, celles-ci ne «cicatrisent pas», pas plus qu’elles ne «guérissent». En réalité, les marronniers «isolent» ces plaies en «les compartimentant» pour protéger le reste de l’arbre des champignons, bactéries, insectes... Problème avenue Albert: «le nouveau bois se développe et continue de peser sur ses supports qui se dégradent».

«La presse ne parle jamais des racines»

Le spécialiste assure que certains élagages remontent à 33 ans. «Il y a donc une charge excessive par rapport à la dégradation qui se trouve au-dessous». Le spécialiste répète alors «l’obligation» de revenir aux coupes faites il y a trop longtemps sur des arbres qui n’ont bénéficié d’aucun suivi, «même si ça ne fait jamais plaisir».

L’arboriste terminera par une pique à destination des comités de quartier et de la presse. «Il est déplorable de constater que les opérations qui portent atteinte aux arbres sur le plan visuel font les choux gras de la presse alors que celle-ci ne fait jamais grand cas de dégradation de systèmes racinaires, qui sont bien plus graves». Dont acte.