TOURNAI

Le Tournai d’avant: «Le Courrier de l’Escaut» enchaîné mais insoumis

Dans une ville occupée, «Le Courrier de l’Escaut» vit des moments difficiles. L’Allemand contrôle et censure, le 3 octobre 1914, le journal ne paraît plus.

Pour réapparaître, en format et nombre de pages réduits. Il est indispensable de renseigner, informer la population des arrêtés de l’ennemi et des faits, petits ou grands, de la vie courante, distributions de vivres, réunions de sociétés, avis mortuaires..

De la guerre, rien que les avis officiels. Qui se montrent parfois très intéressants. Tel le dernier «journal de guerre» daté du mardi 8 octobre.

À Berlin, le chancelier-comte Von Hertling est remplacé par le prince Max de Bade dont le discours d’investiture vaut son pesant d’orgueil mis à terre. Il déclare en effet «que le gouvernement allemand prie les États-Unis d’entreprendre une action en vue de rétablir la paix, notre gouvernement accepte de négocier pour éviter de nouvelles effusions de sang». Et une reddition sans conditions sans doute!

Quelques lignes soulignent également ce fait, méconnu, d’une Allemagne désirant réunir Belgique et Hollande (ce sera encore le cas en 40) et pour ce faire, privilégie dans les actes l’emploi du flamand. Or, cette fois, le chancelier affirme «que sera fait acquis que le rétablissement de la Belgique et de son indépendance ainsi que l’intégrité de son territoire».

Ouverture vers les ennemis ou duplicité? Des communiqués de Londres, de Paris relatent la situation du front. Avec un accent de vérité car, à cette date, c’est de succès, de progression sur le terrain que citent les dépêches de la capitale. De quoi alimenter l’espoir des lecteurs.

Sur le plan purement régional, les rubriques sont celles qu’attendent les lecteurs. On y trouve une synthèse du conseil communal qui double l’indemnité de vie chère pour son personnel; l’ajournement de soirées artistiques, une distribution de quelques vêtements à l’Assistance Discrète, la livraison des laines à matelas selon les paroisses, les avis mortuaires, le feuilleton au titre évocateur «Le Chemin du bonheur», une distribution de sucre à 3,30 F le kilo aux magasins communaux. Magasins dont l’approvisionnement sera longtemps tributaire direct des États-Unis, ceux-ci faisant transiter leur aide, après leur entrée en guerre, par Rotterdam.

Le CE attend la libération.

Le 17 octobre 1918, les difficultés de l’heure stoppent cette publication.