BELGODYSSÉE | CHLOÉ HANNON (CANDIDATE 6/8)

VIDÉO | Des poèmes pour traduire la Déclaration universelle des droits de l’homme

L’ASBL bruxelloise Globe Aroma accueille des artistes réfugiés, primo-arrivants et sans papiers. A l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, une dizaine d’entre eux ont traduit ses articles en poèmes.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête le 70e anniversaire le 10 décembre. Cette semaine: Chloé Hannon.

Déclaration universelle des droit de l’homme, article 27, alinéa 1er

«

Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

»

«Les Droits de l’Homme? Je ne connais pas moi ça… Là d’où je viens, ça n’existe pas. Et maintenant, ici, j’attends de le voir pour le croire.» Barry vient de Guinée Conakry. La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH)… Juste des mots jetés sur du papier.

Pour Ly Saïdou, elle n’évoque pas grand-chose non plus. «Le nom indique que c’est universel. Alors oui, elle devrait l’être… Mais moi je peux vous le dire, ça ne correspond pas à la réalité que je vois», s’incline le poète mauritanien. Des textes abstraits vers une poésie insouciante: les artistes de Globe Aroma ont redessiné la Déclaration en vers et en strophes.

Prose toujours, tu m’intéresses

VIDÉO | Des poèmes pour traduire la Déclaration universelle des droits de l’homme
Shilemeza a écrit plusieurs poèmes pour cette exposition. EdA - Ch. Hannon
Les bandes de papiers tombent lourdement au sol. Elles habillent le pourtour de la salle d’exposition de l’ASBL, enlaçant ses spectateurs. Ancrés sur les toiles, les mots percutent. «Tu as droit», «Abusivement», «Keep Walking»… Traits tantôt sûrs, parfois hésitants. Mise en exergues colorées et majuscules appuyées. La poésie trouve son équilibre entre néerlandais, arabe, français, somalien ou encore anglais.

Ly Saïdou s’est emparé de l’article 14 de la DUDH: le droit à l’asile face à la persécution.

«C’est ce que j’ai vécu. Ça me parle». Pas plus de détails… Quelques secondes de silence. Ly souligne toute l’importance de ce passage de la DUDH. Il regrette par ailleurs la manière dont il est perverti: «L’article existe… mais c’est aussi du vent. Certains politiques et médias poussent à l’avant de la scène les migrants qui viennent pour profiter de l’économie du pays. » Alors l’asile n’est plus un refuge mais une honte. « Il faut comprendre pourquoi les gens sont là… »

L’art de Ly Saïdou, un exutoire. Un moyen d’expression, de contestation, de refuge. Une manière de vivre qui lui procure une richesse dévorante. «Avec l’art, on arrive à se parler, discuter, échanger et se comprendre. On peut approcher l’autre, quelle que soit notre différence. »

Invisiblement vôtre

VIDÉO | Des poèmes pour traduire la Déclaration universelle des droits de l’homme
La salle d’exposition de Globe Aroma, où les toiles et les mots se percutent. EdA - Ch. Hannon
Des créations qui sont tant de ponts vers l’altérité, mais aussi vers une nouvelle vérité. Mettre du liant entre culture natale et d’adoption… Pour exister ici et maintenant, dans une société où ils ont parfois l’impression d’être invisibles. «On pourrait penser que les arts et la culture ne jouent qu’un rôle secondaire, mais ils sont bien plus importants que cela », rappelle Marco Martiniello, directeur de recherche au FNRS et directeur au CEDEM (Centre d’étude de l’ethnicité et des migrations). Outre les vertus thérapeutiques et sociales de cette créativité, «c’est aussi un moyen de revendication politique. Pour des personnes qui n’ont pas accès aux partis, qui ne sont pas titulaires de droit… C’est parfois leur seule voix

Alors Shilemeza, Seydou, David, Ly, Bushra et d’autres l’ont crié sur papier. Et à An de conclure: «La DUDH, ça représente une utopie. Mais c’est important d’avoir des utopies aussi… »

Quesako Globe Aroma?

L’ASBL est une Maison des arts. Artistes des quatre coins du monde y travaillent sur leurs œuvres. Peinture, théâtre, littérature, danse… Tout le monde y est bienvenu. «Ici, à Globe Aroma, ce n’est pas ce que tu fais ou si tu as des papiers qui est important. C’est qui tu es et quelles sont tes idées », épingle An, collaboratrice artistique.

Cette année, cette philosophie a permis à l’ASBL d’être gratifiée du prix de la Ligue flamande des droits de l’homme. Mais accueillir des personnes en situation irrégulière lui a aussi valu des problèmes début d’année: une descente policière musclée pour y cueillir des personnes sans papiers. Un épisode qui bouscule le monde culturel, avec la crainte que ce genre de lieu devienne un véritable piège.

Des initiatives telles que celles de Globe Aroma sont pourtant cruciales dans le paysage de la migration. Marco Martiniello, directeur du CEDEM, pointe que «l’art et la culture doivent rester accessibles à tous: pour offrir des espaces de réflexions, des outils afin de trouver une place dans ce monde ». L’art a la particularité de rassembler. Comme le décrit Issouf, «l’art est le seul truc qui n’a pas de frontière».

QUI EST L’AUTEURE DE CE REPORTAGE?

VIDÉO | Des poèmes pour traduire la Déclaration universelle des droits de l’homme
© Emanuel Crooÿ
Chloé Hannon, 23 ans, Liège

Pousser ma curiosité à ses limites, papoter, m’étonner… Découvrir le monde qui m’entoure. C’est ce que j’aime dans le journalisme. Et puis vous livrer tout ça. Mettre des visages sur des étiquettes. Aller un cran plus loin et pointer les solutions plutôt que les murs qui s’érigent.

Puis, j’adore voyager. Tenir en place ici plus de quelques mois? Impossible! Alors qui sait… Peut-être que plus tard j’irai vous chercher les récits des quatre coins de la planète pour vous les rapporter?

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première (jusqu’au 8 décembre). Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

Découvrez tous les reportages de la Belgodyssée 2018 consacrés aux droits de l’homme sur lavenir.net/extra/belgodyssee.

 

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