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Footgate: voici ce que la justice exige de Dejan Veljkovic pour qu’il bénéficie du statut de repenti

Footgate: voici ce que la justice exige de Dejan Veljkovic pour qu’il bénéficie du statut de repenti

Photo News/FLORIAN VAN EENOO

L’agent de joueurs Dejan Veljkovic écopera de cinq ans de prison avec sursis et d’une amende de 80 000 euros, elle aussi avec sursis, en échange de sa coopération avec la justice. Mais les exigences des enquêteurs sont claires.

En cas de condamnation par le tribunal, l’agent de joueurs Dejan Veljkovic écopera de cinq ans de prison avec sursis et d’une amende de 80 000 euros, elle aussi avec sursis, en échange de sa coopération avec la justice, ont indiqué mardi ses avocats lors d’une conférence de presse à Anvers.

Dans l’accord conclu avec le parquet fédéral, M. Veljkovic s’est engagé à faire des déclarations «substantielles, révélatrices, sincères et complètes» sur son implication dans le dossier de suspicion de fraude dans le milieu du football et sur le rôle de tiers. Il devra également fournir des preuves matérielles qui manquent encore dans ce dossier, a précisé sont avocat Bart Verbelen.

Ce n’est que dans ce cas qu’il pourra bénéficier de cette peine de cinq ans de prison avec sursis, et d’une amende de 80 000€, elle aussi avec sursis. Il se verra en outre confisquer tous les avantages patrimoniaux qu’il a eus en net, a précisé son conseil.

Dejan Veljkovic est au coeur du premier volet de l’instruction judiciaire, qui concerne des constructions financières mises en place en concertation avec un certain nombre de clubs dont le FC Malines, Genk, Lokeren, le Club Bruges et le Standard de Liège. Il est également impliqué dans le troisième volet de l’affaire, concernant les matchs suspects Antwerp-Eupen et FC Malines-Waasland-Beveren. Il a été inculpé de participation à une organisation criminelle, blanchiment et corruption privée.

Lors de ses dépositions à venir, l’agent de joueurs devra s’expliquer sur toutes ses activités tant en Belgique qu’à l’étranger et sur sa manière de travailler avec les clubs, les joueurs, d’autres agents, les directeurs de clubs et toutes les personnes impliquées dans les transferts et les paiements des joueurs, a énuméré son avocat.

Il devra également en dire davantage sur tous les accords financiers qui ont été conclus, sur les courants d’argent, sur les contrats officiels et officieux (scouting, sponsoring) et sur les constructions financières créées dans le but de transférer des sommes d’argent des clubs vers l’étranger. L’accord conclu avec le parquet fédéral prévoit que l’agent désigne aussi toutes les personnes qui ont profité de ces constructions et qu’il donne le nom d’acteurs pas encore connus dans ce dossier ou dont le rôle n’est pas encore clair.

Dejan Veljkovic devra évoquer l’influence qui a été faite sur les matches, soit car il y est impliqué directement soit car il en a entendu parler indirectement. Il sera tenu de révéler toutes les infractions dont il a eu connaissance via ses activités d’agent dans le milieu du football et de donner l’identité de personnes connues, qu’elles soient physiques ou morales, impliquées dans les faits déjà décelés ou qui doivent encore l’être.

Enfin, il devra parler de tous les avantages patrimoniaux qu’il a eus ou que d’autres ont eus.

«Notre client ne voulait pas être un bouc émissaire»

L’agent de joueurs Dejan Veljkovic a décidé de collaborer avec la justice et de bénéficier, pour la première fois en Belgique, du statut de repenti car il ne se reconnaît pas comme un «criminel professionnel», ont expliqué mardi ses avocats, quelques heures après l’annonce de la libération, sous strictes conditions, de leur client. Il a aussi voulu éviter de passer plusieurs mois derrière les barreaux dans l’attente de batailles procédurales et de jouer un rôle de bouc-émissaire dans ce dossier de fraude dans le milieu du football belge.

Dejan Veljkovic a été inculpé de participation à une organisation criminelle, blanchiment et corruption privée dans ce dossier.

«Notre client ne se reconnait pas comme criminel professionnel», ont expliqué ses avocats. Il a trois enfants et a été dépeint par les médias comme un agent «malafide», un portrait dans lequel il ne se retrouve pas, à croire ses conseils.

Il a aussi souhaité éviter une longue bataille procédurale et devoir passer de nombreux mois en prison pour cette raison et dans l’attente du procès.

Il ne voulait pas risquer d’être un «bouc-émissaire» dans ce dossier et «payer pour tout un système», a ajouté son avocat Bart Verbelen. «Il a donc décidé de tout raconter et de collaborer.»

«Énormément d’informations manquent encore dans ce dossier», a relevé ce dernier. Or Dejan Veljkovic a travaillé durant des années dans un système «pourri de l’intérieur», dans lequel il a employé des «méthodes illégales» que «beaucoup d’autres» utilisent également. «L’illégalité y est devenue la norme», a résumé l’avocat.