RESTRUCTURATION À L’AVENIR

Et si l’Avenir passait par une coopérative?

 Et si l’Avenir  passait par une coopérative?

L’AJP préconise la reprise des Éditions de l’Avenir par une SCOP, une société à gestion coopérative et participative des salariés du journal et de ses lecteurs. À laquelle d’autres partenaires, publics ou privés, pourraient s’associer. BELGA

Que vont devenir les Éditions de l’Avenir? Un portage par la Région? Un rachat par un autre groupe de presse? Une intégration renforcée au sein de Nethys? Lors des auditions organisées hier au Parlement wallon sur la restructuration en cours, l’Association des journalistes professionnels (AJP) a avancé sa propre piste.

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«Pourquoi faut-il sortir L’Avenir de Nethys? Parce qu’il y a une rupture de confiance. Nethys a peut-être voulu s’acheter une danseuse. Si c’est le cas, la danseuse s’est révélée avoir les deux pieds sur terre dans une farouche résistance aux pressions de l’actionnaire. Le personnel paie-t-il son absence de docilité? » avance Albert Jallet. Le journaliste est aussi délégué AJP (Association des journalistes professionnelles) aux Éditions de l’Avenir. Les fameuses auditions sur la presse francophone étaient enfin organisées hier au Parlement wallon. Il aura fallu six mois pour y arriver mais elles débarquent en pleine actualité.

L’approche de l’AJP est celle-ci: « Il faut retirer immédiatement L’Avenir de Nethys. Il faut enrayer cette spirale négative dans laquelle le quotidien risque de péricliter ».

Les synergies entre Voo et le quotidien n’ont pas été mises en place et l’AJP a de gros doutes sur la rationalité économique de ce type de projet câble-presse: «Ce n’est pas parce qu’on a des “tuyaux” qu’on y valorise un contenu média. En outre, toutes les décisions d’investissement proposées par les cadres ou et les équipes de l’Avenir ont été bloquées ou refusées par Nethys», rappelle Albert Jallet.

Voilà pour les critiques, du moins en partie. Mais il y a aussi au moins une proposition: la coopérative.

Du portage à la participation du personnel et des lecteurs

Puisque l’AJP ne croit pas à un statu quo conditionné à un plan de licenciement massif, pas plus qu’elle ne croit à un rapprochement ou une fusion avec le groupe Rossel (Sudpresse, Le Soir), puisque l’autre groupe de presse IPM (La Libre, La Dernière Heure) représenterait «le scénario le moins dommageable, mais sous réserve », l’Association des journalistes professionnels suggère un quatrième scénario. Celui d’une reprise du journal par une SCOP, une société à gestion coopérative et participative des salariés de L’Avenir et de ses lecteurs.

Ils ne seraient pas seuls. Les coopérateurs pourraient s’associer à des partenaires publics, à un ou plusieurs opérateurs industriels… Et puisque l’opération réclame du temps, un portage de la Région wallonne pourrait alors être envisagé dans un premier temps et pour une durée forcément limitée.

On peut toujours rêver? «Ça n’a rien d’utopique », souligne l’AJP. Qui rappelle que des quotidiens comme Nice Matin il y a quelques années ou Libération ont ouvert la marche en France. Les exemples belges existent aussi, dans d’autres secteurs d’activité. Ils fonctionnent tous sur un mode de gouvernance participative, où par ailleurs les travailleurs détiennent une partie significative du capital et deviennent des «travailleurs-associés». «Nous appelons les mandataires à accompagner la création d’une SCOP L’Avenir. Les équipes de l’Avenir ont suffisamment montré qu’elles pouvaient gérer le journal. On rappelle que L’Avenir a été acquis avec de l’argent public. Il est donc logique que ce journal continue à appartenir au public, à ses lecteurs, à ses travailleurs», termine le délégué AJP.