JUDICIAIRE

Assassinat pour le trésor des «postiches»: Michel Fourniret condamné à la perpétuité

Assassinat pour le trésor des «postiches»: Michel Fourniret condamné à la perpétuité

Illustration AFP

Le tueur en série Michel Fourniret a été condamné à la prison à perpétuité pour avoir commis le meurtre de l’épouse d’un ex-codétenu.

La peine maximale, la perpétuité, avait été requise vendredi contre Michel Fourniret et son ex-femme Monique Olivier, jugés pour l’assassinat de Farida Hammiche en 1988 afin de lui dérober le trésor du «gang des postiches».

Un procès «hors norme» pour un couple représentant «le mal absolu», ont souligné les avocats des parties civiles. Un couple dépeint par Yolaine Bancarel, avocate de la famille Hammiche, comme un «aigle à deux têtes» qui s’attaque «à des femmes et des enfants».

Un procès sans grand enjeu néanmoins puisque le couple a déjà été condamné à la perpétuité en 2008 pour le meurtre de sept jeunes filles et femmes. Monique Olivier est libérable en 2032. Fourniret potentiellement jamais.

Le duo était poursuivi pour avoir tué la femme d’un ancien compagnon de cellule du tueur en série. Il l’avait aidée à déterrer un stock de 20 kg d’or dans un cimetière du Val-d’Oise, sur les indications du mari emprisonné.

Le magot aurait appartenu au «gang des postiches», célèbre équipe de braqueurs qui écumait les banques de région parisienne dans les années 1980.

Fourniret, 76 ans aujourd’hui, «c’est celui qui s’amuse, c’est celui qui joue» mais c’est surtout «celui qui, sans elle, n’est rien», a insisté Me Bancarel, plaçant Monique Olivier, 70 ans, au même niveau de responsabilité.

Tout au long des quatre jours de procès, l’ex-femme du tueur en série a éludé les questions, rejetant la responsabilité sur son co-accusé, minimisant son rôle, les yeux souvent rivés au sol.

«Je la regarde depuis le début. Vous l’avez vue ciller pendant ces quatre jours?», a demandé Me Bancarel aux jurés. «Quelle a été son attitude? Pas de voix chevrotante, pas de larme, aucune émotion», a détaillé l’avocate.

Pour autant, «Monique Olivier est toujours connectée à notre monde», a souligné son avocat, Richard Delgenes, demandant aux jurés d’opérer une distinction avec Michel Fourniret.

Il a rappelé qu’en 2008 devant la cour d’assises des Ardennes, «on a fait une différence» puisque Monique Olivier n’a pas écopé de la perpétuité réelle comme son ex-mari.

«La banalité du mal»

Michel Fourniret a lui endossé le costume du «dingue» et du «sale type» comme il s’est lui-même décrit jeudi lors de son interrogatoire sur le fond.

Il parle par énigmes, use de périphrases alambiquées, provoque, hurle parfois avant de se calmer tout aussi vite. Et continue de narguer les parties civiles en restant évasif sur le lieu où il a dissimulé le corps de Farida Hammiche, jamais retrouvé. «Laissez-moi une carte (de visite)!», a-t-il même osé à l’intention de Me Bancarel qui le pressait de révéler où il l’avait enterré.

Sur la manière dont il l’a assassinée, il a joué de sa mémoire «vieillissante». «Vraisemblablement par étranglement», a-t-il avancé, sans émotion. «La phrase de Farida m’est restée en tête, elle m’a dit +ne me tue pas comme ça+», s’est-il malgré tout rappelé.

Michel Fourniret, c’est «la banalité du mal», a insisté dans sa plaidoirie Didier Seban, avocat de Jean-Pierre Hellegouarch, ancien braqueur et veuf de Farida Hammiche.

L’avocat de Fourniret, Grégory Vavasseur, a reconnu que «les parties se retrouvent sur un point: la calamité d’un parcours judiciaire assez incroyable». «Edmond Rostand disait, +on ne se bat pas dans l’espoir de succès, c’est encore plus beau quand c’est inutile+. Aujourd’hui, je me sens un peu comme Cyrano de Bergerac», a-t-il déclaré.

«Tout ce que je dis est parfaitement inutile», a-t-il insisté, soulignant quand même la sévérité d’une peine de perpétuité pour un meurtre crapuleux.

«M. Fourniret est hanté par trop de fantômes et sa peine, elle n’est plus judiciaire», a plaidé Me Vavasseur.

«Dans sa solitude absolue, il ne lui reste que deux compagnons, un jeu d’échec avec lequel il joue contre lui-même et quelques pages blanches éparses qu’il noircit, comme il a noirci sa propre existence. M. Fourniret a déjà pris perpétuité, il sera perpétuellement face à une ombre».

La perpétuité pour Michel Fourniret

Michel Fourniret a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité vendredi pour l’assassinat de Farida Hammiche, la femme d’un ex-codétenu du tueur en série, afin de lui dérober le magot du «gang de postiches».

Son ex-femme, Monique Olivier, a elle été condamnée à 20 ans pour complicité. Ces condamnations viennent se confondre avec celles déjà prononcées contre le couple en 2008 pour le meurtre de sept femmes et jeunes filles pour lesquels Michel Fourniret a écopé de la perpétuité réelle et Monique Olivier de la perpétuité, avec 28 ans de sûreté.